Publicité

Fertilisants le compost devient un impératif

11 juillet 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le prix des fertilisants a connu une hausse, variant entre 20 et 40 %, en raison de l?augmentation de celui des principaux composants sur le marché mondial. Cette majoration de prix, considérée comme excessive, a fait l?effet d?une douche froide sur les planteurs de légumes et de canne à sucre.

Du coup, le ministère de l?Agriculture, la State Trading Corporation, les planteurs et les deux principaux fournisseurs d?engrais chimiques du pays se sont concertés pour essayer de trouver des alternatives.

Rien ne peut remplacer les fertilisants chimiques, mais la quantité utilisée peut être considérablement réduite au moyen d?une utilisation du compost. Cette réduction peut atteindre 50 %, affirme Patrick Maurel dont l?entreprise produira, à partir de l?année prochaine, 30 000 tonnes de compost annuellement, à partir de déchets ménagers.

En attendant, les planteurs, principalement ceux qui produisent des légumes, ont intérêt à produire leur propre compost, notamment à partir de la litière de poules, afin de réduire la quantité d?engrais chimiques utilisée.

Le Dr Romeela Mohee, de l?université de Maurice, a déjà effectué de nombreuses recherches sur le compostage à partir de différentes matières, notamment de la litière de poules. Des équipements pour le compostage ont été développés et le centre des jeunes fermiers de Belle-Mare les met en vente à Rs 1 200. Ce centre offre aux planteurs des conseils et la technique pour le compostage.

De fait, la hausse du prix des fertilisants chimiques pourrait être une bénédiction pour l?île. Elle forcerait les planteurs à adopter le compost pour réduire l?utilisation d?engrais chimiques. Ou alors, d?entrer dans la production de légumes bio, sans engrais ni insecticide ou pesticide. Comme le fait Daniel Bernasconi depuis déjà sept ans, sur deux hectares à Bambous. (Voir hors-texte)

Un des composants de ces engrais, le nitrogène (les nitrates) a causé et cause toujours d?énormes dégâts à l?environnement, notamment à la nappe phréatique. A Belle-Mare, c?est le lagon qui fait les frais des nitrates venant des plantations d?oignon le long de la côte. D?énormes quantités d?algues sont apparues dans ce lagon et le nettoyage de cette flore marine envahissante doit se faire presque chaque jour.

Mais la réduction de la consommation d?engrais chimiques par l?industrie sucrière n?est pas pour demain. Elle consomme 90 % des 45 000 tonnes mis chaque année sur le marché local. Il n?y pas suffisamment de compost pour toute la superficie plantée en canne. Tout au moins, pas dans l?immédiat.

Pour l?heure, la Mauritius Sugar Industry Research Institute a mis en garde les planteurs contre toute tentation de réduire la quantité de fertilisants dans les champs.

<B>Raj JUGERNAUTH</B>

<B>Vinasse et écume à la rescousse</B>

■ La production d?éthanol sur une grande échelle pourrait changer la donne en ce qui concerne les fertilisants chimiques, principalement un de leurs composants, le potassium (K). On le trouve dans une proportion intéressante dans la vinasse, un sous-produit de la mélasse utilisée pour la production d?éthanol. Il peut aussi être obtenu dans les distilleries d?alcool.

Island Fertilizers Ltd développe actuellement ce créneau d?engrais renouvelable, comme c?est le cas à la Réunion. L?île s?ur connaît cependant deux problèmes : le coût élevé d?épandage de la vinasse dans les champs, et l?odeur désagréable que dégage ce produit.

La vinasse est malgré tout très recherchée comme un des éléments du compost fait à partir de la litière de poules ou du fumier d?origine bovine. Elle est combinée avec l?écume des sucreries, riche en nitrogène et en phosphate, mais pauvre en potasse. On obtient alors un compost NPK. L?écume de sucreries a toujours été utilisée à Maurice dans la culture de la canne. Son épandage se fait au moment de la replantation, pour corriger le potentiel hydrogène (pH) du sol.

<B>MSIRI : 40 % de notre sucre découle de la fertilisation</B>

■ Sans l?utilisation de fertilisants chimiques, la production sucrière du pays serait réduite de 40 %: C?est ce qui ressort des explications données hier par le Dr René Ng Kee Kwong, nouveau directeur de Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), l?institut de recherches de l?industrie sucrière. Il conseille fortement aux planteurs de ne pas réduire la quantité d?engrais recommandée en fonction des sols et des variétés de cannes plantées.

Il faut bien se dire que 40 % du sucre produit à Maurice sont les résultats directs de la fertilisation. Je m?explique : si, par exemple, on produit 500 000 tonnes de sucre, 40 % de ce tonnage, soit 200 000 tonnes, viennent de la fertilisation. En clair, cela veut dire que sans les engrais chimiques, on n?aurait produit que 300 000 tonnes. Les planteurs doivent aussi se dire que la quantité d?engrais recommandée par l?Institut est déterminée par rapport au prix du sucre», confie le Dr Ng.

Abordant cette question de quantité de fertilisant et du prix du sucre, le Dr Ng déclare que le MSIRI travaille actuellement sur de nouveaux protocoles visant à réduire le taux d?engrais utilisé par rapport à la baisse du prix du sucre de 36 % d?ici 2009.

?Il y aura une baisse de 7 % du prix du sucre l?année prochaine. Or, l?euro s?est apprécié par rapport à la roupie et les planteurs n?ont pas intérêt à réduire la quantité d?engrais utilisé parce que le prix de l?engrais a été augmenté?, recommande également le Dr Ng.

<B>On s?arrache les légumes bio de Daniel</B>

■ Voilà sept ans depuis que Daniel Bernasconi, son épouse Meeta ainsi que son neveu Shailand produisent des légumes sans engrais chimique, sans insecticide et sans pesticide. Ce sont des légumes bio que les chefs des grands hôtels du pays et les expatriés d?Europe et de l?Afrique du Sud s?arrachent.

Il faut dire qu?en sus d?être bio, ces légumes ont une particularité qui permet de les identifier à coup sûr : leur saveur est aujourd?hui bien connue du palais des connaisseurs. On regrette les tomates et les aubergines que le couple Bernasconi produisait dans le passé.

?On n?en produit plus, parce qu?une bactérie, qui a envahi notre plantation, s?attaque à ces deux légumes. C?est une analyse de sol faite en France qui nous a indiqué la présence de cette bactérie. Comme nous n?utilisons pas d?insecticides, ni de pesticides et autres herbicides, nous avons discontinué la production des tomates et des aubergines, en attendant que cette bactérie disparaisse?, nous explique Meeta, ex-infirmière qui s?est reconvertie dans la culture bio après son mariage avec Daniel.

Le couple produit toujours, sur leur terrain de deux hectares à Bambous, des carottes, des laitues, des navets, du fenouil? Les laitues bio sont très prisées dans les hôtels en raison de leur goût particulier que n?ont pas celles cultivées avec des engrais.

?Nous vendons une fois et demi plus cher que les producteurs traditionnels. Mais il faut dire que nous perdons environ 60 % de notre production parce que nous n?utilisons pas de produits chimiques pour éliminer les parasites.?

Comment Daniel arrive-t-il à produire sans engrais ? ?Le tout réside dans le secret de mon compost. J?ai fait analyser, aux Etats-Unis, le sol de mon champ à Bambous et, à partir de cette analyse, j?ai concocté un compost avec le crottin des chevaux du Domaine Les Pailles?, révèle Daniel, ancien viticulteur en France et qui a vendu son vignoble pour s?installer à Maurice.

Il produit aujourd?hui six tonnes de légumes par an. ?Il faut dire que je n?utilise qu'un tiers du terrain et je ne produis pas beaucoup du fait qu?il faut faire reposer la terre. La rotation est nécessaire quand vous faites du bio?, explique-t-il.

<B>Maurel : ?Le compost réduit la consommation de fertilisants de 50 %?</B>

?On peut réduire sa consommation d?engrais chimiques de 50 % avec le compost. C?est un fait connu et il n?y a rien de sorcier à cela. Le compost aide le sol à mieux absorber les engrais. Il retient l?humidité et retient aussi les engrais qu?il lâche petit à petit. Ce sont ces effets combinés qui permettent de réduire les engrais chimiques de moitié?. C?est ce qu?explique Patrick Maurel, de Solid Waste Recycling (SWR) qui compte produire 30 000 tonnes de compost par an à partir de mars 2008. L?entreprise utilisera les déchets déversés à St.-Martin. La dégradation de ces déchets se fera par le biais de bactéries. SWR bénéficiera de l?apport technologique de la firme indienne Excel qui produit déjà du compost à partir des déchets dans 16 sites différents en Inde, notamment à Delhi, Mumbaï et Ahmedhabad.

?Au total, ce sont Rs 300 millions que je vais investir dans cette entreprise. J?ai acheté la licence et la technologie d?Excel. Leurs techniciens viendront ici nous aider à mettre sur pied l?usine à La-Chaumière et ne partiront que quand nous aurons maîtrisé la technologie?, affirme Patrick Maurel.

Le compost de SWR sera livré dans les champs à environ Rs 4 600 la tonne. Patrick Maurel affirme aussi que son unité de production sera en mesure de satisfaire toute la demande du pays en compost, notamment celle de l?industrie sucrière.

En attendant le compost de Patrick, c?est la vinasse d?un autre Maurel, celui d?Alcodis, qui entrera bientôt sur le marché pour suppléer aux engrais chimiques.

QUESTIONS À?

Arnaud Leclezio directeur de Island Fertilizers Ltd

● <B>Le prix des fertilisants a augmenté. Comment l?expliquez-vous ? </B>

Il faut savoir qu?il y a trois principaux composants dans ce que vous appelez fertilisant : le nitrogène, le phosphate, et le potassium. Leur symbole chimique respectif est N, P, K, raison pour laquelle l?engrais est communément appelé le NPK. Le pourcentage de ces différentes composantes varie d?un engrais à un autre. Par exemple, le 17-8-23 est composé de 17 % de nitrogène, de 8 % de phosphate et 23 % de potassium. Or, les prix de ces trois composantes ont connu une hausse conséquente sur le marché mondial. Le fret aussi a augmenté. Ces deux hausses ont occasionné une majoration des prix des engrais chez nous. La hausse varie selon les mélanges et se situe entre 20 et 40 %. Il faut souligner que nous ne produisons pas, à Maurice, ces trois composants chimiques. Nous les importons pour faire les mélanges que nous vendons ensuite dans des sachets.

● <B>Qu?est-ce qui a provoqué la hausse de ces principaux composants? </B>

C?est, en fait, la loi de l?offre et de la demande. La demande en fertilisants dépasse aujourd?hui largement l?offre. Deux facteurs ont occasionné cette forte demande. En premier lieu, il y a une poussée vers la production des énergies renouvelables, notamment l?éthanol. Pour la production d?éthanol, des millions d?hectares sont actuellement plantés en maïs aux Etats-Unis, et en canne à sucre et soya au Brésil. Or, ces champs immenses ont donné lieu à une forte utilisation d?engrais. Dans la production d?éthanol, le fermier américain qui investit un dollar dans des champs de maïs destinés à la production d?éthanol obtient cinq dollars en retour. Il sera difficile d?arrêter cette ruée vers la production de maïs pour l?éthanol, production accompagnée d?une forte utilisation de fertilisants.

L?Europe aussi s?est mise de la partie avec la production de bio-carburants pour respecter les directives européennes en ce qui concerne l?utilisation des énergies renouvelables. Ajoutez à cela des pays émergents, comme la Chine et l?Inde, qui consomment de plus en plus d?engrais.

● <B> Combien consomme le pays et qui est le plus gros consommateur ? </B>

Le pays consomme en moyenne 45 000 tonnes d?engrais par an. Le plus gros consommateur est l?industrie sucrière, qui en absorbe 90 %. Il existe deux principales entreprises qui importent et mélangent les composantes chimiques pour le marché local.

● <B>Y a-t-il des alternatives, par exemple le compost ? </B>

Là, il faut faire la différence entre compost et fertilisant. Le compost va améliorer le sol, va permettre au sol de mieux absorber l?engrais chimique. Le compost peut permettre, par exemple, une réduction de la consommation d?engrais chimique, mais ne peut pas le remplacer.

● <B> Pourquoi ? </B>

Parce que le compost ne contient pas tous les nutriments nécessaires. Prenons par exemple le compost produit à partir de la litière de poules. Cette litière est assez riche en nitrogène, mais pauvre en phosphate et en potassium. Or, si par hasard vous avez un sol riche en potassium et phosphate, mais pauvre et nitrogène, et que la culture que vous faites demande du nitrogène, alors le compost de la litière de poules vous suffira. C?est un cas de figure assez rare. Il faut normalement suppléer ce compost avec un apport d?autres nutriments par rapport au sol et à la culture que vous faites.

● <B> Mais on parle de plus en plus de fertilisants organiques ? </B>

Oui, c?est un nouveau créneau. L?agriculture bio va gagner en ampleur à Maurice avec les hôtels 5-étoiles et les integrated resorts schemes. Island Fertilizers représente déjà le n° 1 Français des engrais organiques. Ce fertilisant coûte plus cher que le chimique. Mais les légumes produits à partir de ce fertilisant sont très prisés de par le monde et on paye très cher pour pouvoir manger bio. Nous avons aussi créé une autre compagnie, Island Renewable Fertilizer, pour la mise en valeur et l?utilisation de la vinasse d?Alcodis. La vinasse est en fait très riche en potasse. Nous avons là une source de potasse renouvelable et organique.

Publicité