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Fendre l?armure?
Le Parti travailliste enchaîne les initiatives. Le gouvernement est en train de parer à l?essentiel. C?est le scénario politique de ces dernières semaines. Surfant sur les vagues de la popularité, l?opposition multiplie ainsi les actions alors que le gouvernement souffre de passivité. C?est une perception et elle pourrait bien témoigner de la réalité des choses. Si, pour l?opposition, la principale question est de savoir si elle va pouvoir maintenir la cadence ; pour le gouvernement, l?enjeu est autre. Il réside dans la capacité de ses leaders à agir proactivement. Pour l?instant, ils sont loin de remplir cette fonction qui est, par ailleurs, essentielle s?ils veulent donner un certain dynamisme à la campagne des leurs et rassurer des partisans qui commencent à douter.
A les observer de près, force est de constater qu?ils ne font que réagir depuis un certain temps. Les conférences de presse et autres interventions publiques ne servent qu?à répondre aux critiques de l?opposition. Paul Bérenger et Pravind Jugnauth ne s?adressent qu?aux dirigeants de l?opposition. Ils ne sont plus en dialogue avec la population pour laquelle, insistent-ils pourtant, ils sont en train de gouverner. Cela s?appelle une césure politique que d?autres nomment allégrement déconnexion de la réalité et rupture avec la population.
C?est aujourd?hui la grande erreur dans le calcul électoral des gouvernants. Ils misent sur une campagne longue où ils sont volontairement absents pour un bon bout de temps et où l?opposition courrait le risque d?un certain essoufflement. Sauf que l?opposition semble convertir ces données en une dynamique de victoire car, à chaque chute attendue, a surgi un scandale politico-financier qui a donné une nouvelle vigueur à sa dénonciation du gouvernement. Jusqu?ici, l?opposition a profité de ce contexte favorable et il ne serait pas étonnant qu?il dure jusqu?aux élections grâce aux bons soins de tous ceux qui orchestrent de l?intérieur le départ de l?alliance MSM-MMM de l?Hôtel du gouvernement.
De près également, en scrutant la démarche des dirigeants gouvernementaux, on se rend compte qu?ils peinent à quitter leur acabit de gouvernants pour prendre celui de politiques. Si c?est délibéré afin de pouvoir jouir le plus longtemps possible de la crédibilité et de la hauteur que leur confère la fonction, la démarche pourrait se révéler inefficace car les électeurs, et surtout les partisans de l?alliance MSM-MMM, désespèrent de voir leurs champions descendre dans l?arène. Et à trop se faire attendre, on finit par créer un sentiment de déception?
Autre contrainte pour le leader de l?alliance gouvernementale : il devra, pour la première fois, quitter la posture de challenger pour prendre celle du sortant. Ses multiples initiatives à ce stade révèlent une difficulté profonde à remplir efficacement ce rôle. Paul Bérenger est appelé, en ce sens, « à fendre l?armure », pour reprendre une expression utilisée en d?autres temps pour le politicien et ancien Premier ministre français Lionel Jospin. Et, tout comme Lionel Jospin, Paul Bérenger semble reproduire les mêmes erreurs. Il y a comme une peur de se lancer dans la bataille. Le bilan dont il se vante n?est plus ce bouclier qui lui permet de repousser les attaques de l?opposition. De surcroît, Paul Bérenger refuse systématiquement de se rendre désirable. Ce dont Navin Ramgoolam ne fait aucune économie.
L?exercice du pouvoir semble donc avoir paralysé le politicien Bérenger. Autrement, il aurait pu identifier les arguments de contre-attaque. Comme celui évident que le Parti travailliste et la plate-forme de l?opposition ne peuvent prétendre à une crédibilité qu?en s?entourant, entre autres, d?anciens du MMM et du MSM. Il aurait pu mettre en exergue la difficulté du parti rouge à fédérer de nouvelles énergies, le contraignant ainsi à faire appel aux anciens militants. Avec plus de distance, il aurait pu également relever les contradictions profondes de la démarche de son adversaire direct, Navin Ramgoolam. La maîtrise de la situation semble avoir donc échappé au leader mauve. A moins de retrouver vite les réflexes de la bête politique qu?il a été, Paul Bérenger risque de voir la mince avance de l?opposition se transformer en un écart insurmontable à rattraper.
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