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Femmes dans la tourmente
Depuis la disparition de leur conjoint en mer, la vie de ces quatre femmes a basculé dans le néant. Voilà en effet 16 mois que les compagnes des pêcheurs disparus à bord du Kingfish II et du Kingfish V, sont ballottées entre l?incertitude et l?espoir. La perte de leurs proches les ont plongées dans la précarité et le désespoir.
En se regroupant dans l?Association des familles proches des marins pêcheurs disparus, les compagnes des 17 hommes disparus aspirent à un meilleur avenir.
Et elles sont loin de rester les bras croisés, puisque des actions légales, avec l?aide de Mario Jolic?ur le président de la Commission diocésaine du monde ouvrier, sont fortement envisagées pour de réclamer des dommages à l?État.
Le rapport de la cour d?investigation sur le double naufrage n?avait pas remis en cause l?employeur, la compagnie Hassen Taher. Elle avait, en revanche, incriminé les deux capitaines du bateau. En attendant, il faut faire face à la dure réalité. Les différents dons en argent et autres aides que les femmes ont obtenus des organismes et associations il y a plus d?un an ont fondu comme neige au soleil.
Se démener pour survivre</B>
Avec sept bouches à nourrir, Maryse Frédéric sait bien de quoi elle parle. Ces derniers mois, elle les a vécus comme un cauchemar. Enceinte de sept mois lors-que son compagnon, Jean-Noël Menes, disparaît, elle n?a eu de cesse de se démener pour survivre, avec une pension mensuelle de Rs 3 176. « Je ne peux espérer d?aide d?aucun membre de ma famille. Ils sont presque tous à Agalega. Avec le petit dernier qui vient juste d?avoir un an, impossible de travailler. Quatre de mes enfants sont à l?école, et nous vivons aujourd?hui seuls dans la maison de mon beau-père? » Ce dernier a rendu son dernier souffle en décembre dernier, dans l?attente désespérante de revoir son fils.
Une existence faite de privations</B>
Le drame s?est aussi abattu sur Veena (prénom modifié) lorsqu?elle perd son compagnon, alors âgé de 60 ans. Pour elle, la tragédie a pris la forme des filles issues du premier mariage de son conjoint.
« Zot inn dir moi mo pena droi ress dans sa lakaz la parski mo pa ti marie ek zot papa. Zot inn mett moi deor pou zot kapav loue lakaz la? » Elle ne sera autorisée qu?à repren-dre les affaires qu?elle avait acqui-ses à condition qu?elle puisse produire une preuve d?achat.
Aujourd?hui, soutient-elle, les enfants de son compagnon se sont ligués contre elle, à coups de documents légaux, pour qu?elle n?obtienne rien d?une éventuelle prime d?assurance qu?aurait souscrite le défunt. Pour Veena, ce sont sept années de vie commune réduites à néant?
Sa compagne d?infortune, Anjani Devi, se morfond aussi à la Cité Anoska. Trois fois par semaine, pendant que ses deux enfants sont à l?école, elle trime comme bonne à tout faire chez des particuliers pour Rs 2 000 par mois. Il faut ajouter à cela les Rs 880 de pension que la Sécurité sociale lui reverse pour ses deux enfants. Lorsque la vie lui souriait, Anjani Devi avait pris une de ses nièces, orpheline et malvoyante, sous son aile.
Maintenant, chaque jour est une lutte pour survivre. Et parfois, cette existence faite de privations l?étouffe. « J?ai l?impression que nous avons été oubliées, que cette affaire a été classée alors que nous vivons un drame au quotidien. J?ai gardé espoir pendant tout ce temps, mais je dois avouer que souvent, plus rien ne subsiste de cette espérance. »
Mais comme Rosa Lam, qui a perdu son compagnon Cyril Bontemps, elle se relève chaque jour pour ses enfants.
« Malgre tou, nous bizin for pou nou bann zanfan », souligne cette dernière, qui est machiniste dans une usine textile. La fille de Rosa Lam s?est mise en tête de l?aider financièrement, en créant sa propre petite entreprise dans la restauration rapide.
<B>Jean-Claude bibi, avocat
« De nos jours, les conjoints souhaitent se protéger »</B>
<B>L?article 222 du code civil stipule que toute personne disparue est déclarée décédée après cinq ans. Peut-on déroger à cette loi ?</B>
Les proches du disparu peuvent faire une requête en Cour suprême pour demander une déclaration à l?effet que la personne disparue soit considérée comme décédée. Des instructions sont alors données à l?État civil pour qu?un certificat de décès soit émis. Cela dépend certes des circonstances de la disparition, mais reste toutefois aussi à la discrétion de la cour.
Souvent cette démarche est étroitement liée à des questions de droit à la succession ou encore à une assurance souscrite par le défunt.
<B>Dans le cas des compagnes des ma-rins pêcheurs disparus, à quoi peuvent-elles prétendre si elles obtiennent ce certificat de décès ?</B>
La femme peut avoir certains droits si elle parvient à établir qu?elle vivait en concubinage avec la personne décédée. Cela peut s?avérer utile si la compagnie pour laquelle travaillait le conjoint a pour principe de reverser une pension à la conjointe du défunt. Mais pour obtenir une pension de la Sécurité sociale, il lui faudra se plier aux enquêtes sociales qui sont menées ordinairement par des officiers du ministère pour établir si la femme était bien la compagne du défunt.
En revanche, quand il s?agit d?une femme musulmane mariée religieusement (nikkah), elle bénéficiera d?une aide financière car plus que le mariage civil, le nikkah est considéré comme un acte sacré reconnu par l?État.
Pourquoi cette disparité ? Personne n?a encore soulevé la question. Mais les enfants nés en dehors du mariage civil ont les mêmes droits que les en-fants légitimes.
Les conjoints sont-ils mieux proté-gés ailleurs ?</B>
En France, il y a le PACS, et récemment au Royaume-Uni, des discussions ont eu lieu pour octroyer certains droits aux femmes vivant en concubinage.
De nos jours, les conjoints souhaitent se protéger. Les relations entre conjoints sont mises en écrit à travers des contrats privés rédigés par un avocat. Ledit contrat régit surtout les biens acquis avant la relation entre ces adultes, ainsi que l?éducation des enfants, entre autres.
En bref, ce contrat agit comme un dispositif de protection pour le conjoint, ses biens antérieurs et les droits des enfants nés d?un premier mariage.
À Maurice, ce type de contrat existe discrètement dans certaines familles for-tunées qui tiennent à protéger leurs biens et leur famille.
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