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Fazad Peerally, le cuir dans la peau
Des bobines de fil alignées sur le rebord de la fenêtre, des paires de ciseaux ici et là, de larges feuilles de papier fin où se dessinent les formes d?un patron... Au premier abord, on pourrait se croire dans le petit atelier d?une couturière. Impression vite effacée malgré les deux grosses machines à coudre qui trônent sur de grandes tables.
Ici, point de robes légères ou de mousseline. Un coup d??il plus attentif laisse apparaître des outils faits pour travailler autre chose que de la dentelle. L?air est imprégné de cette odeur si particulière qui symbolise le luxe : le parfum du cuir.
Fazad Peerally a fait de cette petite pièce son lieu de travail, où au dire de sa femme Zaitoune, il lui arrive de passer près de quatorze heures par jour. Ces innombrables heures, il les passe à garnir des sièges pour automobiles de cuir qu?il importe de France. Pour cet homme de 55 ans, ce n?est pas qu?un simple métier, mais bien une passion.
Travailler cette matière noble si difficile à dompter n?a plus de secret pour lui. Ses trente-trois dernières années, il les a passées à découper, façonner, coudre, travailler ce matériau comme il le veut. Ses créations ne sont pas que de simples sièges. Ils sont somptueux et luxueux ; du véritable haut de gamme.
Malgré les nombreuses commandes qu?il reçoit, il garde des méthodes artisanales et n?emploie personne « Je ne veux pas créer une usine. Ce n?est pas mon but. » Son but reste le travail fait avec méticulosité et finesse. Aucune erreur ne lui échappe. Il ne tombe pas non plus dans la standardisation car à chaque pièce qu?il travaille, il ajoute sa petite touche personnelle.
Aidé de sa femme et de son fils, à qui il veut transmettre le métier, il s?affaire dans son atelier pour produire ce que veut le client : « Ma satisfaction est de satisfaire le client. Il n?y a pas de plus grande joie que de voir que son travail est apprécié et je me fais un devoir de toujours respecter les délais. Une seule fois, j?ai failli à cette règle. J?ai pris deux jours de retard à cause du décès de mon père. »
Les sièges de voitures n?ont pas toujours été son créneau ni Mesnil son lieu de travail. Avant d?ouvrir sa propre affaire, Fazad Peerally, et son frère, exerçait en France pour une compagnie spécialisée dans l?habillage aéronautique des jets privés. C?est en 1973 qu?il s?est envolé pour Paris en compagnie de son frère Reshad, de deux ans son aîné et de qui il tient les connaissances du métier de garnisseur. « La famille Peerally a toujours été dans le garnissage. Mais avant d?aller en France, je ne travaillais pas le cuir. C?était surtout du tissu ou du marocain. C?est en Europe que j?ai appris comment travailler le cuir », indique Fazad.
Les fameux frères Peerally
Il lui a bien sûr fallu un temps d?adaptation « En France, le métier est complètement différent. Il m?a fallu apprendre sur le tas », raconte-t-il. L?apprentissage ne semble pas avoir été très dur pour cet homme naturellement doué. Très vite, son frère et lui se sont fait un nom dans le domaine de l?aviation grâce à leur talent. « Nous étions devenus les fameux deux frères Peerally. »
Reconnaissant son professionnalisme, ses supérieurs n?ont pas hésité à lui assigner, ainsi qu?à son équipe, le relooking des sièges et de l?intérieur de jets appartenant à des princes, des milliardaires et des célébrités. François Mitterrand, Hosni Mubar-rak et le prince Rénier ont voyagé dans le confort de sièges en cuir d?une extrême finesse, fruit du labeur et du talent de Fazad Peerally.
Ce ne sont pas les seuls. Il a aussi mis son savoir-faire en exergue en travaillant sur trois des jets qui ont appartenu à Bernard Tapie et s?est aussi penché avec une attention particulière sur le siège d?avion appartenant au Pape. « Quand le Pape devait voyager, on enlevait quatre à cinq sièges de l?avion pour faire une place spécialement pour lui. C?est là qu?était installé le siège que j?ai recouvert de cuir blanc », raconte-t-il tout en désignant une des nombreuses photos qui tapissent tout le pan d?un des murs de son atelier.
Un sentiment de ras-le-bol
Se basant sur des modèles qu?on lui indique ou ses propres inspirations, il transforme ces carrés de cuir pour leur donner la forme souhaitée. C?est ainsi qu?il a même inséré la forme d?une croix et celle d?un soleil dans le siège du Pape.
Malgré un travail passionnant, une belle maison où il ne lui manquait rien, sa femme et lui, ont un jour été pris d?un sentiment de ras-le-bol qui s?est traduit par un retour à Maurice. « Là-bas, c?était devenu un peu trop métro-boulot-dodo », explique Fazad.
Sa femme, elle-même Française, quitte son travail d?infirmière pour l?accompagner. En 1996, ils viennent s?installer à Maurice avec leurs deux enfants. Depuis dix ans qu?il exerce dans le domaine de l?automobile dans son pays natal, les commandes n?ont pas cessé d?affluer.
Il n?a pourtant pas délaissé le luxe. Les voitures dont il se charge sont des automobiles de prix ou anciennes. Son travail est, bien sûr, son sujet de conversation favori. Il en parle avec une passion presque palpable et est intarissable sur le sujet.
Depuis sa tendre enfance, il côtoie les machines à coudre, ciseaux, fil et aiguille avec un père tailleur et une mère couturière. « Tout petit, j?aimais déjà m?asseoir devant la machine et m?amuser avec. » Et maintenant, même adulte il en retire du plaisir.
S. A.
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