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Faute de mots, dites-le avec des gestes
La parole a été donnée à l?homme pour déguiser sa pensée a dit un cynique. Par exemple, au cours de réunions hypocrites où l?on se congratule mutuellement. ?Asinus asinum fricat? (l?âne frotte l?âne) murmure alors le critique impartial.
Même bien exprimée, la pensée peut être mal comprise ou volontairement déformée, témoin la question de Don Diègue ? ?Rodrigue as-tu du coeur ?? ? à laquelle un humoriste a trouvé comme réponse : ?Non j?ai du carreau !? De pareilles méprises n?arrivent pas aux animaux car ils n?ont pas la parole. Ils s?expriment quand même par des sons.
Les manifestations bruyantes n?ont pas la même origine chez tous les groupes. Les mammifères se fient comme nous à des cordes vocales logées au sommet du tube respiratoire, la trachée. Elles vibrent au passage de l?air, parfois en trilles sublimes, quand chante La Callas. Chez les oiseaux, les membranes sont au contraire logées à la bifurcation des bronches et se disent syrinx. Le mot issu de flûte convient bien aux méthodes du rossignol. Témoin l?hommage de Keats ?Ode to a Nightingale?. Chez les insectes tels que la sauterelle, le son provient du frottement de parties dures. Chez elle, la dernière cuisse gratte une nervure proéminente de l?aile.
Aboiements de chiens et ronrons de chats sont des langages clairs pour leurs congénères. Pour les gens aussi, affirment leurs propriétaires. Mais il faut avouer que le message qu?apprécie la mémère chouchoutant son chienchien met en rogne le voisin qui demande quand le sale klebs va crever.
Ce sont surtout chez les singes, particulièrement les grands, que la voix est très expressive. Mais limitée. Des savants ont voulu faire articuler ?papa? et ?cup? par un chimpanzé mais leurs confrères prennent le succès de ?cup? avec un grain de sel.
Les oiseaux sont plus attirants. La même espèce peut avoir des accents différents sous des cieux divers. Ainsi, un ancien directeur du musée de Port-Louis a noté que les martins de Rodrigues ont un accent qui n?est pas celui du nôtre. Les chants d?oiseaux nous charment mais leur but est de renseigner, d?attirer ou de défier. Ainsi il y a près de 70 ans, un haut fonctionnaire britannique, ornithologue à ses heures, a observé le cardinal bien rouge lancer ses trilles du haut de divers perchoirs délimitant ce qu?il considérait être son territoire.
Les cris sont aussi signaux d?alarme. Certaines notes avertissent les amis et leur permettent de fuir. On a enregistré celles d?espèces se montrant dangereuses sur des aéroports pour les diffuser ensuite dans le but de chasser les intrus. On vend encore des appareils avec des cris artificiels, mais il paraît que dans certains lieux l?astuce s?avère inefficace et les volatiles semblent dire : ?Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards boiteux?. D?autres cris nous sont plus familiers (ou l?étaient au temps où l?on avait une basse-cour à l?arrière de chaque demeure) comme ceux de la mère poule appelant ses poussins.
Sauterelles et grillons ne nous laissent pas indifférents et pour certains le chant du grillon porte bonheur. Au Japon des passionnés conservent des pensionnaires en cage et organisent même des concours de chants. Les gens plus portés vers les sciences que la poésie savent que la cadence des stridulations est fonction de la température. On a même publié des formules s?appliquant à certaines espèces.
Les spectacles attirants font parfois confiance à la lumière plutôt qu?au son. On en trouve de valables quand des lucioles font un show sur des arbres. Certains poissons des abysses jouent aussi avec la lumière. L?éclat est produit par une action chimique requérant de l?oxygène et le rythme des éclairs est donc contrôlé par l?accès de ce gaz à la molécule qui brille. Elle se dit luciférine mais selon la légende le feu luciférien est plus brûlant que celui des lucioles.
L?apparence même du corps peut aussi communiquer en servant d?avertissement. En témoignent les salamandres à chair nauséeuse ou les papillons également immangeables dont la chenille vit sur une plante dite fanor. La posture peut à son tour prendre la relève. Telle est celle du crabe qui, pinces en bataille, fait face à l?adversaire. Chez des créatures plus élevées, nous reconnaissons sans peine l?attitude du chien battu, queue entre les cuisses, ou l?agressivité du chat poils hérissés pour paraître plus gros et grogner son défi.
Enfin des molécules, parfois en faibles traces, véhiculent des messages. L?acide formique délimite une piste pour des fourmis et des femelles de papillons ou de mouches émettent une invitation odorante que les mâles trouvent irrésistible. Et certains mammifères délimitent leur territoire en urinant ça et là. On soupçonne que chez nous aussi existent des messages chimiques. Mais le rêve de parfumeurs de les incorporer à des lotions envoûtantes n?est pas près de se réaliser.
?Aboiements de chiens et ronrons de chats sont des langages clairs pour leurs congénères. Pour les gens aussi, affirment leurs propriétaires. Mais il faut avouer que le message qu?apprécie la mémère chouchoutant son chienchien met en rogne le voisin qui demande quand le sale klebs va crever.?
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