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Faut-il équiper les taxis d?armes d?autodéfense ?
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Faut-il équiper les taxis d?armes d?autodéfense ?
Oui Leckrajsing Ramdhony Secrétaire de la « Taxi Operators Association »
En quoi consisteraient ces armes ?
Il s?agit de matraques et de housses qui lancent une décharge électrique, de menottes pour immobiliser les agresseurs, de gaz lacrymogène, voire de pistolets à balles en caoutchouc.
Le système de sécurité assuré par la police n?est-il pas suffisant ?
Malgré sa bonne volonté, la police ne peut pas être présente au moment où les chauffeurs sont attaqués.
Mais cela ne risque-t-il pas d?inciter les chauffeurs à faire justice eux-mêmes ?
Il ne faut pas juger l?ensemble des collègues sur un ou deux écarts de conduite. Pour éviter des débordements, les chauffeurs doivent avoir un casier judiciaire vierge. Et l?utilisation d?armes d?autodéfense doit être placée sous le contrôle strict de la police. Les armes peuvent être conservées au poste le plus proche du lieu de résidence du conducteur ou de sa base d?opération. Le cadre dans lequel ces armes peuvent être utilisées, doit être clairement défini. Tout conducteur devrait également bénéficier d?un programme de formation de la police.
L?insécurité a-t-elle pris une telle proportion, qu?elle justifie le recours à des mesures extrêmes ?
Le nombre d?agressions mortelles dont ont été victimes les chauffeurs ces dernières années justifie l?instauration d?un système de défense. Le plus tôt ce sera fait, mieux ce sera.
À quoi attribuez-vous toute cette insécurité ?
À une perception. Les chauffeurs de taxi sont victimes de l?évolution que leur profession a connue. La qualité des voitures est considérée comme un signe de richesse alors qu?elle s?inscrit dans le cadre d?un programme qui vise à assurer un service de qualité, tant aux mauriciens qu?aux touristes. Bien souvent, on oublie que pour acheter une voiture hors taxe, un propriétaire de taxi doit s?endetter pendant plusieurs années. Le chauffeur est alors pris en tenaille dans un système qui oppose un monde en perpétuelle mutation, fondé sur l?investissement dans le travail et un autre, où on se contente de récolter, par la violence, le fruit des efforts des autres.
Non Taleb Sulyman Responsable de la « Crime Prevention Unit »
Les agressions ne justifient-elles pas amplement que le port d?armes d?autodéfense soit possible ?
Il n?y a aucune garantie que les conducteurs de taxi limiteront l?utilisation de ces armes au cadre spécifique de leur métier. Ces armes pourraient s?ajouter à la liste d?objets qui tentent les agresseurs. De plus, le port d?armes risque d?inciter les agresseurs à s?armer davantage. L?escalade est alors possible.
Ce recours ultime ne résulte-t-il pas de l?échec du système de protection de la police ?
Non. Le système de sécurité actuel articulé autour du 240.07. 22, une hotline, a toute sa raison d?être. Cependant, il n?a pas été suffisamment utilisé.
L?absence d?armes d?autodéfense ne transforme-t-elle pas les chauffeurs de taxi victimes expiatoires ?
C?est un risque. Mais face à des individus prêts à tout, la sérénité, le calme, la soumission et la prédisposition à négocier pourraient donner de meilleurs résultats qu?une tentative de résistance.
Les dangers du métier peuvent-ils être prévenus ?
Il y a certaines précautions de base à prendre. Les chauffeurs connaissent le profil des clients potentiellement dangereux et les régions à risque. Ils doivent donc utiliser leur bon sens. En marge de la dernière agression contre un conducteur de taxi, deux collègues en ont fait la démonstration. Ils ont refusé d?effectuer la course de trois clients qui ne leur inspiraient pas confiance.
À quoi attribuez-vous ce déferlement de violence, au laxisme de la police ou au manque de sévérité des sanctions
C?est sans doute l?expression d?un mal de société. C?est peut-être un appel de détresse qui s?exprime de façon négative. Ce pourrait être le comportement de citoyens incapables de s?adapter à une société qui change. Toutes les compétences en sciences sociales et les ressources diverses devront être réunies pour remonter à la racine de ce mal, pour formuler des solutions globales et veiller à leur mise en ?uvre. Si on ne prend pas garde, les effets de ce mal de société risque de nous surprendre comme l?ont fait les tsunamis.
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