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Faut-il interdire la parole aux politiciens lors des fêtes religieuses ?

21 février 2004, 20:00

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OUI Raja Bhadain ancien maire de Curepipe

> Pourquoi faut-il interdire aux hommes politiques de prendre la parole lors des cérémonies religieuses ?

Je continue à croire que l?exploitation des plates-formes religieuses par des politiciens est une pratique malsaine. Mes valeurs, c?est ma religion. Et ma religion, c?est la République. Je suis né dans la communauté hindoue, les valeurs profondes de toutes les religions défendent avant tout la cause républicaine : le patriotisme, l?unité nationale, le respect d?autrui.

> Vous avez sans doute écouté l?intervention de Pravind Jugnauth à Grand-Bassin lors de la célébration de la fête Maha Shivaratree. En quoi cela vous a-t-il gêné ?

J?ai écouté les discours de plusieurs ministres à la télévision à l?occasion de cette fête. L?utilisation de certains termes grossiers par un des orateurs à l?égard des journalistes ne convenait certainement pas au caractère sacré du lieu ni de l?événement.

> Pouvez-vous nous citer des cas où des politiciens ont fait du tort au pays en s?adressant à l?assistance lors d?une cérémonie religieuse ?

Des députés de la majorité réagissant à la constitution du premier gouvernement de cette législature avaient déclaré que des « critères, dosages inavouables et lobby obscur avaient influencé le choix des ministres ». On avait aussi parlé de « marionnettes sponsorisées par certains lobbies » ! Les mêmes critiques sectaires, venant toujours des députés de la majorité, ont été enregistrées après le dernier remaniement ministériel. En parlant des nominés appartenant à leur caste à la tête de la LGSC et de la PSC, des ministres fraîchement élus nous révèlent lors d?une cérémonie religieuse : « Ceux nommés connaissent leurs responsabilités. » Ces mêmes individus avaient prêté serment quelques jours avant comme ministres, en jurant loyauté et fidélité à la Répu-blique de Maurice.

> La politique, dit-on, est le plus noble service à la communauté. La religion sert la communauté. Pourquoi pensez-vous alors qu?elle doit rester dans la sphère privée, alors qu?elle concerne la vie dans la société ?

Notre Constitution définit clairement le rôle de nos institutions. La République de Maurice étant un état de droit, chaque Mauricien, y compris le politique et le religieux, a une responsabilité et un devoir envers la patrie. Ceux qui sont à la tête de nos institutions sont trop enclins à négocier et à arrondir les angles. Tout en se vantant d?être westminstériens, nos gouvernants, avec l?appui des organisations culturelles, nous offrent généreusement des lumières. Quelques exemples : un député accusé de recel, un autre condamné en appel et un parlementaire toujours ministrable, en attente d?un non-lieu pour réintégrer son poste. Cette complicité entre politique, organisation socioculturelle et sociéte civile passive, a fait du métier le plus noble, le plus vieux métier du monde.

> Pensez-vous qu?à Maurice la politique et la religion sont trop mêlées ?

Le fonctionnement de nos institutions, de notre patrimoine culturel et politique, la proclamation des jours fériés, tout notre héritage républicain continuent à être souillés par des mains sectaires. La constitution du cabinet ministériel, la promotion dans la fonction publique, les nominations à la tête des institutions n?ont rien à voir avec nos valeurs républicaines. Ces boucheries communalo-castéistes continuent à servir les sombres desseins de nos politiques transformés en bouchers.

> Pour expliquer son intervention à Bel-Air le 1er février, Mgr Piat avance qu?il attendait une réaction du gouvernement depuis un an et demi. Ne pensez-vous pas qu?il est opportun pour la communauté de se faire entendre lors des cérémonies religieuses ?

Cela m?étonne que Mgr Piat ait accordé autant de crédibilité à nos politiques ! Il devient de plus en plus évident que l?Église a été menée en bateau par les gouvernements successifs. Des politiques se sont posés comme dépositaires de droits qu?ils n?avaient pas, ou n?ont pas eu le courage de dire la vérité. Ils ont déçu, trompé et blessé l?église.

> En quoi croyez-vous que cette interdiction va promouvoir l?unité nationale ?

Empêcher ceux qui blasphèment la République de Maurice, et mettent en péril dans chacune de leurs élucubrations l?unité nationale est déjà un pas énorme, fait dans la bonne direction !

NON Samraj Auckloo vice-président de la Mauritius Sanatan Darma Temples Federation

> Pourquoi votre organisation a-t-elle donné la parole à Pravind Jugnauth à Grand-Bassin ?

C?est simple. D?abord le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, n?était pas libre. En outre, le Premier ministre, Paul Bérenger, était absent du pays. Nous avons donc invité Pravind Jugnauth qui assumait l?intérim au poste de Premier ministre. N?oubliez pas qu?il est en outre le leader d?un parti politique. En tant que tel, il avait un message sur la culture et la religion à faire passer et devait retransmettre notre message au gouvernement en cette occasion. Nous croyons que les politiciens ont, eux aussi, leur mot à dire sur la culture et la religion. N?oubliez pas que le gouvernement a créé divers centres culturels dans le pays.

De nombreuses personnes présentes à Grand-Bassin ont apprécié les interventions des politiciens, notamment celles d?Anil Bachoo et de Pradeep Jeeha, respectivement ministre des Infrastructures publiques, et ministre de la Technologie informatique et des télécommunications.

> Est-ce que leurs interventions ont été politiques ?

Si par politique, vous comprenez qu?il s?agit des affaires de la cité, alors oui. Ils ont expliqué comment, grâce à l?éducation notamment, nos ancêtres nous ont laissé un riche héritage.

À aucun moment, il n?a été question de politique politicienne.

> Ne pensez-vous pas que c?est dangereux de mélanger la religion et la politique ?

Nous devons constamment faire une différence entre une personne, fut-ce un politicien, et la fonction qu?elle occupe. Si Paul Bérenger était présent il serait intervenu en tant que Premier ministre, avec un message de son gouvernement à faire passer en cette occasion. C?est ce qu?a fait Pravind Jugnauth et les autres politiciens qui sont intervenus à Grand-Bassin.

D?autre part, il ne faut pas oublier que le gouvernement a, en général, apporté une énorme contribution à l?épanouissement des cultures et des religions. À ce titre, nous pensons qu?il faut leur donner l?occasion de nous dire ce qu?ils ont comme projet dans le domaine de la culture et de la religion.

Il ne faut pas non plus perdre de vue que les politiciens sont des leaders dans notre société. En tant que tels, ils ont aussi la responsabilité de nous guider. C?est dans ce sens que les discours des politiciens ont toujours inspiré le peuple.

Leur apport à l?organisation de ces cérémonies est conséquent. Des ministres, et non des moindres, ne se sont épargné aucune peine pour faire de ces célébrations un succès. On aurait difficilement apporté des améliorations sans le soutien du gouvernement, donc des politiciens. Le gouvernement le fait pour toutes les autres cérémonies religieuses.

> Ne craigniez-vous pas des dérapages ?

Quand y a-t-il dérapage ? C?est quand l?invité ne réfléchit pas ou ne comprend pas le contexte dans lequel la cérémonie a lieu. Quand on permet à un politicien de prendre la parole, il a non seulement l?occasion de se faire comprendre de nous, mais nous avons nous aussi l?occasion de nous faire entendre de lui. Tout le monde y trouve son compte. Est-ce qu?il faut tout le temps faire des manifestations pour nous faire entendre des politiciens ? Nous pensons qu?une cérémonie religieuse est une occasion comme une autre pour cette interaction.

> L?intervention de Mgr Maurice Piat le 1er février à Bel-Air ne vous a donc pas surpris ?

Non. Quand j?ai lu les explications qu?il a ensuite données dans la presse, j?ai compris qu?il avait vainement essayé de se faire entendre pendant un an et demi par les membres du gouvernement. Mgr Piat a lui aussi des responsabilités envers ses fidèles. Nous aurions agi de même si nous avions le sentiment d?être délaissés par l?État.

> Que pensez-vous de la laïcité de l?État ?

La politique et la religion sont intimement liées. Si nous choisissons nos élus pour s?occuper des affaires de la cité, il ne faut pas oublier que la religion fait aussi partie de ces affaires. Par conséquent, les conditions dans lesquelles nous pratiquons nos diverses religions doivent également les interpeller.

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