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Faut-il imposer un test VIH/sida aux époux ?

12 décembre 2004, 00:00

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Narghis Bundhun Avocate

Pourquoi ce droit ne devrait-il pas être accordé aux épouses ?

Tout texte de loi qui ferait une discrimination entre les sexes est anticonstitutionnel. Les articles 3 et 16 de la Constitution prévoient que tous les citoyens soient traités sur un pied d?égalité, sans tenir compte de leur sexe.

Que se passera-t-il si les décideurs envisagent de légiférer quand même ?

L?application de cette législation si elle est adoptée, remettra en cause le principe du secret médical. Si la femme est autorisée à demander que son con-joint ou compagnon fasse le test, le médecin aura-t-il le droit de communiquer les résultats de son analyse ? Dans l?état actuel de la loi, un médecin ne peut transmettre les résultats à une tierce personne. Si le médecin passe outre cette disposition de la loi, il s?expose à des poursuites pénales.

Un partenaire peut-il être contraint de se soumettre à un test selon une législation ?

Il ne saurait en être question. Ce serait une violation du droit à l?intégrité physique.

Le refus de se soumettre à un tel test peut-il servir pour une demande de divorce ?

Non, sauf si on décide que ce refus constitue une faute.

Mais éviter la propagation du sida, n?est-elle pas une question d?ordre national ?

Tout à fait. Mais il faut essayer d?enrayer la propagation par des moyens autres que le test obligatoire.

Vu que les femmes sont plus vulnérables face au sida, ne faut-il pas des mesures radicales pour les protéger ?

Les hommes sont tout aussi vulnérables que les femmes. Il y a aussi des femmes infidèles.

Avons-nous d?autres possibilités de protéger la femme ?

Absolument. Une femme devrait avoir le courage refuser tout rapport sexuel lorsque son compagnon ne veut pas se protéger.

Un tel test ne pourrait-il pas avoir un effet psychologique positif sur les conjoints, en les responsabilisant pour qu?ils soient fidèles ?

Ce test n?aura pas un impact psychologique positif sur tout le monde. Je pense particulièrement aux infidèles invétérés. Ils trouveront toujours le moyen de passer outre les promesses de fidélité.

Vidya Charan Responsable des programmes à la « Mauritius Family Planning »

Pourquoi faut-il imposer ce test ?

Le mot « imposer » pourrait avoir une connotation péjorative. Se soumettre à un test à la demande de son épouse, est un acte de respect à l?égard de celle-ci. C?est dans cet esprit que la loi doit être amendée. L?ampleur que le sida a pris dans notre société justifie le recours éventuel à une telle législation. Les statistiques sont révélatrices. Sur dix femmes qui ont contracté le sida, quatre sont des femmes au foyer. Le dépistage pourrait contribuer à faire reculer la maladie.

Pourquoi limiter le droit d'exiger ce test au profit de la femme ?

Il ne devrait pas y avoir de discrimination entre hommes et femmes. Les deux peuvent être confrontés aux risques de contamination. Si la femme est plus vulnérable que l'homme, le droit d'exiger un test devrait être une mesure d'exception. La règle générale serait le counselling. Tout doit se faire dans le dialogue. L'imposition ne devrait intervenir qu'en cas de refus systématique, alors que tous les facteurs confirmant les risques de contamination, ont été établis. Le dépistage serait l?arme ultime de la femme lorsqu?il n?existe aucun autre moyen pour la protéger.

Ce test devrait-il s'appliquer uniquement aux futurs couples ?

Le dépistage est encore tabou à Maurice. Il devrait être un geste naturel pour de nouveaux couples désireux de mettre toutes les chances de leur côté avant de s'engager dans une vie à deux. Il devrait en aller de même pour les couples qui ont été exposés aux risques de contamination.

L'imposition d'un test à la demande d'une femme ne risque-t-elle pas de porter atteinte aux droits de l'homme ?

Le droit d'un homme à avoir des relations sexuelles avec une femme ne doit pas s'exercer au mépris de la santé de cette dernière. Il n'y a pas de concessions à faire sur ce plan-là.

La société mauricienne pour qui la sexualité est tabou serait-elle prête à accepter une telle obligation ?

Tout est possible quand les choses passent par le dialogue et la discussion. Il y aura, bien sûr, des réticences si le dépistage est imposé sans un quelconque programme de sensibilisation préalable. Mais si on explique les conditions dans lesquelles il est obligatoire, le public comprendra et collaborera certainement.

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