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Faut-il brider les radios privées ?

14 août 2004, 20:00

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<B>Oui

Balkrishna Caunhye

directeur général de Top FM</B>

<B>Ce comité ne semble guère vous affecter?</B>

Je ne trouve pas non plus anormal que les décideurs mettent en place un tel comité pour analyser et faire un constat après bientôt trois ans de libéralisation des ondes. J?espère que leurs conclusions vont davantage élargir notre espace démocratique, avec notamment l?avènement de la télévision privée.

<B>Ne pensez-vous pas que ce comité vise à brider la liberté d?expression ? </B>

Non. Il faut qu?on laisse les institutions fonctionner. Toute cette question se résume à une question de choix rédactionnelle adoptée par la radio.

<B>Expliquez-vous?</B>

Par exemple, chez nous, au Top FM nous faisons un bulletin d?information crédible, se limitant aux faits et évitant le sensationnalisme. Nous avons certes des émissions hautement sensibles comme Hard Talk, mais il n?y a pas de dérapage sur notre antenne.

<B>Pourquoi cela ? </B>

Nous prenons d?abord la peine d?expliquer au préalable à nos intervenants l?objectif de notre plateau. Ils savent qu?ils peuvent être coupés s?ils ne respectent pas les consignes données. D?ailleurs nous avons attendu d?avoir un animateur professionnel avant de lancer une telle émission. En outre, nos auditeurs sont eux aussi invités à être précis et courtois, tout en évitant d?être émotionnels.

<B>Pensez-vous que l?IBA joue bien son rôle ? </B>

Nous constatons que le cahier des charges de l?IBA est carrément ignoré et que l?institution ne réagit parfois pas. Dans le cas du canular du dernier 1er avril, par exemple, l?IBA a réagi, mais les décideurs ont trouvé qu?elle a over-reacted. Pas étonnant, dans ces cas-là, que l?institution ne sache plus trop quoi faire. J?estime que l?IBA devrait se montrer beaucoup plus ferme par rapport à sa mission.

<B>Le traitement de l?explosion de Grand-Baie par les radios est la goutte qui a exaspéré le gouvernement. Que pensez-vous ? </B>

C?est tout à fait normal qu?on réagisse ainsi envers certaines radios qui ont sur-exploité de façon sensationnelle un tel événement tragique. Devant tant d?irresponsabilité, il faut contrôler ce qui se passe sur ces radios.

<B>Non

Eshan Kodarbux

Directeur général de Radio Plus</B>

<B>Pourquoi êtes-vous contre ce comité ? </B>

Il existe déjà l?Independent Broadcasting Authority (IBA) qui, comme son nom l?indique, est une institution indépendante. Elle est chargée de réglementer les radios. Or ce comité spécial fait fi de l?IBA. Parallèlement, des amendements à la loi sur la diffamation ont été préparés en catimini par un ex-juge, en dehors du cadre du parquet. Tout cela est suspect. Ce qui explique mon appréhension.

<B>Pourquoi nos dirigeants n?aiment-ils pas les radios privées ? </B>

Le climat socio-économique se dégrade. Un mécontentement général s?installe. Les gens expriment leurs frustrations à travers des manifestations de rues, dans des réunions politiques et aussi à travers les radios privées. L?impact de cette frustration radiodiffusée est si considérable que les politiciens prennent peur pour leur avenir politique. Ce comité, paraît-il, n?est rien d?autre qu?un instrument pour étouffer l?expression de ces frustrations sociales? surtout à l?approche des élections générales.

<B>Est-ce à dire qu?il n?y a pas d?abus sur ces radios ? </B>

Aucunement, mais à Maurice,

la libération des ondes est un phénomène nouveau. On a eu certes notre « printemps de la parole libérée » et certaines gens en ont profité. Il y a eu des dérapages. Mais l? IBA veille au grain.

<B>Ce comité n?est-il pas un camouflet à l?IBA ? </B>

L?IBA fait son travail. A un certain moment elle a été si sévère envers les radios privées, que j?ai commencé à douter de la libération des ondes. Nous saurons dans quelques semaines ce qu?il en est !

<B>Ne devrait-on pas durcir les lois pour justement prévenir les abus ? </B>

La liberté d?expression, bien qu?inscrite dans notre Constitution, n?a jamais été une liberté absolue. Il y a toujours eu, à Maurice, des lois sanctionnant la diffamation, la sédition, l?injure, l?insulte ou l?incitation à la haine raciale. Personne n?est intéressé à payer des dommages ou à aller en prison. On ne peut sanctionner au préalable sinon on censure et porte atteinte à la liberté d?expression.

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