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Fatimah, rebelle jusqu?au bout des ongles

8 mai 2006, 00:00

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Combien d?entre-vous peuvent s?enorgueillir de rouler une moto de 125cc ? Et combien d?entre-vous seraient prêts à piloter une 125cc quatre temps, à boîte de vitesse dans une course de trente minutes ? À 17 ans, Fatimah Ismaël, elle, a franchi le pas. Elle était effectivement en action dans la catégorie 100-150cc de la première épreuve du championnat de vitesse, hier dans la zone de stationnement du Stade Anjalay à Belle Vue.

Et pour son baptême du feu, elle s?est bien tirée d?affaire en terminant au pied du podium. ?J?avais un peu le trac durant les premières quinze minutes mais après ça allait. Je n?ai pas eu peur des pilotes qui passaient à vive allure?, concède-t-elle.

L?histoire d?amour entre Fatimah et la moto débute dès l?age de 10 ans, quand elle roule la mobylette de papa Nasser dans les ruelles de Médine Camp de Masque. ?Depuis je m?intéresse à la moto et tout ce qui touche à la vitesse comme le rallye automobile?, précise-t-elle.

Victime d?un hit and run

À 16 ans, Père Noël ou plutôt Père Nasser lui fait le plus joli cadeau qu?elle puisse désirer, une Yamaha YBR 125cc. ?Ça n?a pas été difficile de le convaincre parce qu?il savait que j?aimais la moto?, dit-elle en regardant son papa du coin de l?oeil. ?Mo ti trouvé li éna potansyel. Mo respekte so achievement?, ajoute Nasser. ?Se gras a li ki mo roule. Mo remersi li?, renchérit Fatimah.

Mais tout n?a pas été rose pour cette étudiante du SSS Basdeo Bissoondoyal. L?année dernière, en se rendant à l?école sur sa moto, elle est victime d?un accident à Lallmatie et doit passer dix jours à l?hôpital. ?C?était un hit and run. Pendant que je roulais tranquillement dans ma voie, une voiture m?a heurtée et j?ai eu une fracture du tibia?, raconte-t-elle. Cette blessure la gardera éloignée de sa moto pendant six bons mois. ?Me couma mo lipie ine byen, mone remont desuit !?, avoue-t-elle en lâchant un sourire malicieux.

En fait, le sourire laisse la place à un rire franc quand elle avoue qu?elle est une des rares filles à se rendre à l?école en moto, ?certain mo ban camarad apel mwa robot parski mo roul dwrat dwrat? sans compter qu?il y a également des gens qui la regardent bizarrement.

Mais les on-dit, elle n?en a cure ! ?Je conseille aux filles de ne pas avoir peur. Il ne faut pas qu?elles restent à la maison. Nous ne sommes plus dans les années soixante. Il faut que les femmes se développent et les motos ne sont pas faites que pour les hommes?, affirme-t-elle. ?Moi je suis prête à tout sacrifier pour la moto sauf les études?, précise celle qui doit à tout prix réussir sa deuxième tentative aux examens du School Certificate.

Adepte du ju-jitsu

Fatimah a, d?ailleurs, scrupuleusement préparé un horaire de travail parce que, hormis la moto elle pratique également le ju-jitsu. ?J?ai déjà sept médailles et je suis ceinture jaune,? dit-elle fièrement. Alors, messieurs n?allez pas lui chercher des noises?

Néanmoins, c?est une Fatimah souriante que nous avons vue, hier, à Anjalay. Et, dans le parc fermé, certains lui ont prodigué des conseils. Reshad Khoyratty est parmi ceux-là. Le président et pilote du Moto Club de Port-Louis l?a pris sous son aile et lui a enseigné les rudiments de la discipline. ?Bien sûr elle ne pourra pas tout apprendre tout de suite, mais elle se tient bien sur la moto et c?est un bon début?, lance Reshad Khoyratty. Ce dernier, pour l?encourager à faire tout le championnat, lui a même offert son trophée de troisième place. Il convient de préciser ici que certains pilotes féminins ont déjà participé à des épreuves de championnat de vitesse, mais ce n?étaient que des participations ponctuelles.

Qui sait, après plusieurs années de pratique, elle réalisera peut-être son rêve : celui de participer au Rallye Raid par excellence, le Dakar.

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