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Fanfan ou les refrains d?un petit pêcheur

1 août 2005, 00:00

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Le 27 juillet dernier, Fanfan a fêté ses 75 ans. Ce jour là, le téléphone n?a pas arrêté de sonner dans sa petite maison de Cité Beau-Vallon, à l?entrée de Mahébourg. Des appels de Belgique, de France, et d?un peu partout à Maurice pour lui souhaiter un bon anniversaire. Conteur et chanteur, il est considéré comme l?un des derniers dépositaires de la tradition orale mauricienne.

Fanfan aime évoquer son enfance, même si ce fut une période difficile de sa vie. Orphelin de mère à 11 mois, il perd son père à 7 ans. Né à Bois-d?Oiseaux, Mahébourg, il est élevé par ses grands-parents. Mais Fanfan a surtout été un enfant rejeté par sa famille. Victime de la poliomyélite, il a un important handicap à la jambe droite.

?Je vivais dans la misère, je marchais pieds nus, je me nourrissais parfois d?un verre de thé?. Mais à Mahébourg il y a la mer, véritable mère nourricière. Et Fanfan se lance naturellement dans la pêche. Mais il souffre aussi de l?autorité des grands. Son handicap n?arrange pas les choses. Sa grande s?ur le corrige sans cesse. Il faut dire que Fanfan s?est essayé très tôt à la musique? en tambourinant sur les tables ! Adolescent, il se lance dans la chanson et fréquente le milieu des ségatiers. Tant et si bien qu?il sort son premier 45 tours en 1949, Ma bole ma, un classique du séga.

Véritable griot, il s?inspire des histoires que racontaient ses grands-parents et en fait des paraboles. Des zistwar lontan qui prennent leurs racines au temps de l?esclavage. Les réflexions de sa grand-mère nourrissent ses chansons. ?Un jour, ma grand-mère m?a prédit que l?argent serait abondant mais que la nourriture serait difficile à trouver. C?est ce qui arrive aujourd?hui. On gagne beaucoup d?argent mais cet argent ne suffit pas à apaiser nos appétits.?

Pour écrire ses chansons et imaginer ses contes, Fanfan plonge son regard dans la vie de tous les jours. Il s?intéresse aux petites choses, à un chat ou un chien qui passent sous un arbre, aux instants privilégiés que la nature offre aux êtres attentifs. Ses histoires, ses textes racontent aussi la vie de caïmans, de lions et de tigres, pêchée dans le ?bocal?, l?écran de télévision. ?Je suis un fan de documentaires?, avoue-t-il.

Élaboration d?un nouvel album

A partir de la recette d?un cari poisson et tamarin, il chante l?éloge du mauricianisme et décrit les effets pervers du communalisme. ?Je n?ai pas grandi dans le communalisme, car à l?époque, les cours n?étaient pas clôturées, les gens s?échangeaient dupiment et du thé, indépendamment du fait que l?on soit hindou, musulman ou chrétien. Si le communalisme a fait son apparition, c?est la faute aux politiciens?, lâche avec sa gouaille désormais célèbre. Car Fanfan, non content d?être un conteur de la vie mauricienne, est aussi un chanteur engagé. La preuve : ?C?est Jules Koenig et Seewoosagur Ramgoolam qui se critiquaient mutuellement au lieu de présenter leurs programmes?, tonne-t-il, la mémoire vivace. Pour couvrir le bruit des meetings, il a donc choisi de chanter haut et fort.

Le vieil homme est aussi très critique envers les paroles à double-sens de certains ségas et les chanteurs provocants qui ?koui kari koulou ar brinzel?. Lui, il reste obstinément romantique, amateur de chanson française et de belles paroles mais qui affiche parfois un certain radicalisme dans ses propos. ?Le monde a été détourné. Regardez ce qui s?est passé à Cité-Tôle (Ndlr, le viol et meurtre d?une enfant de 2 ans), l?invasion des drogues dures, la peur de marcher dans la rue la nuit?? Pour lui, il faut carrément ?se débarrasser? des coupables. Oeil pour ?il?

Seul dans sa petite maison de Cité Beau-Vallon, avec une santé précaire, il jette un regard inquiet et triste sur ce monde qu?il ne reconnaît plus, sur l?avenir incertain, sur ?la mer qui s?assèche?.

Mais Fanfan refuse de se laisser abattre. D?ailleurs, comme il le dit lui-même, il n?a pas peur de la mort. Il espère sortir un nouvel album d?ici à septembre, Le petit pêcheur. C?est son ami Jean-René Bastien qui s?en occupe, en collaboration avec le studio Scorpio. Car si Fanfan a été délaissé par sa famille, il est très entouré par un petit groupe d?artistes et d?amis qui lui sont fidèles depuis plus de vingt ans. Des chanteurs, musiciens ou producteurs qui l?ont toujours accompagné et soutenu durant sa carrière, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Le vieil homme n?a jamais été exigeant. Et comme il le dit lui-même, dans son dernier album, il reste un petit pêcheur. Du genre de ceux qui vivent au jour le jour et en fonction du besoin immédiat. ?Si j?ai besoin de deux poissons, j?en prend deux, pas plus?, laisse-t-il échapper d?un ton humble. Une humilité qui mériterait de faire école.

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