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Fam l?espoir
Elle aurait pu être une écorchée vive, elle choisit d?être une battante, une Fam l?espoir, comme elle le chante sur son dernier album. Femme et artiste accomplie, Micheline Virahsawmy a sorti Noun né dan zil, son troisième album, un opus qui se range dans la continuité d?un travail sur ses propres ?uvres, entrepris voilà déjà trente ans. Micheline Virahsawmy répond de sa voix chaude, à nos questions sur son engagement d?artiste et à la place de la culture dans la société mauricienne.
<B>Ce qui frappe à l?écoute de vos chansons, c?est la sincérité de ce que vous chantez. Est-ce votre façon d?exorciser votre passé douloureux ? </B>
Comment chanter autrement si ce n?est avec son c?ur. La chanson a été pour moi, et reste encore, une porte de sortie. C?est un mode d?expression qui me convient. La musique peut aller au-delà de toutes les frontières. Je chante chaque mot avec mon c?ur, après que chaque mot ait été pensé. C?est aussi un moyen de chanter une vie de femme et de montrer qu?on peut toujours s?en sortir parce que nous vivons tous avec nos peines et nos souffrances, peu importe le milieu dans lequel nous vivons. Ma plate-forme d?expression, c?est la chanson.
<B>Il y a peu de femmes auteurs/compositeurs/interprètes chez nous. Comment expliquez-vous cela ? </B>
Je crois qu?aujourd?hui, les thèmes sont saturés. Autrefois, on pouvait faire une chanson avec peu de chose. Aujourd?hui, hélas, beaucoup d?artistes sont motivés par le gain ou la reconnaissance. Il y a très souvent un manque certain de recherche musicale dans ce qui est produit. Quant à la sincérité, c?est pire encore. On chante n?importe quoi. La plupart des chanteurs tournent dans les hôtels. Souvent, la recherche musicale fait défaut. C?est encore plus dur, si l?on considère qu?il est impossible de vivre de son art à Maurice. Il faut prendre du temps pour écrire un album. Ce n?est pas tant le produit fini qui importe, c?est la recherche musicale, la valeur de ce qu?on chante et l?amour qu?on est prêt à donner. En retour, le public, est prêt lui aussi à donner beaucoup d?amour.
<B>Vous qui à l?époque faisiez de la chanson engagée, vous sentez-vous encore l?âme d?une chanteuse engagée ? </B>
A l?époque, mon engagement était surtout politique. Mais aujourd?hui, bien que mon idéologie politique n?appartienne qu?à moi, je suis engagée socialement, parce qu?il est impensable de rester insensible face aux fléaux qui pourrissent notre société. Je pense à la drogue, à la violence sur les enfants, sur les femmes, entre autres. Pour être engagé, il ne suffit pas d?être conseiller municipal ou député, on peut être chaque jour engagé sur le terrain, là où ça ne va vraiment pas. A l?approche de chaque élection, c?est un éternel recommencement. Mais dans le fond, les problèmes restent entiers.
<B>N?avez-vous jamais eu envie de reprendre votre bâton de pèlerin pour vous réengager sur la scène politique, alors que l?on parle de plus en plus de la place des femmes en politique ? </B>
Non, parce que je n?ai pas besoin d?être au sein d?un parti pour m?engager socialement. Je suis bien dans ma peau d?artiste, de femme, de mère et de citoyenne. Pas kapav passe à koté banne l?injustices qui éna ! Nul besoin d?être politicienne pour ?uvrer pour des lendemains meilleurs !
<B>Vous êtes «Cultural Adviser» au sein du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine. En quoi ce centre aide-t-il la culture africaine a trouvé ses marques? </B>
Aucun travail ne peut être fait, s?il n?y a pas la volonté de bien faire. Nous avons au centre, énormément de contraintes, il nous manque certaines libertés. On ne choisit pas de faire un spectacle avec des artistes qui seraient d?abord des amis. On les choisit parce qu?ils font du bon travail. Il faut surtout savoir donner davantage, sans s?attendre à gagner quoi que ce soit en retour. Dans le passé, nous avions vraiment l?envie de faire bouger les choses, nous faisions d?ailleurs beaucoup de choses, du défilé de mode aux spectacles. Aujourd?hui, on se laisse aller. On manque de sérieux, de libertés et de volonté.
<B>Quelle est aujourd?hui la place des artistes dans la société mauricienne ? </B>
Certains manquent de foi. D?autres ont tendance à se croiser les bras en s?insurgeant contre le manque de moyens. Ce n?était guère plus facile autrefois de faire de la musique. Si on veut monter des spectacles, nous pouvons le faire dans des stades, le public est toujours là. C?est vrai qu?il manque des salles de spectacle, mais si on se croise les bras en attendant que le gouvernement crée des espaces pour nous, nous risquons d?attendre longtemps ! C?est vrai aussi qu?il y a le problème de piratage. Il faut le combattre. Ce ne sont pas autant les petits marchands qui sont à blâmer, mais les «gros bonnets» qui font tourner l?industrie. Ce sont eux surtout qui s?enrichissent sur le dos des artistes.
<B>Sur votre nouvel album, vous prônez l?unité inter-îles. En quoi est-ce important pour vous ? </B>
C?est le secret de la réussite. L?élan de solidarité qui a suivi le tsunami en Asie est formidable. Demain ce sera peut-être nous qui aurons besoin que les autres volent à notre secours. Même si parfois on a l?impression que tout va mal, il y a encore de l?espoir. L?amour, la solidarité et la générosité sont encore des valeurs dans lesquelles nous croyons encore. Heureusement d?ailleurs!
<B>Quelle est, à ce jour, votre plus belle réussite ? </B>
C?est d?être encore là après trente ans. Le public est toujours là, je suis respectée. Mon souhait serait de pouvoir continuer encore à faire ma musique. Aujourd?hui quand on voit par exemple à quel point les artistes peuvent être soudés pour défendre certaines causes, ça fait plaisir. Quand on m?arrête dans la rue pour me parler de mes chansons, cela me touche. Je suis parfaitement heureuse.
<B>Est-ce plus facile aujourd?hui pour vous ?
Je ne dirai pas que c?est plus facile. Au fil du temps, on devient plus exigeante avec soi-même. Autrefois je pouvais écrire une chanson en une journée, aujourd?hui, je peux buter sur une chanson pendant trois semaines.
<B>Diriez-vous que vous avez atteint une certaine sérénité ? </B>
J?ai choisi de ne pas m?apitoyer. La vie est trop courte pour cela. Je suis bien dans ma peau et dans ma vie. C?est le plus important.
<B>Interview réalisée par Martine LUCHMUN
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