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Faits authentiques
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Le temps des théorisations est dépassé. Il serait utile d?intellectualiser sur les nouvelles stratifications sociales qui se mettent en place. Ou sur la paupérisation graduelle de la classe moyenne inférieure.
Ou encore sur la création d?une nouvelle classe de lumpenprolétariat. Ou enfin sur le fait que les plus nantis jouissent de plus en plus de privilèges. Mais nous éviterons ces lectures taxinomiques voire idéologiques pour nous rapporter sur une réalité humaine qui rime avec privation ultime même s?il est vrai qu?il serait intéressant de voir comment la société mauricienne est en train de s?agencer et quelles sont les intentionnalités qui sont derrière ce nouvel aménagement sociologique.
Entre-temps, il y a les faits. Des faits douloureux. Ce sont des histoires de vie. Ou de sous-vie. Travailleur manuel, José, un habitant de Curepipe, avait l?habitude avec sa famille de prendre trois fois le thé chez lui. Du thé au lait. Depuis quelque temps, le régime de vie a changé. Ce n?est que le matin que la famille se réunit autour d?une tasse de thé au lait. Pour les deux autres occasions, la cherté de la vie leur impose désormais deux thés noirs.
Dans un village du nord du pays, une mère de famille qui faisait sa cuisine grâce à un four à gaz a été contrainte depuis quelque temps de revoir ses habitudes. Il faut le dire, le prix de la bonbonne de gaz a pris vertigineusement l?ascenseur. Afin de limiter ses dépenses, cette dame est revenue à d?anciennes pratiques. Elle partage sa cuisine à présent entre le four à gaz et le «poukhni» ? instrument servant à souffler de l?air pour allumer le feu.
Cette autre dame de Rose-Hill s?est, elle, résolue à acheter, parallèlement au riz basmati et au lait écrémé, du riz «ration» et du lait bon marché pour les gens qui lui rendent régulièrement visite. Elle ne peut plus se permettre de partager son mode de vie avec les gens autour d?elle.
De la même manière, d?autres se sont remis aux lampes à pétrole ? un type de quinquet.
C?est aussi l?histoire de ce cadre d?une entreprise du Sud, habitant Quatre-Bornes, qui, une fin de mois, a dû se déclarer souffrant durant trois jours parce qu?il n?avait de l?argent ni pour l?essence ni pour le trajet en autobus pour se rendre à son lieu de travail.
Il ne s?agit plus ici de fioritures auxquelles il faut renoncer ou de ces citoyens qui vivaient au-dessus de leurs moyens. Il est seulement question de l?appauvrissement d?une partie de la population. Ce n?est pas non plus un procès contre un Etat qui cherche seulement à rationaliser ses rapports avec la société et l?économie. Ce sont uniquement des faits authentiquement cruels.
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