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Faire corps avec les accords

30 avril 2006, 20:00

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Toute la vérité, rien que la vérité. Sans rien occulter de ses ?mauvaises fréquentations?, de ses ?incartades?. Prendre le risque de montrer que ses nuits sont plus belles que nos jours, que ses jours couleur de pluie ont essuyé leur lot de désillusion. Et surtout dire que Mario Armel est un homme autant qu?un artiste.

Le moment est bien choisi. Pour ses 40 ans de carrière, le chanteur pose sa vie sur les mots de son biographe Robert d?Argent. Dépose ses souvenirs sur des pages faciles à lire. Et croustillantes à souhait.

Quelques accords posés sur la terre, édité par Graphic Press Ltd, a été lancé jeudi. Au fil des pages, l?honnêteté du tandem Armel-D?Argent se précise. Ils n?ont pas gommé les aspérités de la vie du sujet. Le but n?est pas de l?encenser, mais de donner de l?épaisseur au ?personnage? à force de franchise et de recul.

Le biographe a su éviter le piège qui consiste à peindre un portrait d?homme à qui tout réussit comme par enchantement. Désormais, il y a prescription. À presque 60 ans, le chanteur peut rire de ses bêtises de jeunesse. Il peut raconter comment il s?en prit ?violemment à la fille qui avait été témoin oculaire? de sa tentative de faire le mur. Ou encore, comment à la Tutorial School, ?nous nous permîmes sur cette jeune élève des gestes qui nous valurent des ennuis avec la police et une correction au jonc tressé qui mit un point final à mon parcours scolaire?.

Entrée en matière pour une carrière de bourreau des c?urs dont la biographie ne nous épargne aucun détail. Mario Armel a sa propre définition de la fidélité. Quant au sida, il le dit lui-même, en ces temps-là, on en parlait pas ou si peu.

Mais au-delà de ce moment de lecture agréable, autant dans la forme que dans le fond, se pose la question du vieillissement vitesse grand V de la chanson locale. En fêtant ses 40 ans de carrière, Mario Armel rejoint le club pas si fermé, dont les membres sont : Jean-Claude Gaspard, Claudio Veeraragoo, Serge Lebrasse, Michel Legris ou encore l?inénarrable Fanfan.

Le temps a passé. Leur relève a eu pour nom Cassiya et Zot Sa. Mais cela fait dix ans déjà que ceux-là nous font danser. Essayer maintenant de citer comme cela, au pied levé, un jeune chanteur qui ne fasse pas de ragga, de reggae dancehall, mais qui s?essaie au séga d?ambiance sans tomber dans une abrutissante succession de ti la eh lo lo.

  • Quelques accords posés sur la terre, disponible en librairie à Rs 350 alors que le DVD est en vente chez les disquaires à Rs 250.

EXTRAIT

J?appartenais à cette génération qui intégrait l?orchestre de la police de père en fils. Les démarches avaient débuté en ce sens. J?aurais été aujourd?hui à deux années d?une retraite bien méritée si je n?avais décidé un 13 juillet 1967 de mettre le cap sur la Réunion où m?appelait mon destin. J?étais donc condamné à accompagner ma mère au théâtre et à vivre sous son étroite surveillance et celle de ma s?ur. Du moins, quand j?étais confiné à la maison. Nous habitions à la rue Sir Virgil Naz depuis la mort de ma grand-mère maternelle. Nous y avions emménagé durant l?année de mes... ans. Sur le pont non loin de la rue La Poudrière, les prostituées attendaient les clients. J?effectuais souvent ce trajet jusqu?au jour où, hélé par une de ces femmes court vêtues, je la suivis jusqu?à la maison close située à l?arrière du cinéma Majestic. Je n?avais que Rs 2,50 en poche mais ce fut suffisant pour faire connaissance avec le plus vieux métier du monde. Néanmoins, je ne refis pas l?expérience bien que j?en avais terriblement envie car je vis un homme se faire écraser ?ses bijoux de famille? par une de ces filles de joie.

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