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Exemplaire
Nous savions déjà que nous avons beaucoup à apprendre de l?Inde. Mais la dernière leçon de sagesse que vient d?administrer la plus grande démocratie du monde est encore plus belle. Ce pays à majorité hindoue aura désormais à sa tête un président musulman, A.P.J. Abdul Kalam, et un Premier ministre catholique, Sonia Gandhi, née Antonia Maino.
Bien que l?Inde reste une mosaïque de peuples, où se bousculent les cultures et les traditions, les rivalités religieuses n?ont jamais été exacerbées pendant la campagne électorale qui a abouti à la victoire du Congrès. Certes, l?alliance dirigée par le BJP a cherché à exploiter à un moment les origines étrangères de Sonia Gandhi mais elle a vite réalisé que l?enjeu, pour les électeurs, était ailleurs. Les Indiens étaient surtout concernés par la lutte contre la pauvreté, ou plutôt le combat pour plus de justice. Il s?agissait, pour les masses pauvres, d?obtenir quelques rayons de soleil de cette ?Shining India?.
Les centaines de millions de paysans indiens qui ont accordé leur confiance à Sonia Gandhi ont surtout voulu exprimer leur exaspération devant la pauvreté qui les afflige. Leur vote traduit une revendication en faveur des réformes agraires et du développement rural. Les hindouistes-nationalistes d?Atal Bihari Vajpayee, perçus comme un groupe qui favorise l?élite urbaine, ont été sanctionnés. Dans un monde où les conflits ethniques et les affrontements religieux sévissent de façon permanente, le comportement des électeurs indiens est exemplaire.
Quelques jours avant les élections, un diplomate indien en poste à Maurice disait que dans son pays, ?when you are at home you are sikh, hindu, muslim or christian but when you are in the street you are Indian?. Il n?ignore sûrement pas qu?en Inde aussi il y a des extrémistes ? deux de ses Premiers ministres ont été assassinés par des fanatiques religieux, mais son constat annonçait par avance le succès de Sonia Gandhi.
Les électeurs indiens ont voté pour l?alternance parce qu?ils ploient sous le poids de la misère. Ils ont souhaité le changement sans tenir compte de la religion ou des origines de celle qui sollicitait leurs votes. Le BJP de l?ex-Premier ministre a eu tort de faire campagne le nez dans le guidon en se concentrant sur la macroéconomie. Il s?enorgueillait d?une économie dynamique et se vantait d?avoir fait grimper la croissance de l?Inde à 8 % en 2003. Cela ne lui a pas permis de remarquer, qu?entre-temps, le gouffre s?élargissait entre pauvres et riches.
Le BJP était très confiant d?une victoire. Il a probablement cru que les caractéristiques du chef du camp opposé allaient l?éloigner naturellement du pouvoir. Antonia Maino, fille d?un entrepreneur en maçonnerie de Turin, est Issue d?une famille catholique conservatrice. Elle s?est mariée avec Rajiv Gandhi à l?âge de 21 ans mais a pris la nationalité indienne 16 ans après, soit tout juste avant que son mari ne devienne Premier ministre. Aux yeux d?une grande majorité d?Indiens, tout cela n?a pas visiblement une grande importance, car ils l?ont portée au poste suprême.
Pour avoir l?occasion de façonner l?histoire de l?Inde, Sonia Gandhi n?a pas eu à s?indianiser depuis qu?elle est entrée en politique en 1998. Elle a seulement eu à apprendre les intonations de sa belle-mère, Indira Gandhi, pour mieux souligner son appartenance à la dynastie des Nehru. Les apparences et les croyances religieuses de cette Indienne d?origine italienne n?ont pas fait d?elle une citoyenne moins méritante.
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