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Et, soudain, La Marseillaise?
Du jamais vu aux Jeux des îles : l?hymne national français a retenti dans un gymnase de badminton ! C?était hier, à Rose-Hill, au terme de la finale du simple hommes, finale marquée par l?émouvante passation de pouvoir entre notre illustre compatriote Eddy Clarisse et le nouveau prince régnant de la discipline, le Réunionnais Olivier Fossy. Ce dernier s?est imposé en deux sets, 15-8, 15-8, le tout en une petite demi-heure tout au plus.
Cette victoire de Fossy marque la fin d?une belle époque pour le badminton mauricien. Depuis 1979, année des premiers Jeux des îles, aucune médaille d?or ne nous avait échappé, Maurice balayant tout sur son passage pour ne laisser que des miettes à la Réunion et aux Seychelles, ses adversaires historiques. Avant qu?Eddy Clarisse ne monte sur le court hier matin, les comptes étaient donc bons : 36 sur 36 !
Mais il était écrit quelque part que cette indécente longévité allait s?arrêter un jour ou l?autre. Toutefois, la vie est parfois mal faite : il a fallu que ça tombe sur Eddy Clarisse, triple champion d?Afrique, neuf fois médaillé d?or aux Jeux des îles, l?homme qui a conduit le badminton mauricien vers des sommets incomparables. C?est comme ça, on n?y peut rien.
À bien voir, il n?y avait pas photo hier entre Fossy et Clarisse. Le Mauricien n?avait certainement pas les moyens pour rivaliser avec un adversaire qu?il avait pourtant largement dominé cinq ans plus tôt, aux Jeux de la Réunion.
Un Eddy Clarisse qui, il faut l?ajouter, a cruellement manqué de fraîcheur physique face à un opposant puissant et précis qui n?eut de cesse de le mettre sous pression et qui, en somme, semblait techniquement et mentalement plus fort.
Fossy : ?J?étais fan d?Eddy??
Résigné à laisser filer l?or, Clarisse n?était pas pour autant déçu de sa performance. ?Il n?y a pas à dire, Olivier était beaucoup plus fort. Il faisait ce qu?il voulait sur le court. Pour essayer de le contrer, il aurait fallu que je prenne des risques, que je m?expose. Ce n?était pas évident?, commente Eddy Clarisse.
Et d?ajouter : ?Je reviens après deux ans. Je ne pouvais franchement pas espérer mieux. Etre en finale, c?est déjà pas mal. Je n?ai pas envie de m?arrêter là. J?ai dit que je ferais les championnats d?Afrique l?année prochaine et je tiendrais parole.?
Le médaillé d?or des Jeux de 1993 et de 1998 invite les autorités sportives à réagir. ?Ma défaite est un signal. On doit se remettre en question. J?espère que les dirigeants vont investir davantage dans le sport.?
L?entraîneur national Sylvain Hennequin n?avait lui aussi aucun regret : ?Olivier Fossy était beaucoup trop fort hier. Il a montré qu?il était capable d?accélérer le jeu quand bon lui semblait. C?est un Fossy plus solide, plus complet et plus technique qu?en 1998. Sa médaille d?or n?est pas volée.?
Dans le camp réunionnais, c?était l?euphorie. Le signe indien a enfin été vaincu. ?C?est un rêve qui se concrétise. Je n?en reviens toujours pas, nous confiait-il à sa sortie du court. Battre Eddy Clarisse, c?est très symbolique. Quand j?étais plus jeune, j?étais son fan. Comme moi, il venait d?une île, de surcroît de la même zone que la Réunion. Moi, ce n?est pas le numéro un français qui me motivait, mais plutôt Eddy Clarisse.?
Fossy reconnaît que Eddy Clarisse était émoussé : ?Vu son expérience et son palmarès, je me méfiais de lui, j?appréhendais ce match. Je m?attendais à des échanges beaucoup plus longs. Mais il n?était pas dans le coup. Il lui a manqué de fraîcheur.?
Cette victoire servira-t-elle de tremplin à la relance du badminton réunionnais ? ?Non, je ne crois pas, répond Fossy. Chez nous, il n?y a pas une culture du badminton. Chez vous, à l?inverse, la foule est enthousiaste, les matches passent à la télé. C?est super??
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