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Et si nos politiciens se racontaient...
Imaginez sur nos rayons quelques enquêtes ou confessions sur nos politiciens du genre biographies (autorisées ou non) ou autobiographies. Imaginez L?audace d?espérer de Pravind Jugnauth, Ça va mal finir de Dinesh Ramjuttun, Ma plus belle histoire, c?est vous de Rama Valayden, ou encore Rupture de Madun Dulloo? Faut pas rêver, on n?en est pas à ce stage à Maurice. Heureusement ou dommage, on ne lave pas son linge (même tout court) en librairies ici.
Enfin, il y a bien eu quelques livres, mais très bon-enfant.
Sauf peut-être Le droit à l?excès d?Alain Gordon Gentil sur Gaëtan Duval qui sera d?ailleurs réédité pour la quatrième fois et qui sortira le 5 mai. Où sont nos livres ? Yvan Martial, chroniqueur, estime qu?il n?y a pas de marché pour ce type de livres ici, d?autant plus que leur vente ne peut pas être internationale. Mais il va plus loin. « Encore faut-il que vous trouviez un éditeur qui accepte de vous publier sans avoir peur des représailles si ce n?est pas un livre encenseur. » Et d?ajouter : « À mon avis, écrire sur les politiciens, c?est plus une recette pour se faire des ennemis. »
Pourtant, en France, ce sont les livres politiques qui dopent les ventes. L?année 2007 a même été considérée comme un bon cru pour ce genre d?écrits. Et l?ardeur ne s?éteint pas en 2008. On continue, par exemple, avec tout le petit monde autour de Sarkozy, ce qui fait le délice des livres people. Au point que dans le monde de l?édition on parle d?un nouveau genre, les quick book, des livres politiques publiés rapidement après un événement tel Carla et Nicolas, chronique d?une liaison dangereuse. Le journaliste, éditeur et écrivain Alain Gordon Gentil est ahuri par ce phénomène people. « C?est une mode française. Les Français ont l?habitude du journalisme de caniveau. J?appelle ça la presse bling bling. Et je considère que le fait d?appeler cela de la presse people, c?est juste une manière propre de dire les choses. »
Pire. En Amérique, la nouvelle tendance est de publier des livres politiques destinés aux enfants. Et ça donne de ces titres croustillants genre Pourquoi maman est démocrate ? ou encore Au secours, maman ! Il y a des gens de gauche sous mon lit. Mais bon, Maurice ce n?est pas la France, et encore moins l?Amérique. Et ce n?est pas Cassam Uteem qui nous dira le contraire. La comparaison ne tient pas, selon lui. Le fait qu?il ait souvent l?occasion d?exprimer son opinion sur la politique internationale et les idéologies economico-politiques qui dominent le monde dans des forums, ici et ailleurs, lui suffit. Mais on a beau avoir la télévision, la radio, l?internet et la presse écrite, les livres écrits sur ou par les candidats sont irremplaçables. « Nous sommes dans un monde de communication. Sortir un livre sur soi est un excellent exercice de communication. On se vend en s?adressant directement au public », fait ressortir Nando Bodha en parlant de l?effet Sarko.
« Le combat politique n?est pas un roman à l?eau de rose. »
Mais reste à savoir si tous ces livres ne sont pas mensonge et manipulation. Et si tous ces livres programmes électoraux ne faussent pas tout l?enjeu politique. « Tout ce qui est écriture peut être manipulatrice. Il faut savoir qui écrit. Si le biographe est honnête dans sa démarche, s?il va au fond des choses et ne se laisse pas manipuler », souligne Alain Gordon Gentil. Le danger, c?est aussi le fait que ces écrits sont subjectifs. « Une autobiographie est une mise en scène de soi finalement et sans vouloir mentir, on peut valoriser certaines choses et occulter d?autres », analyse Nando Bodha, qui considère toutefois qu?une autobiographie comme une biographie peuvent donner un autre éclairage sur la personne. « Ce genre de livres peut être source d?inspiration pour d?autres. »
Alors, qui voudrait à Maurice écrire sur qui ? Alain Gordon Gentil explique qu?il y a quinze ans, il a approché Bérenger pour écrire sa biographie, mais que ce dernier a refusé. En revanche, il compte écrire une biographie sur Ramgoolam. Il aurait eu son aval, mais ce livre n?est pas pour demain. Mais il est clair sur une chose : « Il y a livres politiques et livres politiques. Personnellement, ma grande obsession, c?est de concilier ce que les politiques, les penseurs ont à dire. Pour moi, il faut que tout soit consigné sur papier, avant que les gens meurent et que ces écrits puissent servir 50 ans après. Que les idées restent, c?est d?ailleurs dans cet esprit que j?anime la rubrique Apartés. »
Mais on sait bien qu?une petite dose de scandale, de révélations peut faire flamber les ventes. Les fans de sujets people adorent ce qui prend au c?ur et aux tripes.
« La pipolisation s?apparente à une certaine forme de voyeurisme à mon avis. C?est la curiosité pour la curiosité? Ce n?est pas en livrant ce qui se passe dans la salle à manger ou dans la chambre à coucher d?un homme politique que son engagement public serait mieux compris », explique James Burty David persuadé qu?à trop vouloir « pipoliser » la politique, on risque de passer à côté de l?essentiel. « Le combat politique n?est pas un roman à l?eau de rose », insiste-t-il.
Et si Cassam Uteem considère que la vie d?un homme public doit être comme un livre ouvert, il trouve cependant, que sa vie privée doit être scrupuleusement respectée et qu?il lui appartient de ne pas la livrer aux voyeurs de tout acabit. « Mais s?il maintient des liaisons amoureuses ?illicites? et que les journaux à sensation arrivent à les découvrir, il doit en subir les conséquences ! Il est un homme public ! »
En attendant de voir des livres people sur nos politiciens, on se contentera des bribes ici et là. Du genre, l?aveu de Navin Ramgoolam dans l?express édition spéciale 1968 ? 2008 Genèse d?un miracle où le PM écrit que son père avait annoncé à la veille des élections en 68 que « s?il perdait les élections devant mener à l?indépendance, il allait, comme des prêtres bouddhistes, s?immoler par le feu devant sa maison de la rue Desforges ». Et en passant, il n?y a pas que les politiques qui font l?objet de best-sellers. Les chanteurs, les sportifs, les acteurs, les victimes? tous se mettent à la plume. Pour la postérité, pour dénoncer quelque chose, pour sensibiliser, pour se faire de l?argent. Alors, pourquoi pas vous ?
Cassam Uteem, ex-président de la République : « Comparons ce qui est comparable ! Je ne suis ni Clinton ni Sarkozy. J?ai été, il est vrai le président de mon pays pendant dix ans ou presque, mais Maurice n?est ni la France ni les États-Unis, et ma conception de la politique ou ma vision de l?avenir de mon pays et de son développement n?a qu?un intérêt local ou à la rigueur régional. Et puis, il y a déjà une biographie de moi publiée aux Éditions Le Printemps. Une deuxième biographie serait de trop ! Je ne compte pas, non plus, écrire une autobiographie. Il n?est cependant pas exclu que j?écrive des livres politiques. »
Paul Bérenger, leader du MMM : « L?autobiographie, n?est pas mon genre. Je n?aime pas me pencher sur moi à longueur de pages. Pour ce qui est d?une biographie, peut-être bien. À condition qu?elle soit sérieuse, bien travaillée. Mais en tout cas, ce ne sera pas pour maintenant. »
Nando Bodha, chef de file du MSM : « Je ne me vois pas écrire sur moi. Je pense que c?est une question de pudeur. Mais si quelqu?un un jour me dit qu?il veut écrire ma biographie, je pourrai accepter s?il y a d?abord tout un regroupement de renseignements et que je puisse voir l??uvre finale. Parce qu?une fois le livre sorti, le biographe n?est plus là, c?est le personnage qui se retrouve en face du public et je ne voudrais pas avoir à répondre des choses fausses. Ce qui me plairait le plus, c?est d?écrire la biographie d?Anerood Jugnauth. »
James Burty David, ministre des Administrations régionales : « Si je devais écrire mon autobiographie, ce serait pour mettre en lumière mon engagement politique, ma philosophie de la vie, ma part de vérité? Ma vie privée, elle, n?intéresse que moi et mes proches. Toute la question est de savoir où tirer la ligne de démarcation entre la vie privée et la vie publique d?un homme politique. Mais si la vie privée a un impact sur la vie publi-que, on est en droit d?en faire état. »
Lindsey Collen, membre fondateur de Lalit : « Il y a trois types de livres politiques : ceux qui font l?éloge des politiciens, ceux qui les discréditent et ceux qui sont versés dans le voyeurisme. ça ne m?intéresse pas de parler de moi pour parler de moi. Mais j?aimerais un jour écrire des cameos. Ce sont des petites nouvelles. Et là, j?écrirai sur le quotidien de la lutte militante, mais des choses profondes, quitte à ce qu?il y ait des détails sur ma vie personnelle. L?objectif serait de raconter ces détails que les gens ne connaissent pas. Des choses qui servent à mieux comprendre la société. »
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