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Et si la crise était salutaire ?
La présente crise interpelle le sens de responsabilité, le devoir de vérité et l?exigence éthique de chacun d?entre nous. Valeur du jour, personne ne sait encore quelles vont être l?étendue, la profondeur et la durée de la crise financière et de ses conséquences sur l?économie mondiale. Un peu de modestie s?impose quant à l?appréciation de ses conséquences sur notre économie ! Cette crise systémique peut être salutaire si on tire les leçons qui s?imposent et qu?on agisse en conséquence !
Il y a plus d?une dizaine d?années que sont apparus les premiers signaux d?alarme de la présente crise ? en Asie du Sud-Est en 1997, en Russie en 1998 et au Brésil en 1999. Le premier symptôme d?un dysfonctionnement aux Etats-Unis est arrivé avec l?éclatement de la bulle technologique, suivi d?une sérieuse récession qui avait vu la disparition de plus de 1 600 milliards de dollars des bilans financiers des ménages lors du troisième trimestre de 2002. A l?époque, certains spécialistes se sont demandés « Comment était-on passé en un clin d??il du capitalisme américain qui triomphe sur l?ensemble de la planète à celui qui incarne tous les vices de l?économie de marché ? » Et ils ont montré du doigt la « déréglementation qui tourne au délire », une comptabilité faussée, le règne des analystes « filous » et des P.-D.G. « voyous » dans le secteur bancaire et financier. Avec ces drogués à l?argent facile, c?était la cupidité dans toute son horreur !
Obsédés par les gains à court terme, ces « professionnels » n?ont reculé devant rien pour s?enrichir au détriment de tout le monde. La présente crise financière est la manifestation d?un capitalisme où la finance a fait une OPA sur le système économique pour le transformer en un vaste casino. Comme rien n?a été fait ces dernières années pour enrayer cette dynamique mortifère, le système s?est « gangrené » avec « l?accumulation primitive » des fameux « produits toxiques ». Pour se débarrasser de ces derniers, les pouvoirs publics aux Etats-Unis et en Europe ont dû injecter des centaines de milliards de dollars et d?euros.
Septembre 2008 sera-t-il le point de bascule dans l?histoire du système capitaliste mondial ? Prions en tout cas qu?il marque la fin d?une époque : celle de l?arrogance de Wall Street, symbole d?un « capitalisme qui perd la tête » pour paraphraser Joseph Stiglitz, le prix Nobel 2001 de l?économie. Ce dernier n?a cessé de dénoncer la déréglementation et de plaider pour que soient repensés les rapports entre le marché et l?Etat. Si l?injection massive de dollars et d?euros par les pouvoirs publics était nécessaire pour éviter le krach, la solution durable réside dans le refus du « market fundamentalism ». Une idéologie qui veut faire croire que le marché est la solution à tous les problèmes et défis de la société et du monde. Nous voyons aujourd?hui vers quel cauchemar cela a mené le monde.
La présente crise sera salutaire à condition d?en tirer toutes les leçons. Afin de revenir à un système économique dont la finalité sera de nouveau la création de richesses et d?emplois à travers un modèle d?entreprises reposant sur un équilibre qui veille aux intérêts de ses trois partenaires que sont les clients, les actionnaires et les salariés. Et vivement une société où l?Etat assumerait pleinement son rôle pour promouvoir les intérêts communs et ?uvrer pour plus d?égalité et de justice sociale.
Tout le monde l?affirme, le système bancaire et financier à Maurice est solide et bien réglementé. La crise financière aura des conséquences sérieuses, voire même graves, sur notre économie. Nul besoin d?être docteur en économie de l?université de Stanford pour savoir qu?il y a de fortes chances que « le pire est devant nous » (dixit Basant Roi) avec le risque d?une récession mondiale de longue durée. Dire qu?il faut s?attendre à de réelles difficultés à partir de 2009 et s?y préparer dès maintenant à les affronter ne relèvent pas de l?hystérie ! Rama Sithanen gagnerait à bien mesurer la portée de ses déclarations sur les conséquences de la présente crise sur notre économie. Il doit savoir qu?il joue avec sa crédibilité politique et professionnelle. La gravité de l?enjeu interdit autant sa « banalisation nombriliste» persistante que le « catastrophisme » de l?opposition. Ne perdons pas la tête !
Au-delà des difficultés qu?il faudra affronter, cette crise constitue une occasion pour réfléchir sérieusement sur certaines problématiques de fond. Ne sommes-nous pas en train de semer ici des germes de destruction qui vont donner leurs fruits vénéneux qu?au bout de plusieurs années ? Notamment dans le domaine du foncier et de l?immobilier avec ses différentes déclinaisons qui s?apparentent à une bulle qui peut éclater à tout moment. Sommes-nous en train de faire ce qu?il faut pour combattre à tous les niveaux du système social, voire au c?ur même du système économique, les avatars de la course à l?argent facile ? Sommes-nous en train de semer suffisamment de bonnes graines qui ne porteront leurs fruits que dans une génération, en ligne avec la philosophie du développement durable?
Il y a urgence. Pour concevoir un plan pour faire face aux difficultés à venir. Pour développer un projet de « désintoxication » contre la spéculation foncière et immobilière et pour la valorisation d?un véritable entrepreneuriat. Notre devoir, c?est de se serrer les coudes, de mobiliser toutes les énergies, compétences et intelligences dans un élan de solidarité et d?unité nationales. C?est du simple bon sens. Sauf pour les drogués du pouvoir et de l?argent facile et rapide !
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