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Et le sourire revient

22 octobre 2006, 00:00

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Détendu. Souriant. Pas pour autant triomphaliste, mais guère alarmiste. Le ministre des Finances a changé d’humeur. Son discours n’est plus aussi grave. C’est à peine s’il est ponctué d’appels dramatiques aux sacrifices. Même le vocabulaire est autre : il ose le mot « boom » quand il parle du secteur du bâtiment, promet plus de 10 000 emplois dans le BPO, s’aventure à chiffrer le montant d’investissements espérés en 2007… Serions-nous donc déjà hors de danger ?

Ce changement d’humeur ne peut être expliqué par une première « récolte » de la réforme. Elle vient à peine d’être semée et a été présentée comme un processus long et pénible de dix ans. Le gouvernement ne s’était même pas hasardé à poser des objectifs chiffrés à court et moyen termes tant cette réforme est soumise à des facteurs incertains. C’est d’ailleurs probablement parce que ces chiffres intérimaires n’existent pas que les analystes économistes ne s’entendent guère : faut-il se réjouir ou grimacer d’une croissance de 4,6 %, est-ce assez, est-ce insuffisant pour croire que l’on atteindra 6 % dans cinq, six ans ? Difficile à dire.

Ce changement de ton n’est pas non plus politique. On aurait pourtant pu le penser. Le mécontentement sourd de la population, qui refuse toujours de comprendre, le pessimisme persistant du milieu des affaires, et ce langage un peu trop politicien que tient sir Anerood Jugnauth… ce sont autant de raisons qui auraient pu inciter le gouvernement à revoir sa stratégie. Et donner un signe d’espoir rassurerait sur l’action gouvernementale et redonnerait le courage qu’il faut à un pays en reconstruction. La présence, aux côtés du ministre des Finances en conférence de presse, du conseiller en communication du Premier ministre ajoute aux soupçons sur un management de l’opinion publique. Mais la raison de cette attitude n’est sans doute ni proprement politique ni purement économique.

Certes, les dernières prévisions de l’État provoquent une agréable surprise. Les principaux indicateurs sont positifs : la zone franche connaîtra une croissance de 1,5 % alors qu’elle n’a cessé de se contracter, le bâtiment repart avec un chiffre annoncé de 5 % contre -5,2 % en 2005, le secteur manufacturier non textile se remet, avec une croissance de 3 %, les services s’affirment comme piliers.

En outre, le chômage qui depuis 1991 n’arrête pas de grimper, commence à prendre une autre courbe, l’investissement augmente à peine mais de manière plus saine, et l’investissement privé occupe une part plus importante que les années précédentes. Surprenant pour un pays que l’on dit sur la pente raide. Cependant, cette tendance positive, attribuée en partie au redressement occasionné en septembre 2005 par le ministre des Finances, reste trop fragile pour justifier un sourire décontracté. Elle ne déride d’ailleurs ni l’économiste de la Banque commerciale, ni le Fonds monétaire international, tous deux sévères dans leur analyse des chiffres. En réalité, ce qui soulage le ministre, c’est que ces signes lui donnent une caution, celle qu’il lui fallait pour enclencher véritablement la réforme. La vertu réelle de ces frémissements, c’est qu’ils sont susceptibles de donner à son projet l’élan qui lui manquait.

La plus grande faiblesse de la réforme économique, c’est qu’elle reste celle de Sithanen.

Le ministre l’avoue à mots couverts : ses collègues représentent des freins au changement. Davantage attentifs à la rumeur de la rue qu’aux conseils des instances internationales, ils se mettent à la tâche du bout des doigts au lieu de se retrousser les manches. C’est sans doute la raison pour laquelle le changement s’opère de manière si timide, ce que notent et le FMI et la MCB. « Several structural reform measures outlined in the budget need to be more fully spelled out and promptly implemented to achieve higher rates of growth », écrit le premier, alors que l’autre dit : « While reform measures have been enunciated to help reshape the economic structure towards enhancing national competitiveness, the pace of implementation appears to be rather sluggish. »

C’est la faute à l’absence de solidarité. Le ministre des Finances peut montrer le cap, il ne peut pas manœuvrer seul. Désormais, ces élus sceptiques, soucieux de leur carrière politique, et qui se gardaient la possibilité de désavouer Sithanen si ses préceptes devenaient trop durs à gérer politiquement, n’ont, pas seulement, plus de raisons de douter. Ce serait, en réalité, suicidaire de ne pas suivre le mouvement quand la démonstration est faite que c’est le bon. Il faut cette solidarité pour ne pas compromettre l’exercice, car le plus dur est à venir. Les lois du travail seront revues, imposant une équation salaire/productivité qui n’est pas dans notre culture. Les organismes parapublics, trop gourmands de ressources publiques, seront secoués. Ces mesures impopulaires créeront certainement des tensions. Sans cohésion, elles sont vouées à l’échec. Nous avons perdu assez de temps. Il faut cesser de pinailler et se mouiller plus résolument. C’est à la croissance économique que l’équipe gouvernementale sera jugée. Il faut qu’elle comprenne une fois pour toutes que sa seule chance est son ministre des Finances.

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