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Espèce danse

24 avril 2008, 00:00

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D?habitude c?est son corps qui parle. Elle l?a svelte et proportionné. Cela tombe bien, Cecile Gonzales est danseuse. Dense. On l?imagine intense. Elle fait du contemporain. Mais elle n?est pas à court de mots. Pour que valse l?imagination.

Et si, au lieu d?un pot de fleurs, dans votre jardin vous mettiez un danseur. Oh, pas pour une représentation. En fait, vous ne seriez même pas obligé de vous asseoir pour le regarder faire. Ni même d?interrompre votre conversation. Lui, il n?aurait même pas besoin de musique. Il serait là, juste là, pour faire joli.

Pour de la danse décorative. En atmosphère. Comme une algue balancée au gré des vagues. Et puis, il pourrait danser dans les arbres. « C?est possible, nous avons fait des tests », assure Cécile. Ou sur une voiture, sur le toit.

C?est son projet. Aux allures de pari fou. Avec des partenaires avisés : Eva Caillé, Thabo Legrand, Guillaume et Frédéric Antoinette. Omada, qui en grec veut dire groupe. Cristallisant la raison de vivre de Cecile Gonzales. Son besoin d?exister. De construire, de créer.

Un groupe d?événementiel qui sera lancé début mai. Car loin des a priori, loin des clichés d?un milieu de la danse fermé, où tout le monde se connaît, l?expérience de Cecile c?est celle d?une jeune femme tombée en plein melting pot. La bonne personne au bon endroit au bon moment.

Depuis août qu?elle est installée du côté de Péreybère, elle tutoie Teresa, Eva, Thabo, Sanedhip et Anna. « Eva, je l?ai vue dans un café avec son bébé, on ne se connaissait pas du tout, on ne s?était jamais vues. Et on a commencé à discuter. » Au point de lui fournir les bonnes adresses. Au point de l?accueillir dans son école de danse Le Studio à Grand-Baie, où Cecile propose depuis janvier des cours de danse contemporaine. Au point de la mettre en contact avec Art Academy, du tandem Patten-Bhimjee, ce qui permet à Cecile de participer à leur création présentée le 12 mars au Champ de Mars, pour les 40 ans de l?indépendance. Et au point surtout de s?associer dans Omada, une société d?événementiel qui sera lancée le mois prochain.

Paradoxalement, Cecile a choisi Maurice ? une île pas forcément réputée pour ses débouchés artistiques ? pour s?installer. La jeune femme en a conscience. Elle explique : « Je devenais aigrie à Paris. Le métier de danseuse interprète ne me rendait pas heureuse. Je préfère tenter ma chance et construire quelque chose plutôt que d?être parmi 300 zombies à passer des auditions sans cesse. »

Son projet est nourri aux quatre points cardinaux, là où les pas de Cecile Gonzales l?ont menée. À New York, pour fouler les planches d?un studio qu?elle voyait à la télévision. La Cunningham Dance Foundation, où grâce à une bourse du ministère de la Culture français, Cecile passe sept mois. Au 12e étage d?un immeuble à Manhattan. En Australie où elle a pris une année sabbatique, avant d?être vraiment sûre de vouloir planter ses racines dans l?île. Au Tchad où elle a vécu jusqu?à ses 11 ans.

Née de mère mauricienne et d?un père « français espagnol », Cecile, très vite a le geste gracieux. À Metz où la famille est alors installée, la petite fille est orientée vers le ballet classique. Et se retrouve à 14 ans en sport-études au conservatoire national régional de Metz.

Commence alors le temps de l?effort. « Il n?y a aucun plaisir, aucun laisser-aller. On ne nous forme pas à être artiste mais à être des techniciens. C?est une école où tout le monde est habillé pareil. ».

Son pied, elle ne le prendra qu?après le bac, qu?elle passe en 2000. « Quand on sort, on est lâché dans la nature. » Cecile suit la filière habituelle, démarche les compagnies, enchaîne les auditions. Jusqu?à opter pour un stage d?un an de perfectionnement au conservatoire.

Sécurité des studios. C?est d?ailleurs à l?ombre d?une salle de cours qu?elle aura une révélation. À 15 ans. Cecile vibre au rythme de Susan Buirge, chorégraphe qui perpétue la tradition américaine.

<I>«Je devenais aigrie à Paris. Le métier de danseuse interprète ne me rendait pas heureuse. Je préfère construire quelque chose...»</I>

Etincelle de la compréhension. La ballerine découvre « sa » danse. « Pour la première fois, tout était logique. Je trouvais ma propre identité, c?est ce que j?avais envie de faire. » Ce n?est pas pour autant qu?elle lâche le classique. Cela, jamais.

Voilà pourquoi, entre profs, on se rend des petits services. Ce qui lui permet de suivre des cours chez Teresa David ou faire du stretching avec Thabo Legrand.

Des phases de remise à niveau, une pratique continue pour que le corps suive. Son corps, c?est son instrument. Cecile en joue avec lucidité. Oui, elle sait que la danse contemporaine souffre d?un déficit d?image. Elle le sent bien à la réticence des ados en cours, qui ont peur « de payer pour faire un truc à la Gad Elmaleh (NdlR : humoriste français) ».

C?est justement cela qu?elle veut changer. Cette image de danse « farfelue ». Evidemment, elle, qui a étudié l?histoire de la danse, lance avec un clin d??il : « C?est sûr que le contemporain c?était pour enlever les pointes et danser tout nu dans la pelouse, mais cela a été inventé par les philosophes. »

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