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Escargot-express
Ce matin-là, je m?étais réveillé plein de peps et j?avais entonné sous la douche une de ces vieilles rengaines dont j?ai le secret et probablement l?exclusivité :
« J?ai ta main dans ma main, Je joue avec tes doigts »
Après quoi, débonnaire malgré mes 4F + en conduite, j?ai pris le volant, cap sur Port-Louis. Mais ma bonne humeur a capoté devant la Breweries en voyant la longue file de voitures me précédant. Après réflexion, c?est normal, me dis-je, d?adopter une allure d?enterrement entre la bière (surtout la dernière) et le cimetière de St.-Jean où rouler à tombeau ouvert me paraissait un peu prématuré.
En attendant qu?on bouge, mon esprit a dérivé vers le conducteur mauricien qui utilise trois appels de phares identiques en guise de signal : le premier vous demande de le laisser passer, le second vous autorise à le faire et le troisième vous indique la proche présence d?un sergent dont le vaste bide est discernable au milieu d?un buisson de lauriers roses. A vous de déterminer lequel des trois s?applique.
Nous voici au rond-point de St.-Jean. Dans notre pays, on n?a point de ronds mais on a plein de ronds-points. Je me demande comment les gouvernements successifs, tous furieusement socialistes, ont pu tolérer qu?on donne systématiquement priorité à la droite.
Tout à coup, deux motards suivis d?une voiture contenant un personnage considérable au réveil tardif, m?ont dépassé ? sans grand mérite puisque j?étais arrêté ? et, à grand renfort de sirènes m?ont fait le signe péremptoire habituel de m?écarter vers la gauche. Que faire ? Je me serais volontiers jeté dans le caniveau pour le bien du pays, mais mon auto n?est pas équipée de déplacement latéral et je suis resté impassible, même de poursuites.
J?ai donc laissé filer le cortège et m?ébrouant comme un mustang, j?ai repris la nouvelle route. Celle-ci, qui a plus de trente ans, jouit toujours de l?appellation « nouvelle », comme ces boutiques qui tombent en ruine et arborent fièrement l?enseigne « Modern Store ». Puis je longeai la Cyber-cécité jusqu?à Réduit où un agent jouait frénétiquement au sémaphore, sémaphore, c?est ma très grande phore dans l?indifférence générale.
Amorçant hardiment la descente vers Sorrèze, je laissai pour mort un autobus poussif. Par contre, plusieurs voitures de police, celles où c?est écrit «traffic», mot sujet à diverses interprétations, m?avaient dépassé avec leur contingent de poulets détendus, les ceintures de sécurité négligemment détachées, comme il se doit.
J?attaquai ensuite Camp-Chapelon, vous savez, là où les piétons faisant fi du « fly-over » placé là à leur demande enjambent les barrières.
Auprès de la « School », nouveau blocage, J?appris depuis que c?était dû à une répétition générale de la parade, non pas d?identification comme les tronches de certains participants pourraient le faire accroire, mais en préparation pour la fête nationale, exercice intelligemment orchestré en pleine journée. Résultat : longue attente où les autos-immobilistes se rongèrent les ongles jusqu?à l?omoplate.
Ce qui restait de moi est enfin parvenu à la place du Quai où je me suis dit que pour des Mauriciens comme nous, modestes « sun-downers », qui n?apprécient qu?un seul type d?embouteillage, c?était pousser le bouchon vraiment loin.
VOLCY
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