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Erosion et constructions : la côte a mal

20 février 2008, 20:00

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Des trous dans le sol : à Cap-Malheureux, ce qui afflige les habitants, c?est la vue de la pelouse qui flanque l?arrière de l?église. Plus loin, la plage publique a reculé. Une situation qui malheureusement n?est pas isolée. A Flic-en-Flac, à Roches-Noires, et jusqu?à récemment à Mont-Choisy, la côte a mal aux côtes.

Retour à Cap-Malheureux : Jean Raymond Harel, un habitant de longue date, indique les nombreux affaissements dans le sol surélevé de deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Un regard scrutateur constate que la plage a ostensiblement reculé et le muret qui est censé protéger l?église se désagrège. «Cela est navrant car il s?agit peut-être du plus beau point de vue de la région», commente-t-il. Les «trous» sont comme des galeries qui vont du sol jusqu?à la mer? Et peuvent à terme compromettre l?édifice érigé il y a 60 ans par l?architecte Max Boullé.

«Il s?agirait d?un phénomène tout simple lié à l?absence de conduit facilitant l?évacuation de l?eau de pluie», commente un responsable du ministère de l?Environnement, qui est au courant des problèmes qui affectent le site. Les autorités comptent s?y consacrer à moyen terme car elles ont pour priorité des sites comme Flic-en-Flac ou Roches-Noires. «A chaque problème correspond un contexte déterminé. Les facteurs sont multiples et peuvent autant dériver de l?action humaine que de causes naturelles, indique-t-il. «De toute manière, notre mission est aussi de dresser un état des lieux aussi exhaustif que possible avant de nous prononcer et de proposer des recommandations.»

En attendant, le biologiste marin Aurélien Nahaboo privilégie une autre explication au phénomène : «Les causes sont humaines et visibles.» D?abord, «une jetée en béton et des murs viennent jouer les trouble-fêtes par rapport aux courants qui circulent du Nord au Sud et qui charrient le sable».

<B>Changements Climatiques</B>

Et les murets, s?ils retiennent le sol, ne provoquent pas moins une érosion marine. «Une vague qui vient s?écraser contre un mur ne perd pas de sa force comme lorsqu?elle vient mourir sur une plage, en douceur.» Dans son reflux, elle va donc entraîner avec elle le sable? Ce que nous confirme l?ex-directeur de la Beach Authority, Gaj Pyndiah : «Il faudrait à la limite un muret dont la pente serait douce. Construire à 45 ° au-dessus de la mer est fatal.»

Ces explications ne sont d?ailleurs pas réfutées à l?Environnement. «Si la jetée vient effectivement entraver le système des courants dans le lagon, il faudra penser à l?adapter, voire la reconstruire.» Et de nous mentionner l?exemple de Roches-Noires, où la jetée construite par un hôtel a eu un effet désastreux : «La moitié de cette jetée étant couverte de sable, elle est même devenue inopérable.»

Il insiste toutefois : «Pour le problème d?érosion en général il n?y a pas une seule solution.» Ici il s?agit de dissiper l?énergie des vagues, sans compromettre une autre partie du littoral, là de rétablir la dynamique de la plage. «Parfois, comme par endroits à Mont-Choisy, nous avons consolidé des structures existantes, et ailleurs nous avons procédé à un revêtement.» Alors qu?à Belle-Mare, le seul fait d?avoir enlevé des arbres qui étaient trop proches du rivage, a permis à la plage de retrouver sa dynamique normale.

Reste qu?à Cap-Malheureux, les choses se compliquent avec la construction, projetée cette fois, d?une salle d??uvre. Car il reste à déterminer, selon Aurélien Nahaboo, si l?érosion constatée ne pourrait pas s?aggraver, avec le remue-ménage des travaux.

«Cela pourrait en effet fragiliser le site», déclare le responsable de l?Environnement. «De nos jours, avec les changements climatiques et l?impact sur le niveau de la mer, toute construction sur des Pas géométriques se devrait d?être bien considérée par a rapport aux règles de Coastal Development Works avant le moindre coup de pioche.» Mais si un assessment est mené en amont et les éventuelles recommandations adoptées, pourquoi pas, ajoute-t-il.

Interrogé, le père Philippe Goupille, en charge de la paroisse, nuance : «Le projet n?est pas encore arrêté. Nous comptons respecter l?avis des autorités et des experts. Et sommes en négociations pour pouvoir construire sur un autre terrain à l?intérieur.»

Jean Raymond Harel, rejoignant d?autres habitants de Cap-Malheureux, salue pourtant l?arrivée d?une salle d??uvre «de dimensions modestes». «Nous avons d?ailleurs besoin d?espace libre pour des cérémonies où les paroissiens se tiennent au dehors de l?église.»

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