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entre éco-mépris et éco-business

28 mai 2005, 00:00

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Le projet hôtelier sur l?Île-aux-Deux-Cocos à Blue-Bay ? qui avait et qui continue à opposer les écologistes d?Eco-Sud à Naïade Resorts ? sert d?étude à un groupe de professionnels suisses à l?université de Genève. Ces derniers, qui ont en moyenne sept ans d?expérience dans l?industrie de l?accueil, ont participé la semaine dernière à un module intitulé Tourisme et développement durable qui a exploré en profondeur le contentieux en tant que cas d?étude. Cet exercice a été suivi d?un jeu de rôles où les participants ont dû adopter les différentes positions du gouvernement, des hôteliers et des écologistes.

Cet exercice s?appuie principalement sur un document fascinant appelé « éco-tourisme : éco-mépris pour un éco-business » qui retrace la saga du « projet d?hôtel de luxe sur l?Île-aux-Deux-Cocos ». Il a été préparé par deux Mauriciens, Doris Sénèque d?Eco-Sud et Yves Pitchen d?Art Jonction, pour une présentation sur l?écotourisme à l?université de Maurice en avril 2001.

« L?objectif principal de ce module est de faire un tour d?horizon de l?état actuel des limites et des potentialités d?actions au concret dans le domaine du tourisme durable.

On cherche aussi à analyser la façon dont les acteurs publics réfléchissent à la mise en place du développement durable », explique le responsable du module et professeur d?économie gestionnaire et de tourisme à l?école hôtelière de Lausanne (EHL), le Dr Marc Major. L?EHL est « la première institution au monde pour le secteur international de l?hôtellerie et des professions de l?accueil ».

Le module Tourisme et développement durable, qui fait partie du certificat de formation continue universitaire en développement durable, est enseigné par les professeurs Christos Alexandrou, Jim Holleran et Stefan Wirtz, de l?EHL, ainsi que le directeur de l?hôtel Tiffany à Genève, Marc-Antoine Nissille, et l?avocate Mary Mayenfisch-Tobin.

Il « met en perspective l?importance des trois axes du développement durable appliqués à l?industrie du tourisme ». Le Dr Marc Major explique finalement que « ses études fournissent un cadre de réflexion sur l?importance future de cette industrie, et du rôle que chaque individu, en tant que touriste voyageur, peut assumer auprès des gouvernements ou des acteurs privés ».

Mary Mayenfisch-Tobin qui a présenté la partie sur la responsabilité sociale et l?industrie de l?accueil, raconte comment des compagnies internationales ont dû commencer à faire preuve de plus d?égard vis-à-vis de l?environnement et des personnes dans les communautés où elles opèrent. Si ce changement de direction n?a pas été occasionné par pure magnanimité, il n?en reste pas moins que la responsabilité sociale est devenue une composante non négligeable dans les agendas des entreprises multinationales.

« Beaucoup d?entreprises, à l?instar des compagnies pétrolières, se sont implantées dans des pays en développement où elles n?étaient régies par aucune loi. Plusieurs ont commis des crimes contre le patrimoine naturel et les citoyens de ces pays. Ces agissements ont été répercutés dans la presse internationale. Cela les a amenées à réfléchir à leur image de marque et à la gestion des risques. C?est de là que vient le concept de responsabilité sociale », affirme-t-elle.

Le tourisme durable et la responsabilité sociale des entreprises sont des nouveaux concepts à Maurice, ce qui n?enlève pas la nécessité de les associer à notre façon de faire des affaires.

Alors que le projet d?autoroute du Sud-Est est sur toutes les lèvres, il est justement utile de rappeler l?historique du bras de fer qui opposait Eco-Sud à Naïade. « éco-Business : éco-mépris pour un éco-business », fournit une toile de fond élaborée en faveur de l?argument que le tourisme vert à Maurice se limite à des discours et que le souci de préserver l?environnement n?est en vérité qu?un leurre utilisé par les promoteurs pour mener à bien des projets destructeurs.

Selon Eco-Sud et Art Jonction, « tous les éléments sont réunis à Blue-Bay pour en faire un site de rêve ». Ils parlent d?une « baie protégée par un récif de corail qui abrite des assauts de l?océan », d?un « îlot boisé, oasis de verdure, posé sur la mer turquoise », d?une « agglomération de massifs coralliens hors du commun » et d?un « fond marin recouvert d?une couche de coraux vivants dont la densité les rend uniques et permet de classer ce site parmi les meilleurs à l?échelle mondiale ».

Si Eco-Sud a contribué à empêcher la réalisation du projet, Doris Sénèque précise aujourd?hui qu?ils ont « gagné une bataille mais pas la guerre ». L?entrée en matière de la représentante d?Eco-Sud est sans appel. « Le cas de Blue-Bay est un exemple désolant et typique de laisser-aller de la part de nos gouvernants, de négligence de la part du public en général et surtout de l?insatiabilité des développeurs pour les profits rapides envers un patrimoine naturel qui n?a cessé d?émerveiller jusqu?à ce jour les spécialistes du monde sous-marin et les profanes », explique Doris Sénèque.

Le projet d?hôtel sur l?Île-aux-Deux-Cocos avait été stoppé en 1996 par le gouvernement qui avait refusé d?accorder un permis d?Environment Impact Assessment (EIA) à Naïade (qui continue à faire appel de la décision) en raison du fait que l?îlot est situé dans une zone désignée comme parc marin. Le document souligne cependant que le projet « refait surface deux ans après malgré le fait qu?entre-temps, Blue-Bay a été officiellement proclamé parc marin national en 1997 ».

Une victoire environnementale

En effet, Blue-Bay est devenue un parc marin suite à la proclamation 15 du gouvernement en 1997, en même temps que Balaclava l?est devenu suite à la proclamation 14. « C?est le Dr Rodney Salm qui a fait une évaluation du site en 1974. Il en a reconnu la beauté, la valeur et la vulnérabilité face à un développement incompatible, et l?a proposé aux autorités avec Balaclava, comme site de conservation », rappelle Doris Sénèque dans sa présentation.

Eco-Sud a soumis une demande pour devenir des co-respondents aux côtés du gouvernement dans l?appel de Naïade contre le refus de leur allouer un permis EIA mais Doris Sénèque souligne que « ça traîne depuis des mois ».

Le représentant d?Art Jonction cite aussi le président de l?AHRIM de l?époque, Christian Najbicz, dans une interview donné à Business Magazine en octobre 2000 dans lequel ce dernier dit : « Nous aimerions voir mieux utilisé l?Environnement Protection Fee (EPF) qui représente 0,75 % de notre chiffre d?affaires ». Cinq années plus tard, alors que tous les groupes hôteliers parlent de tourisme vert, le EPF reste à 0,75 %.

Même si les promoteurs ont rénové les structures existantes sur l?Île-aux-Deux-Cocos, l?endroit a été épargné d?un développement à outrance. Eco-Sud a pu s?appuyer sur le statut de parc marin de Blue-Bay et la non-obtention d?un permis EIA pour mettre des bâtons dans les roues des hôteliers. Les écologistes qui se battent contre le projet d?autoroute du Sud-Est ne jouissent malheureusement pas de la même chance. Le projet a obtenu un permis EIA malgré la myriade d?omissions et d?inconsistances dans le rapport des consultants. La forêt de Ferney n?est pas non plus un parc national malgré les recommandations du rapport Seebaluck à cet effet. L?acharnement du gouvernement et le silence des ministères concernés dans ce cas prouvent que le tourisme durable à Maurice n?est encore, en majeure partie, que du vent.

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