Publicité

Entre sobriété, et tension…

10 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C’est la fièvre ce vendredi. On attend le premier budget de l’Alliance sociale et c’est le coup d’envoi. La question ne se pose pas pour le ministre des Finances, Rama Sithanen : il ne regardera pas le premier match. Pas de réception habituelle qui suit normalement la présentation du budget non plus à l’hôtel du gouvernement. Les raisons sont obscures. Est-ce un symbole des «sacrifices» qu’attend le peuple ou est-ce dû à la Coupe du monde ? Sithanen préfère dire que c’est parce qu’il a besoin de sommeil.

16 h 15 au Parlement. La plupart des invités sont déjà dans la galerie. Les ministres fuient la presse de peur sans doute d’avoir à répondre aux questions sur le budget. Leur réserve durera tout au long du discours. Sans doute due à la tension à peine palpable de leur Premier ministre (PM) Navin Ramgoolam. Rama Valayden arrive et c’est la ruée des photographes. Il sourit et lance : «Ala lot Rama la ! »

Et le sourire… disparaÎt

Cependant tout ne marche pas comme sur des roulettes. Quelques membres du secteur privé sont refoulés à la porte malgré leurs cartons d’invitation. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de place à l’intérieur de l’hémicycle. Mamood Cheeroo n’est pas content. «Cela fait 30 ans que je viens ici», lance-t-il au policier impuissant avant de tourner les talons. L’évêque de Maurice, monseigneur Ian Ernest et Bissoon Mungroo figurent parmi les malchanceux. Surpris et déçus, ils décident de rentrer chez eux. A l’intérieur, l’hémicycle est effectivement plein à craquer de personnes, pour la plupart, proches du régime.

L’heure fatidique arrive. Rama Sithanen prend place derrière le pupitre et s’apprête à commencer sa lecture quand la vingtaine de photographes reçoit enfin la permission d’entrer. Se prêtant au jeu, Sithanen pose pour les photos. Mais les minutes passent et le crépitement des appareils continue. Le grand argentier en perd son sourire. Crispé, le PM cache mal sa tension.

Nando Bodha, le leader de l’opposition, prend constamment des notes. Paul Bérenger écoute attentivement en fronçant les sourcils. Xavier Duval, d’humeur très joyeuse, croque des bonbons de menthe sous le regard lointain du PM. Sithanen continue sa lecture.

Nita Deerpalsing est la plus approbatrice de tous les députés de la majorité. Paul Bérenger sort peu à peu de son mutisme et se met à discuter avec Jayen Cuttaree surtout quand Sithanen parle du nouveau rôle de la Statement Investment Company. Le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) n’est clairement pas du même avis que Sithanen.

Quand le ministre des Finances parle des pensions et dit que «c’est le courage et la volonté politique qui ont manqué», les membres de l’opposition protestent. Bérenger hoche la tête : «Bez sa !» Sithanen continue sur sa lancée. Shawkautally Soodhun plaisante avec le PM qui se décrispe enfin.

Place aux impôts. Soodun éclate de rire et lance à l’adresse du PM : «To mem to pann konpran ki linn dir ! » Ce qui fait rire l’hémicycle. Sithanen enchaîne avec sa réforme des impôts. «C’est même mieux que ce que nous avions dit dans notre manifeste électoral.» Applaudissements des députés de la majorité. Bérenger, plus vite que son ombre, note : «Ramgoolam pa pe tap lame !»

Le leader du MMM perd son calme à l’annonce de l’introduction d’une Residency Property Tax. A l’intention de Lormus Bundhoo, il fait mine de retirer de l’argent de sa poche et lance un méprisant «tape tape». Bérenger est tout aussi mécontent en prenant connaissance des nouvelles conditions qui seront imposées à ceux qui occupent des terrains des pas géométriques. Contrairement à Nita Deerpalsing qui n’arrive pas à cacher sa joie. «Le paiement pourra être étalé sur une période de cinq ans avec intérêts», dit Rama Sithanen d’un ton ironique. Ce qui provoque un éclat de rire du PM, suivi de ceux des autres députés, majorité et opposition comprises.

Quand Sithanen parle de baisse sur les cigares, Bérenger lance «enn sel fim sa isi !» dans la directin du PM . Toutes les mesures visant la démocratisation de l’économie sont bruyamment accueillies par Nita Deerpalsing tandis que la majorité applaudit. Bodha hausse les épaules : «So what ?» Quand le ministre des Finances parle d’ouverture et de discipline, Bérenger n’en peut plus. «Get sa bann la !», dit-il dédaigneux à Jayen Cuttaree en montrant les rangs de la majorité.

A la fin de la lecture du budget, Paul Bérenger n’est toujours pas content alors que le Mouvement socialiste militant est très avare de réactions.

C’est l’euphorie du côté de la majorité. Navin Ramgoolam, visiblement soulagé, sourit vraiment pour la première fois. Il est pris d’assaut par des journalistes. Il met l’accent sur la discipline et la responsabilité. Il n’y aura pas de grande réception d’auto-congratulation. Les ministres et députés de la majorité sont cependant conviés au bâtiment du trésor «pou al pran enn la sante».

Rama Sithanen, triomphant, cache à peine sa fatigue. «Je vais prendre un verre et aller me coucher.» Un repos du guerrier bien mérité..

Publicité