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Entre paradoxe et compensation

7 septembre 2008, 00:00

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<B>Par Robert D?ARGENT</B>

Au-delà de son caractère purement historique, la médaille de bronze olympique de Bruno Julie tient du paradoxe. Elle survient à un moment de l?histoire sportive de Maurice où l?absence de politique et de vision n?a d?égales que les dissensions qui minent l?administration de ces associations et fédérations comparables à un pandémonium.

C?est pour cela que tant d?hommes-signes dont l?être n?est qu?apparence se sont agglutinés autour d?une médaille ayant valeur de symbole et leur permettant pour une fois de n?être pas uniquement que des mots vides de sens prononcés parce qu?il faut bien dire quelque chose quitte à ne rien dire du tout face à un auditoire qui malheureusement se contente du convenu archi réchauffé. Ce qui résume l?exercice à verser du vide dans du vide. La compensation suppose toujours une souffrance intime qui place l?être véritable en situation de déficit.

Le moins que l?on puisse attendre de quelqu?un qui a manifesté le désir de prendre en main la destinée du sport dans son pays est qu?il énonce les lignes directrices de son action et qu?il les traduise dans les faits. Trois ans déjà se sont écoulés ? une nouvelle olympiade commence ? et l?attente n?est plus une attente, elle s?est transformée en un constat amer : c?est une impossibilité d?agir, une absence d?idées et d?initiatives, résultat du blanc-seing obtenu du facteur ethnique.

Il y a quelques fédérations qui heureusement sont capables de se prendre en main et qui, moyennant un soutien financier, abattent le travail qui est attendu d?elles. Mais face à un quotidien qui devient de plus en difficile et imprévisible, face aux mutations et transformations qui s?opèrent inéluctablement, que restera-t-il de ces bonnes volontés dans les années à venir ? Que reste-t-il du bénévolat qui a été le moteur d?un passé révolu semeur d?espérance ?

En l?absence d?une vision, d?un plan directeur clairement énoncé, en l?absence de la primauté de la qualité, ce sont les vices et les défauts qui ont pris le pouvoir et qui rusent pour y adjoindre l?adjectif totalitaire. Des egos éléphantesques se livrent une compétition acharnée relevant plus de la psychiatrie que d?une pratique saine du sport et de son administration tout aussi saine. Dans ces conditions, à moins d?être armé individuellement d?un sens des valeurs hors du commun et de saintes intentions, on ne donne pas cher de la pratique du sport sur le plan national.

Pourtant, il est plus que jamais important non seulement d?encourager la pratique du sport mais surtout d?en borner l?étendue. Il n?y a qu?à songer au scepticisme qui a succédé à la vague d?admiration dans le sillage des exploits réalisés par le sprint jamaïcain à Beijing pour se rendre compte de l?urgence de sortir de ce schéma réducteur qui consiste à tout enserrer dans une équation obéissant à l?unique logique du record et du commercial.

Nous n?avons plus de la réussite que la définition d?une exploitation de l?homme par l?homme d?une façon ou d?une autre, dans un vaste écosystème pollué par le matérialisme et le pouvoirisme. Ne serait-ce que pour le bien-être que procure la pratique d?un sport et au nom de ce qu?il nous reste d?humanité et d?intégrité, ces questions méritent que nous nous y attardions. Seul, face à notre conscience ou ensemble puisque nous participons tous de la même nature et sommes tous embarqués dans la même traversée.

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