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Entre opportunisme et idéalisme
Alors que la Jeunesse militante du mouvement militant mauricien (MMM) organisera le 12 août prochain un congrès (voir encadré), la question se pose de savoir quelle est la pertinence des ailes jeunes au sein des formations politiques et de la contribution de la jeunesse à la vie politique en général ?
Pour les animateurs des partis, le discours partisan est inévitable. ?L?aile jeune du Parti travailliste (PTr) est très importante dans le sens où les jeunes incarnent l?avenir. Les jeunes au sein du parti sont ainsi représentés au niveau du Bureau politique, du Constituency Labour Party ou de l?exécutif?, assure Deva Virahsawmy, secrétaire général du parti au pouvoir. ?Il ne suffit pas qu?on ait une aile jeune pour que tout fonctionne idéalement au sein d?un parti. Au sein du MMM cependant, nous faisons tout ce qu?il faut pour que la Jeunesse militante reste active. Je crois ainsi pouvoir dire que cette jeunesse est la plus engagée?, insiste, pour sa part, Ananda Rajoo, dirigeant du MMM.
?Il est difficile d?intéresser les jeunes à la politique. C?est pourtant aux jeunes de s?éveiller parce qu?ils souffrent en premier des maux de la société contemporaine... D?où l?importance de leur expliquer qu?ils peuvent aider et qu?ils ont un rôle à jouer et d?écouter ce qu?ils ont à dire.?
Au-delà des généralités, il y a la perception que les ailes jeunes n?existent que pour la forme. A cela, Ananda Rajoo rappelle que des jeunes au sein du parti mauve peuvent assumer des postes de responsabilité. Il cite des exemples et précise que s?il y a eu un sentiment que la Jeunesse militante (JM) n?était pas suffisamment présente sur le terrain, c?est aussi dû au fait que le MMM étant au pouvoir pendant un moment ces dix dernières années, il y avait moins d?accent sur les structures. ?C?est la raison pour laquelle nous renouons avec des anciennes pratiques. Dont des initiatives de la JM à l?intention de toute la jeunesse mauricienne. La réflexion revient au centre de nos pratiques?, soutient Ananda Rajoo.
Reste la question de l?engagement des jeunes. Passifs ? Indifférence ? Evoquant cette question, Dhanraj Boodhoo président du New Labour (NL), l?aile jeune du PTr, cite son exemple. ?Comme la plupart des jeunes qui pensent avoir des compétences et comme ancien lauréat et boursier, je me suis engagé parce que je pensais que j?avais quelque chose à donner à mon pays. J?aspire à représenter un jour Rivière-du-Rempart au Parlement?, dira-t-il.
<B>?On n?est plus tellement actifs?
Mais, dans les faits, quelles sont les contributions des ailes jeunes à leurs partis ? Dhanraj Boodhoo rappelle les activités du NL lors de la campagne des dernières législatives. ?Nous étions très actifs. Nous avions organisé des congrès, des marches et des conférences de presse. On agissait afin d?amener les jeunes à s?intéresser à la politique et au PTr. On faisait aussi partie des différentes commissions. On partageait nos idées. J?écrivais des articles dans les journaux. Depuis, on n?est plus tellement actifs?, explique le président du NL.
Deva Virahsawmy confirme que le parti rouge compte relancer les activités du NL. ?Mais déjà, en tant que secrétaire général, je rencontre régulièrement les jeunes membres pour procéder à des constats et pour prendre leur avis. D?ailleurs, nous envisageons l?organisation d?une sorte d?université d?été, deux jours de débat. Il est important de redonner confiance aux jeunes. Il faut les écouter et les amener à sentir qu?ils sont importants au pays et au parti. A partir de 2002, les jeunes s?étaient mis à l?écart par dégoût pour la politique. D?où l?importance de leur expliquer qu?ils peuvent aider, qu?ils ont un rôle à jouer et d?écouter ce qu?ils ont à dire?, s?appesantit le secrétaire général du PTr.
Les jeunes doivent s?intéresser à la politique. C?est l?avis d?Ananda Rajoo qui rappelle que ce sont ces jeunes qui doivent changer la société parce qu?ils en souffrent le plus. ?Aujourd?hui, il est difficile d?être jeune?, maintient-il. Il attribue cela à un système éducatif qui rime avec les leçons privées, l?élitisme qui encourage l?individualisme et au rejet d?esprit de partage. ?Nous avons quelque 200 000 jeunes. Ce n?est qu?un petit pourcentage qui s?engage en politique, dans les activités sportives et sociales. C?est tout un problème de culture. Il est vrai également que des pseudo-politiciens ont dévalué la chose politique. Tantôt par clanisme, tantôt par communalisme, ils ont vidé la politique de sa substance. Il est difficile dans un tel contexte d?intéresser les jeunes à la politique. C?est pourtant aux jeunes de s?éveiller parce qu?ils souffrent en premier des maux de la société contemporaine?, dira Ananda Rajoo.
D?un autre côté, il est tout autant vrai que les structures des partis autant que les caciques ne rendent pas faciles les choses. Quelle marge pour que les jeunes grimpent les hiérarchies ? ?J?ai effectivement entendu de telles doléances. Mais je leur ai assuré que je serais leur porte-parole dans les instances du parti sur cette question. Le Premier ministre l?a d?ailleurs affirmé : il faut des postes de responsabilité aux jeunes. C?est aussi une manière de légitimer leur participation et leur engagement pour qu?ils deviennent des modèles et une source d?inspiration pour d?autres jeunes?, répond Deva Virahsawmy.
Derrière l?indifférence d?une jeunesse et une politique qui attire ou des idéalistes ou des opportunistes, la question de l?engagement politique des jeunes est sortie des chantiers des cours idéologiques d?une époque révolue pour prendre le chemin d?un pragmatisme qui est à la mode en cette époque de realpolitik. C?est aussi la grande interrogation sur la volonté de construire une nouvelle société, si ce n?est de changer le monde, qui se pose avec une déterminante acuité.
<B>Cette jeunesse militante</B>
L?éducation, les loisirs, l?économie et le développement durable et le mauricianisme sont les thèmes sur lesquels les jeunes militants comptent débattre au cours de leur congrès ce 12 août. ?Nous avons voulu d?une activité nouvelle pour que les jeunes soient au c?ur de la réflexion et apportent leurs contributions?, affirme Jimmy Chourimootoo, président de la Jeunesse militante. ?Nous voulons que les jeunes sortent enrichis du congrès. Nous ne leur proposons pas juste de venir faire la fête?, ajoute-t-il. Le congrès s?appuiera aussi sur les contributions qui ont été envoyées sur le blog de l?aile jeune : www.zenesmoris.org. ?Ce ne sera pas une manifestation électorale mais une préparation pour l?avenir. Toute l?organisation et la conception du congrès ont été confiées aux jeunes eux-mêmes?, explique, pour sa part, Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM.
QUESTIONS À?RAJ MATHUR
<B>Professeur en sciences politiques à l?université de Maurice</B>
● <B>On parle du désintérêt des jeunes pour la politique. A quoi l?attribuez-vous ? </B>
Il est vraiment regrettable que les jeunes ne savent plus rêver aujourd?hui. Or, il faut qu?on puisse rêver avant de pouvoir fonder une société nouvelle. Le rêve, c?est la créativité. Auparavant, on était animé d?un idéal qui rendait possible une autre vision de la société, une transformation de la vie. Désormais, on dit que l?idéologie n?a pas de place en politique. Mais comment penser la société, si on n?a pas une activité de réflexion sur son organisation ?
● <B>Ne peut-on pas dire que les jeunes vivent dans une autre société, dans un autre contexte ? </B>
C?est vrai. Tout a changé, des années 1940 du Parti travailliste ou des années 1970 du MMM. La majorité des jeunes n?ont pas connu l?expérience de la misère comme ces jeunesses précédentes. D?où le fait qu?ils ne ressentent pas ce besoin de la contestation. A la vie facile, ils apportent des réponses faciles.
● <B>Selon vous, quelle conception de la politique ont les jeunes d?aujourd?hui ? </B>
Les jeunes sont dans un état de léthargie. Ils n?ont pas saisi l?importance de la politique. Souvent, ils disent que la politique est sale, qu?ils ne veulent pas s?impliquer dans la déchéance de la classe politique.
Cependant, si la politique est malsaine, c?est justement la raison pour laquelle les jeunes doivent s?engager pour la rendre plus saine. Je cite comme exemple le cas de ces nombreux jeunes à l?université de Maurice qui commencent à démontrer de l?intérêt pour la politique. Ils vont ainsi organiser un forum-débat le 22 août sur la signification de cette date au cours de laquelle le Parlement avait voté en faveur de l?indépendance. De telles initiatives permettent aux jeunes de développer une conscience politique.
Tout le monde doit s?intéresser à la politique car on ne peut pas laisser le monopole de la réflexion politique aux seuls politiciens.
● <B>Les structures des partis permettent-elles aux jeunes d?évoluer de manière positive ? </B>
Les partis évoquent souvent l?existence de structures formidables. Mais, dans la pratique, ils ne laissent pas, aux jeunes autant qu?aux femmes, la place nécessaire. Lorsqu?on les étouffe autant, c?est toute la démocratie interne aux partis qui se trouve sans signification.
● <B>Toutefois, l?aile jeune des partis ne semble être que faire valoir ? </B>
Ces ailes ont leur importance. Elles apportent de la fraîcheur aux partis et à la politique. Elles sont porteuses d?idées nouvelles, d?une nouvelle énergie. Elles représentent la relève. En politique, il est impératif d?être en renouvellement d?hommes et d?idées. Cela permet aussi de briser la dynastie.
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