Publicité

Entre hommes

5 juillet 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Entre hommes

<B>Par Nazim ESOOF</B>

C?est une histoire d?hommes. Des hommes qui en veulent. D?autres qui abdiquent. D?autres encore qui exploitent les fantasmes populaires pour se tailler un costume de dur et de défenseurs des intérêts sectaires.

Trois ans que Navin Ramgoolam aura mis pour se débarrasser de Ramanooj Gopalsingh. Il est souvent arrivé dans notre histoire que des chefs de gouvernement ne s?entendent pas avec le commissaire de police. Et ce n?est pas toujours pour des raisons valables. Ce sont des appréhensions politiques qui motivent les décisions. Entendons un Premier ministre qui croit que le commissaire de police fait le jeu des opposants. Cela se joue aussi sur ce terrain. Gopalsingh fait donc ses valises. Reste désormais à espérer que l?histoire d?amour entre le Premier ministre et son nouveau commissaire de police sera bénéfique au pays. Car, en fin de compte, c?est ce qui importe. Les guéguerres de personnes pour deux fonctions aussi fondamentales sont gravement préjudiciables à la paix et à l?ordre public.

Lorsque la Constitution mauricienne était conçue, l?accent était mis sur l?indépendance et l?autonomie du poste de commissaire. On a pu cependant voir à travers le temps que si l?on respectait, dans l?esprit, cette volonté, dans les faits, les choses peuvent se passer autrement. Ce qui peut pousser à l?entropie toute la force policière. Bouclier de défense de l?Etat, la police mauricienne vit son aventure au rythme des personnalités qui se succèdent à sa tête. Souffrant de multiples craquelures, ce bouclier ne remplit pas toujours ses fonctions. Aujourd?hui, son véritable défi, ce n?est pas de savoir si la police sera plus efficace avec le remplaçant de Gopalsingh ou non. La vrai question consiste à se demander quand la force de répression se soumettra à la réforme qui en fera un véritable service moderne dévoué à la cause de la communauté.

Servir la communauté est un prétexte à d?autres pour travestir tout le concept de soutien à la communauté. Il faut éviter d?offrir une plate-forme à des groupuscules comme la «Voice of Hindu», «Zamzam» ou encore «La Voix Kreol». Mais lorsque des individus s?octroient la légitimité de décréter que les hôpitaux n?ont pas la légitimité de distribuer de la méthadone aux toxicomanes, c?est qu?il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Port-Louis. Pire, lorsque la police capitule et reste impassible devant de telles déviances, c?est la République qui en prend un sale coup. Certes des citoyens ont élevé la voix. D?autres ont condamné ou ont été scandalisés entre les quatre murs de leurs salons. Qu?importe, il est réconfortant de voir que la majorité des Mauriciens ne succombent pas aux discours des sectaires. Cependant, il ne faut pas minimiser la portée des événements. D?une brindille tout un incendie peut être déclenché. Surtout dans un contexte où les sentiments communaux sont exacerbés. Et c?est le cas à Maurice.

Une île qui souffre de tant de sensibleries et d?un pharisaïsme ambiant peut devenir pour des peccadilles une véritable poudrière. Les exemples ne sont pas nombreux mais ils sont éloquents. Ils disent un mal-être profond. Ils racontent une grande vulnérabilité aux stratagèmes des agents de la dissimulation.

«Voice of Hindu», «Zamzam» ou encore «La Voix Kreol» peuvent maquiller leurs discours autant qu?ils veulent mais l?essentiel demeure le fait qu?ils sont les scories qui indiquent les parties infectées de la société. Une organisation sociale ne peut être parfaite. Mais c?est dans la manière qu?elle gère les conflits et qu?elle ramène dans le courant majoritaire les forces souterraines qu?elle démontre sa maturité et la perfectibilité de ses structures. Le drame à Maurice, c?est qu?il existe certaines cellules sociopolitiques qui usent et abusent de la déviance sociale et ethnique pour asseoir un pouvoir. Sous le couvert de la realpolitik ou des susceptibilités à prendre en compte voire des spécificités qu?il faut rassurer, c?est sans vergogne que des individus livrent la société en otage aux artisans du grand dessein d?abêtissement généralisé de la population.

Publicité