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Entre amour et animosité
Cette cassure annoncée est la suite d?une longue histoire d?amour et d?animosité entre le MSM et le MMM. La première brouille date d?il y a plus de vingt ans. Elle remonte au temps où l?actuel président de la République était encore au MMM. En effet, leur premier différend date du début des années 1980.
Sir Anerood était alors leader du MMM et de l?opposition et Paul Bérenger était secrétaire général du parti.
Ébloui par le succès rencontré sur le terrain par le Parti socialiste mauricien (PSM), Paul Bérenger insistait pour que le MMM contracte une alliance avec le parti de Harish Boodhoo. Il proposa aussi que ce dernier soit présenté comme vice-Premier ministre éventuel. Sir Anerood Jugnauth était d?un avis contraire. Il pensait que le MMM était en mesure, seul, de vaincre les travaillistes.
Le PSM, créé quelques mois plus tôt, avait bâti sa réputation sur une contestation au sein du Parti travailliste. Cette action avait abouti à la mise sur pied d?une commission d?enquête présidée par sir Victor Glover sur les agissements de deux ministres rouges, Giandeo Daby et Lutchmeeparsad Badry. Les deux ministres durent démissionner.Le point de vue de Paul Bérenger rallia la majorité.
Le MMM et le PSM se présentèrent en alliance face aux travaillistes aux élections de juin 1982. Ils raflèrent les 60 sièges à pourvoir dans les 20 circonscriptions à Maurice. Harish Boodhoo devint le numéro 2 du gouvernement.
Quatre mois plus tard, en octobre 1982, le MMM connu sa première crise gouvernementale. À la suite d?un différend avec Kader Bhayat, alors ministre du Commerce, sur le taux d?augmentation du prix du riz de ration, Paul Bérenger insista pour que le Premier ministre choisisse entre lui et le ministre du Commerce. Sir Anerood refusa de trancher. Paul Bérenger soumit sa démission.
Il y eut par la même occasion des reproches à l?égard du PSM. Une réunion conjointe du bureau politique et du groupe parlementaire du MMM, à l?hôtel du gouvernement, se prononça en faveur d?une rupture de l?alliance MMM-PSM.
<B>Mais le ver était dans le fruit</B>
Quelques jours plus tard, et après avoir pris connaissance de certaines propositions formulées lors d?une assemblée spéciale des délégués du MMM, et à laquelle il n?avait pas assisté, sir Anerood refusa de rompre avec le PSM. Paul Bérenger rentra dans les rangs et reprit sa lettre de démission.
Mais le ver était dans le fruit. Cinq mois plus tard, le 22 mars 1983, le MMM se fissura. Dix de ses 12 ministres, à l?exception de Kader Bhayat et de Diwakar Bundhun, présentèrent leur démission et s?éloignèrent de sir Anerood Jugnauth. Deux ministres du PSM, Kailash Ruhee et Jocelyn Seenyen, en firent de même. Paul Bérenger devint leader de l?opposition.
Deux semaines plus tard, Anerood Jugnauth lança le MSM, avec l?apport du PSM et de quelques députés du MMM qui lui étaient restés fidèles. Il fit ensuite alliance avec les travaillistes et le PMSD. L?équipe dirigée par le leader du MSM remporta deux élections successives, celles de 1983 et de 1987, face au MMM.
Le MSM et le MMM se réconcilièrent en juillet 1990 à la faveur de l?accord de Terre-Rouge. Ils se présentèrent ensemble aux élections de septembre 1991 et remportèrent 57 sièges sur les 60 contre le Parti travailliste.
Navin Ramgoolam avait entre-temps remplacé sir Satcam Boolell comme leader des Rouges. Le ménage Jugnauth-Bérenger fut une nouvelle fois de courte durée. Il se brisa en octobre 1993. Cette cassure entraîna une nouvelle scission au sein du MMM. Quinze de ses 25 députés choisirent de rester au gouvernement et fondèrent le Renouveau militant mauricien.
Aux élections de 1995, le MMM conclut une alliance avec les travaillistes. Ce fut une nouvelle victoire à 60-0, mais le MMM prit à nouveau la porte de sortie à la mi-1997. Août 2000, nouvelle alliance MSM-MMM et partage à l?israélienne du fauteuil de Premier ministre entre sir Anerood et Paul Bérenger. Le gouvernement MSM-MMM termina son mandat. Les deux partis affrontèrent ensemble les élections de juillet 2005, et furent battus. Ils subirent une nouvelle défaite aux élections municipales d?octobre dernier. Quelques jours plus tard, ils choisirent de mettre un terme à leur action commune sur le terrain tout en maintenant une concertation au niveau du Parlement avec Paul Bérenger comme leader de l?opposition.
Cette formule risque fort de voler en éclats dans les jours qui viennent.
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