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Entre « God Save Mauritius » et « Jai Mauritius »…

17 juin 2006, 20:00

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La joute verbale à laquelle se sont livrés les parlementaires des deux bords cette semaine sur le budget 2006-2007 n’est pas ce qu’il y a des plus prolifiques. À la place d’un débat fécond, beaucoup se sont exercés à nous offrir des clichés…

Comme attendu, l’opposition a fait un tir groupé contre l’Alliance sociale mêlant mauvaise foi et une idéologie qu’elle avait égarée lorsqu’elle tenait les rênes du pouvoir. Évidemment, pour ne pas être en reste, les membres de l’Alliance sociale sont montés sur leurs grands chevaux pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

C’est ainsi que ceux qui étaient accusés, hier, de protecteurs du « grand capital » se retournent, cette fois, contre leur accusateur aujourd’hui au pouvoir, les dépeignant de « pro capitaliste ».

Donnant le coup d’envoi aux débats mardi, le leader de l’opposition, Nando Bodha est parvenu à se faire applaudir par le MMM. Il venait alors de traiter le ministre des Finances, Rama Sithanen, d’être à la solde du secteur privé en concoctant un budget dans lequel « l’être humain » a été oublié.

C’est à ne rien comprendre car le chef de son parti, Pravind Jugnauth, est venu dire que Rama Sithahen a volé ses idées et que le budget est mauvais… Nando Bodha se fait aussi nationaliste en dénonçant la politique d’ouverture aux étrangers.

Pour lui, Rama Sithanen est, ni plus, ni moins, en train de brader le pays. Il est pour l’emploi des étrangers dans des créneaux spécialisés, mais contre les laisser venir s’installer pour n’importe quel emploi.

Il a d’ailleurs raison lorsqu’il s’emporte contre la décision de l’Alliance sociale de repousser l’âge de la retraite à 65 ans après qu’elle-même eut mené campagne pour la réintroduction de la pension universelle.

Nando Bodha ne lâche pas prise et déplore que l’Alliance sociale est incohérente vis-à-vis des dépenses de l’État. D’un côté, le transport gratuit engloutit des millions et de l’autre, les subsides sur le riz et la farine ont été enlevés…

Il montre également son inquiétude pour la sécurité d’emploi des travailleurs et proteste contre la taxe d’habitation. C’est une taxe rurale déguisée que le gouvernement est en train d’adopter, dénonce-t-il, après avoir tiré à boulets rouges contre le gouvernement MSM-MMM lorsqu’il en a évoqué l’idée.

<B>« Un déficit côté cœur,côté humain »</B>

Rejoignant ses propos le lendemain, le leader adjoint du MMM Jayen Cuttaree a aussi ajouté son grain de sel contre Rama Sithanen. Le vieux militant joue la carte de l’émotion, fait une comparaison entre la campagne de l’Alliance sociale et sa volte-face, estimant qu’elle a berné la population.

Jayen Cuttaree enfonce le clou et déplore que les aides aux familles des enfants se préparant pour les examens de la SC et de la HSC aient été enlevées. Il se dit contre l’imposition d’une taxe sur les assurances et sur le coût de l’achat d’une première maison.

Comme tant d’autres après lui, il voit dans le budget de Rama Sithanen des mesures qui agrandissent le fossé entre les riches et les démunis. En concluant sur un « God save Mauritius », il s’appuie surtout sur l’exemption de taxes sur les dividendes et que les grosses entreprises n’auraient rien à payer comme « corporate tax ».

Le discours du MSM Shekar Naidu est saupoudré à la sauce Cuttaree samedi lorsqu’il explique que le budget 2006-2007 « a un déficit coté cœur, coté humain ».

De Françoise Labelle, en passant par Sheila Grenade et Maya Hanoomanjee l’opposition estime que Rama Sithanen a balancé un coup de massue sur la tête des citoyens. Ashock Jugnauth abondera dans le même sens, mais son discours est boycotté par ses anciens camarades du MSM.

Le leader de l’Union nationale est plutôt inquiet que les portes du pays soient grandes ouvertes aux étrangers et craint que cela incite des terroristes à venir se terrer chez nous.

<B>Meilleur partage du « gâteau national »</B>

Samedi, le député MMM Jean-Claude Barbier a une fois de plus démontré qu’il n’avait aucun respect pour le Parlement. Critiquant le gouvernement, il a trouvé une formule imagée, à la limite de la décence, pour décrire sa relation avec le secteur privé.

De leur côté, les députés de la majorité font les louanges de Rama Sithanen, à l’instar de Neeta Deerpalsing. Mardi, elle s’est appliquée à mettre en exergue le bien-fondé des mesures préconisées par Rama Sithanen.

L’actuaire soutient que l’Alliance sociale ne fait que mettre le citoyen au centre du développement en démocratisant l’économie et la justice sociale. Elle est rejointe jeudi par le leader du PMSD, Maurice Allet, qui soutient que le gouvernement, au contraire, plutôt d’être pro capitaliste, se préoccupe du sort des démunis. Tout en incitant les plus riches à investir, générant ainsi des emplois. Les Bleus, dit-il, sont « à l’aise » avec ce budget qui encourage la libre entreprise, ce qui, en fin de compte, débouchera sur un meilleur partage du « gâteau national ».

Le lancement des petites et moyennes entreprises (PME) à Maurice a débuté avec l’encouragement de sir Gaëtan Duval. Il rappelle que c’est grâce à ce dernier que les produits artisanaux locaux ont été écoulés dans les premiers hôtels du pays. Maurice Allet invite le gouvernement à profiter de la prochaine rencontre des Mauriciens de la diaspora pour les inciter à investir au pays. Il propose aussi que les facilités offertes aux familles dont les enfants participent aux examens de fin de cycle secondaire soient revues pour celles qui touchent jusqu’à Rs 10 000 par mois, comme l’a aussi fait ressortir le député rouge, Suren Dayal samedi.

Maurice Allet souhaite dans la même veine que la retraite à 65 ans soit une option et que cela ne s’applique pas aux travailleurs manuels. La taxe de solidarité, ajoute-t-il, ne doit pas s’appliquer qu’aux hôtels mais aussi aux grosses entreprises du pays.

Comme le député travailliste Yatin Varma, Éric Guimbeau se félicite que le ministre des Finances a pensé à réduire les salaires des élus, à avoir revu le renouvellement duty-free de leurs berlines et à avoir durci les conditions pour avoir droit à la pension des parlementaires.

L’ancien membre du MMM préconise d’ailleurs que le gouvernement revoie le per diem payable aux ministres et autres commis de l’État en mission à l’étranger et réclame une utilisation maximale de nos ambassades. Éric Guimbeau préconise aussi une cour spéciale pour se pencher sur les avoirs des trafiquants de drogue et veut dans la même veine « une répartition équitable » des Rs 5 milliards de l’Empowerment Fund « dans chaque circonscription ». Il est pour une optimisation des sites industriels qui seront destinés aux PME tout en se disant contre la baisse de taxe sur les meubles importés.

Les membres fondateurs du PMSD se retourneront certainement dans leurs tombes en écoutant Eric Guimbeau. Il emprunte allégrement des mots en hindi pour expliquer que dans la vie, le gharr, le kam et le khana sont importants. C’est-à-dire, une maison, un travail et la nourriture. Voulant résolument imiter son ancien leader qui adopte davantage les tenues indiennes, il conclura par un Jai Mauritius…

L’Alliance sociale qui n’a jamais cessé de diaboliser le secteur privé avant juillet 2005 reconnaîtra, par la voix de Reza Issack, que le pays ne peut se passer de ce dernier. Samedi, le ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gowressoo, fera rire ses amis du parti et ses adversaires avec son discours remis au goût du jour. Il compare « la stratégie » du ministre des Finances à celle d’un « tacticien d’une équipe qui remportera la coupe du Monde ».

En somme, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Les partis au pouvoir changent, le discours demeure du côté où ils se trouvent. Le « sermon » du député de la majorité Shakeel Mohamed, invitant les membres de l’opposition à être constructifs dans leurs arguments, aurait sans doute été tout autre s’ils se trouvaient à leur place…

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