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Entente programmée

24 juillet 2006, 00:00

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Les relations entre les partis d?opposition prennent un tournant pragmatique. L?unité entre eux, qui était mise à mal par une série de défaites électorales, se reconstruit. L?antagonisme entre leurs dirigeants disparaît. Ce changement d?attitude procède sans doute du constat que, séparément, le MMM et le MSM ne peuvent être efficaces dans leur offensive contre le pouvoir.

Vendredi, à Goodlands, Pravind Jugnauth a critiqué les travaillistes mais n?a pas dit un mot sur Paul Bérenger. Pourtant, une semaine auparavant, à Sainte-Croix, il n?avait pas épargné le leader du MMM de ses attaques au vitriol. ?So boussol in deregle?, s?était-il exclamé. Ce changement de stratégie n?est pas un hasard. Paul Bérenger a également montré une volonté d?apaisement à Belle-Rose, vendredi dernier. Il a regretté la division de l?opposition et, poussant le bouchon plus loin, a fait un appel du pied à son ex-partenaire. Ces gestes indiquent que les deux dirigeants sont parvenus, avant une parfaite entente, à un pacte de non-agression.

Le dégel entre les deux formations de l?opposition est une suite logique des événements. D?abord, le triple choc des législatives, des municipales et des villageoises avait rompu le lien entre les deux partis et entamé la confiance qu?ils avaient à pouvoir vaincre ensemble. Puis, la brouille entre eux avait résulté en la création du parti d?Ashock Jugnauth qui devait devenir le futur grand partenaire du MMM. Or, le nouveau-né n?a jamais décollé. Il n?a aucun espace pour man?uvrer sur l?échiquier politique. Peu à peu, le MMM et le MSM ont compris qu?ils n?allaient tirer aucun capital politique de la grogne qui a suivi le budget s?ils ne refont pas une plate-forme commune. D?où leur nouvelle stratégie.

C?est bien connu que les partisans de l?opposition sont démobilisés quand la perspective d?une reconquête du pouvoir n?existe pas pour eux. Or, seule la fin de la dispute entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth pouvait donner un espoir à leurs partisans qu?ils incarnent l?alternance. Un éventuel accord entre les deux enclenchera une dynamique qui influera fortement sur le paysage politique.

Mais avant, il va falloir, au MMM et au MSM, régler le problème Ashock Jugnauth. Soit il obtiendra un rôle de figurant dans une alliance MMM-MSM ou il devra réintégrer son ancien parti. Quel que soit son avenir, le nouveau parti affaiblira Pravind Jugnauth à la table des négociations. Le MSM n?aura pas le même pouvoir de marchandage si le MMM dispose d?une solution de rechange.

L?objectif d?une alliance électorale ne saurait être uniquement de remporter une victoire électorale. Une question se pose : une alliance pour quoi faire ? Mettre en ?uvre un projet de société ou, tout simplement, déboulonner Navin Ramgoolam ?

L?ancienne opposition avait mené une campagne fort efficace qui s?est articulée autour de deux idées-forces : la démocratisation de l?économie et les cent jours qui allaient changer notre vie. Ces slogans étaient le produit d?une armée de professionnels qui conseillaient le PTr et qui ont conçu son programme. L?opposition actuelle ne dispose pas de ressources de cette qualité, ses dirigeants n?étant pas entourés de la même manière que Navin Ramgoolam.

Une alliance qui se veut sérieuse est une force de propositions et pas seulement une galerie de personnages. Le MMM et le MSM y penseront peut-être après leurs tractations sur les investitures et les maroquins, c?est-à-dire, une fois leur jeu terminé.

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