Publicité

Enjeux de personnes

10 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Certains politiciens ne se gênent pas pour demander à l?électorat de faire confiance à un nom plutôt qu?à la vision ou au programme d?une équipe. Cette démarche s?apparente à celle d?une agence de publicité qui vendrait une lessive en misant davantage sur la notoriété de la marque que sur ses qualités propres.

Il y a, dans la vie politique, une personnalisation outrancière qui est en train dévoyer notre démocratie. Pas plus tard que la semaine dernière, un aspirant candidat du Parti travailliste a atteint les limites du culte voué au leader. Il a déclaré, lors d?une réunion nocturne à Vacoas que ?mem si ou na pa kontan Hawoldar so figir, bous ou lizie ek vote. Enn ti Ramgoolam ki ou pe vote?. Ce politicien, Rihun Hawoldar, harangue la foule comme un prêcheur sermonne ses ouailles. Les deux recommandent de ?bous ou lizie? et réclament une confiance aveugle en une force supérieure.

A l?évidence, le débat idéologique est mort. Ce n?est pas plus mal car il n?y a pas lieu de discuter des mérites respectifs du libéralisme et du contrôle étatique aujourd?hui. Malheureusement, il est remplacé par des discours consacrés aux louanges du leader bien-aimé.

Quand le débat ne se fait plus sur le fond, il se reporte sur les personnes et, de ce fait, glisse inévitablement sur le terrain ethnique. Les récents dérapages de Dhundeo Bahadoor, dirigeant du Human Service Trust, ont indigné plus d?un mais ce personnage est loin de constituer un cas isolé. Bien des politiciens lui font écho au cours de leurs ténébreux congrès nocturnes pour provoquer des réflexes identitaires. Ils demandent à l?électeur de choisir entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, pas entre deux visions de développement.

Certes, il y a un débat utile qui peut être mené sur la méthode, la discipline et la rigueur de l?un ou de l?autre leader mais c?est la question ethnique qui revient comme un leitmotiv. Les discours assaisonnés d?allusions personnelles galvanisent les foules. Le même Hawoldar ne s?est-il pas demandé, à Vacoas, si ?Monsieur Lagesse qui habite Grand-Baie-Poudre-d?Or avait voté pour Jeeha parce qu?ils déjeunent ensemble ou bien parce qu?ils jouent ensemble au golf? avant de donner la réponse suivante : ?Il a voté Jeeha, parce qu?à travers Jeeha, il vote Bérenger.?

Cette volonté délibérée de placer les enjeux de personne avant toute autre considération est d?autant plus malvenue que les élections législatives ne sont, en aucun cas, un plébiscite autour d?un homme. Notre Constitution prône un système parlementaire, pas un régime présidentiel.

Il n?y a pas de meilleur moyen de mener une campagne plus digne que de retourner à l?essentiel, c?est-à-dire de débattre du programme de gouvernement des deux camps. Plus ils tardent à rendre publics ces documents, plus ils prennent le risque de voir le débat s?enliser dans les questions de personnalité.

Les dix mesures annoncées par le Parti travailliste restent trop imprécises pour donner lieu à un débat significatif. Navin Ramgoolam l?a d?ailleurs admis, dans un cas au moins, quand il a reconnu qu?il reste à donner les détails sur le mode d?inscription en ?Form 1? s?il arrivait à abolir les ?Form Vl colleges?.

En attendant les manifestes électoraux, les candidats à la candidature devraient éviter de rester dans la logique des leaders. Un éventuel élu qui croit qu?il n?existe qu?à travers son leader est un homme pas tout à fait affranchi.

Publicité