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En vers et pour tous
Il est incontournable. Ceux qui ne connaissent pas Salam Ahmadi pour ses émissions en urdu à la télévision et à la radio nationale le reconnaissent à sa? barbe. Toute rouge. Résultat du henné. Conséquence d?une barbe qui blanchissait. «Mon épouse m?a dit qu?avec ma barbe grise, je faisais trop vieux.» Déjà qu?entre les deux, il y a plus d?une quinzaine d?années de différence.
Pour Zohra, son épouse, il a écrit Biwi Ko Khirajeaqeedat. Traduction : Hommage à ma femme. Un des poèmes qui figure sur son recueil lancé mardi.
Le recueil en urdu a pour titre Ghamgiinian. Qui signifie tristesse. Parce qu?il voit autour de lui plus de tristesse que de gaieté. «Tous ces massacres, ces génocides, ça me touche beaucoup.» Sa santé est aussi source de soucis. Salam est tombé malade à plusieurs reprises. Poliomyélite, tumeur à l?épine dorsale, rupture du fémur? «Beaucoup de personnes m?ont félicité pour ma combativité mais c?est Dieu qu?il faut remercier.»
Salam accepte toutes ses épreuves avec stoïcisme. Persuadé que tout ce qui arrive, c?est la volonté de Dieu. «Sinon, on ne l?appellerait pas le Dieu tout-puissant.»
Dieu. L?Etre suprême tient une grande place dans la vie de Salam. Le plus beau moment de sa vie reste son premier pèlerinage à la Mecque en décembre 1973. Il croyait, à l?époque, que ce serait presque impossible pour lui d?y aller. Car «entre le 15 décembre et le 5 janvier, on n?accordait pas de congé à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC)».
Il tente sa chance quand même auprès de Jean-Roland Delaître, le directeur de la MBC à l?époque. Celui-ci lui demande : «Tu vas prier pour moi ?» «Bien sûr si vous me laissez partir», réplique Salam. «Alors, va mon garçon !», lui dit son patron. «Quand je suis arrivé à la Mecque, ma première pensée a été pour lui», se remémore Salam.
«J?aurais aimé avoir un peu plus de franchise. Je n?aime pas exprimer mon opinion, je la garde pour moi. Je crois que c?est un défaut.»
La préface de son recueil est aussi dédiée à Dieu. «Au Dieu unique qui a enseigné les mots à l?homme afin que nous puissions transmettre aux autres nos idées et nos sentiments?», peut-on y lire.
C?est en 1963 qu?il fait son entrée à la MBC qui s?appelait, à l?époque, Mauritius Broadcasting Service. Aujourd?hui, il travaille comme présentateur à temps partiel à la MBC. Il est surtout connu par la majorité des auditeurs pour Yaad-e-Mehboob, une émission sentimentale et romantique. «C?est la plus populaire de ma carrière et souvent des dames m?appellent pour me dire ?ayo ou fer nou plore ek sa bann zistwar ou ekrir la !» L?émission, qui a vu le jour en 1967, tient toujours la route.
Ghamgiinian, ce sont des poèmes romantiques, religieux, des pensées de l?auteur sur plusieurs sujets, des idées pour un monde meilleur, des ghazals? Qu?il envisage de traduire conformément aux désirs de certains. Plusieurs de ses poèmes, il les écrit il y a trois ans quand une fracture du fémur le cloue pour un mois sur un lit d?hôpital. Quant aux autres, il les avait écrits dès ses premières années à la MBC. Ils n?étaient pas destinés à être publiés mais pour son plaisir personnel. Jusqu?à ce que Farooq Rujul de la Society for the Promotion of Urdu le persuade que «les paroles s?envolent, mais que les écrits restent». La MBC proposera un programme d?une heure sur son ?uvre le 27 juin.
Revenons au couple Salam-Zohra. Ils se rencontrent à la MBC alors que Zohra est une jeune veuve et mère d?un fils de huit ans. Salam n?a jamais songé au mariage car sa mauvaise santé, depuis son jeune âge, l?empêche de rêver à toute félicité conjugale. Mais l?amour en décide autrement. Ils se marient. Il a 43 ans, elle 28.
Zohra est actuellement Senior Confidential Assistant à la MBC. «Si elle n?était pas là, je ne pourrai même plus travailler.» Car , c?est sur l?épaule de celle-ci qu?il s?appuie pour se déplacer, sa jambe gauche étant presque hors d?usage. «A ma dernière hospitalisation, elle a passé 16 jours à mon chevet?»
Il l?admire. Pas seulement pour son dévouement mais pour son caractère. «Elle se fixe des objectifs et elle les atteint. Elle a beaucoup d?autorité. Elle était déléguée de classe à l?époque. Pas étonnant.»
Salam aurait voulu avoir un peu de cette autorité-là. «J?aurais aimé avoir un peu plus de franchise. Je n?aime pas tellement exprimer mon opinion, je la garde pour moi. Je crois que c?est un défaut.» Ce n?est pas grave. A défaut de s?exprimer dans la vie, il le fait dans ses poèmes. N?est-ce pas ?
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