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?En sursis?
Une sorte d?imagerie populaire, généralement servie dans le seul but de décourager tous les scénaristes en herbe, voudrait que les tiroirs des producteurs de cinéma soient en général pleins à craquer d?excellents scénarios gisant là depuis des lustres ; certains recouverts depuis d?une bonne couche de poussière, d?autres déjà rongés par les cafards ou par la moisissure.
Franchement, l?idée d?une possible surabondance d?excellents ou même de bons scénarios paraît peu crédible après avoir vu En sursis. Ou alors, ils sont légion à avoir perdu de leur huile pour rien.
On les imagine veillant jusqu?aux petites heures, rongés par les angoisses de la création, créant leurs personnages, les étoffant et leur donnant des motivations, imaginant des dialogues justes avec des répliques scintillantes ou percutantes, rêvant du cadre idéal dans lequel se déroulerait leur histoire, etc. On les imagine surtout cherchant une histoire originale et intéressante, tentant de l?écrire de façon à ce qu?elle prenne le spectateur par surprise à chaque détour, qu?elle se développe de manière crédible ou logique? surtout, une histoire qui retienne toute l?attention de son public de bout en bout.
Que d?énergie perdue en futilités, s?il faut en croire ce film d?Andrzej Bartkowiak (ce dernier méritant de voir son patronyme mutilé) : il suffit de montrer que les bons sont tout ce qu?il y a de plus américain, que les méchants sont tout ce qu?il y a de moins américain, d?avoir des poursuites et de la castagne et d?avoir du rap (quoi de plus américain ?) pour cimenter le tout. Et surtout, pas besoin de logique : pour montrer comment un personnage est arrivé à une conclusion concernant quelque chose ou quelqu?un, il lui suffit de dire : ?Je le sais. C?est tout !? Cela s?appelle l?intuition et c?est un procédé magique grâce auquel les personnages et les spectateurs arrivent à résoudre les plus épais mystères avec une facilité déconcertante. On se demande pourquoi il n?a pas été appliqué dans certains grands films de détectives.
Pourquoi ce film-là et pas l?autre, Mission à Alcatraz sortant cette même semaine ? Parce que celui-ci paraissait le moins mauvais des deux.
Jet Li en agent spécial du gouvernement taïwanais, tente de récupérer des diamants noirs dérobés dans le coffre d?une banque par le rappeur DMX et sa bande. Les diamants ont été placés dans cette banque par Mark Dacascos, le vrai méchant de l?histoire. Pour les récupérer, ce dernier kidnappe la fille de DMX et lui propose un échange : la petite contre les pierres. Malheureusement, les diamants sont entre-temps volés une troisième fois, ce coup-ci par un caïd rival de DMX?
Le moment étant venu de dire du bien du film, on peut dire que la bande-annonce de En sursis ne promettait pas grand-chose, mais que contrairement aux politiciens, le film lui, tient ses promesses. Du moins en ce qui concerne les scènes d?action. Dès le début, avec le casse de la banque (quand même : un gardien qui se fait draguer en l?espace de cinq minutes par une femme, puis par un homme et qui ne soupçonne rien ?) et la poursuite dans le métro? Les casseurs utilisent un lance-roquettes avec une grenade antichar pour percer le coffre, ce qui n?est pas courant; et les cascades sur la rame de métro en mouvement non seulement sont réussies mais donnent aussi quelques montées d?adrénaline.
Il faut aussi dire que En sursis tente de faire plus fort que d?autres produits du même acabit dans tous les domaines, et y parvient la plupart du temps (d?abord, plus loin et plus fort dans le domaine du n?importe quoi; c?est malheureusement vrai et c?est dommage). Jet Li ne fait pas que des cascades : il se laisse littéralement tomber d?un balcon à l?autre, le long de la paroi d?un immeuble; ce qui est d?autant plus spectaculaire que l?acteur a exécuté cette cascade lui-même.
Le personnage que joue Tom Arnold n?est pas qu?un trafiquant d?armes qui vend des fusils dans la clandestinité : il peut aussi fournir un char d?assaut. Les diamants noirs ne sont pas que des diamants mais sont en fait une super arme redoutable capable de faire baisser les prix des armes de destruction massive en général.
Le caïd en prison ne jouit pas que de quelques privilèges : il vit dans sa cellule luxueusement aménagée et attend impatiemment que le gardien ait fini de préparer le beurre pour sa langouste.
Que fait la police?
La poursuite, celle qui est censée mener vers le dénouement de l?histoire, se fait en ?quad? tout-terrain montant les escaliers d?un immeuble, puis sautant d?un immeuble à un autre ? juste pour le plaisir, apparemment. Et finalement, Jet Li se bat non seulement contre plusieurs adversaires mais aussi contre tous les concurrents d?un concours illégal de combats extrêmes où tous les coups sont permis.
Il faut dire que dans les deux derniers cas, les deux actions étant censées se dérouler simultanément, les séquences sont entremêlées de façon habile : les scènes passent d?une action à l?autre, abandonnant Jet Li qui se tire d?un mauvais pas pour retrouver DMX qui se met dans une situation délicate, et vice-versa, ce qui est très bien fait. Pour le reste, demandez-vous pourquoi dans ?ce genre de film? la police n?est jamais là lorsqu?il y a de l?action (avec perte de vies humaines et dégâts matériels, cela s?entend).
Si les lecteurs n?ont pas encore compris, En sursis est exactement ?ce genre de film? : grosse bagarre (finale) en pleine ville avec tirs d?armes automatiques, explosions, des blessés, des morts et un hélicoptère abattu par un char d?assaut? et la police met plus de vingt minutes pour arriver sur les lieux.
Il est assez probable que le film rencontre du succès, puisqu?il est destiné à ce qu?on appelle ?un public ciblé?. On peut cependant ressentir quelques frayeurs à l?idée que ce public pris pour cible sera appelé un de ces jours, à voter pour des élections aux Etats-Unis? comme chez nous.
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