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En mal de rôle
Depuis quelque temps, à l?image de certains acteurs des sociétés occidentales en mal de rôle, quelques figures publiques sont à la pêche de thèmes pouvant justifier une certaine activité politique. Sylvio Michel et ses amis pourront arguer qu?ils se sont engagés au sein d?une plate-forme électorale suite à des garanties obtenues, sur des questions précises, auprès de leurs différents partenaires. Aujourd?hui, se disant frustrés par le désengagement de leurs alliés sur la question de la compensation aux descendants d?esclaves, ils menacent de se retirer du gouvernement. Qu?ils aient raison ou non de le faire, que leurs partenaires se soient effectivement dérobés ou non, cela importe peu en fin de compte.
Il appartient davantage aujourd?hui de relever la pauvreté du débat politique dans certains cas. De comprendre comment certains politiques sont à l?affût du moindre prétexte populiste pour trouver un terrain d?engagement. En des temps récents, un autre leader, en l?occurrence Rama Valayden, était montré du doigt pour sa propension à choisir des thèmes antagonistes et équivoques. Il y a ainsi des leaders politiques qui cherchent de bons filons pour se faire remarquer dans le bestiaire politique. Il n?est finalement question que de l?histoire de quelques personnes qui choisissent d?élire des « thèmes de combat », leur octroyant un certain pouvoir de marchandage. Que ce soit simplement un moyen pour justifier une existence politique ou une lutte en faveur d?une conviction profonde, ce sera aux électeurs d?en décider.
On retiendra, par contre, dans le cas qui nous intéresse, que c?est à nouveau une question à caractère ethnique qui motive les mimodrames de l?OF-Les Verts. À cette question, le citoyen mauricien contemporain, toujours marqué par le caractère tragique des événements de la période coloniale, ne peut répondre par une entière indifférence. Mais c?est avec une acuité nouvelle qu?on aborde ce débat aujourd?hui. Toute cette problématique recèle un double défi. Il s?agit à la fois de témoigner de son devoir de mémoire, pour reprendre une expression à la mode, et de rester objectif dans son rapport à ces parties sombres de l?histoire mauricienne. C'est l'erreur et l'hérésie de certains qui obligent de souligner à présent cette rigueur intellectuelle et cette conscience morale qui commandent de rejeter tout rapport vicié à l?histoire et au fait socio-ethnique. Et, dans cette logique, il est évident qu?aucune compensation ne pourra soulager les blessures des descendants d?esclaves et des coolies. C?est dans le principe qu?il peut y avoir une contestation de cette demande de compensation.
On peut comprendre qu?en présence du problème du sens de l'histoire, la tentation première de certains consiste donc à réclamer pour des groupes socio-ethniques des compensations au nom de stigmates passés.
Mais on pourra difficilement accepter que se développe au sein de la société mauricienne un appétit pour des compensations en tous genres. Les politiques ont été piégés à leur propre jeu. Les populistes n?hésiteront pas à en profiter pour faire de la surenchère. Il revient, en dernier ressort, au citoyen mauricien et au descendant d?esclave, par extension, de savoir dire non à une initiative qui, dans sa recherche de réparation, pousse en fait dans une autre forme de marginalisation. On assume son histoire. On ne règle pas son compte à l?histoire. C?est cela le piège et l?illusion de la compensation.
Dans une citoyenneté pleine, il n?y a plus de différences que celles qui nous donnent le prétexte de nous rapprocher un peu plus de l?autre. La responsabilité citoyenne, elle, ne s?exprime pas dans des actions de revendication susceptibles de provoquer une surenchère qui risque de ghettoïser et de segmenter davantage la société dans laquelle on vit.
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