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En attendant la publication de l?oeuvre intégrale de Léoville L?Homme
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En attendant la publication de l?oeuvre intégrale de Léoville L?Homme
La présente chronique aborde notre poète national par le biais de son ?uvre en prose, ses recherches sur l?histoire de Maurice et les derniers événements marquants de sa vie. Son ?uvre en prose ne cède en rien aux qualités de sa poésie, ce qui n?est pas peu dire. Elle comprend une biographie du sculpteur et ami Prosper d?Epinay et un magazine consacré à l?histoire de Maurice. Il s?agit de Mauritania. Il paraît tous les 15 jours de 1908 à 1911.
La collection comprend d?intéressants articles biographiques, des portraits littéraires, mais aussi des poèmes, des essais, des critiques littéraires, des recherches sur une vaste gamme de sujets. On peut y trouver des lettres de Lamartine à différents éminents mauriciens du XIXe siècle que les revers de fortune de l?auteur du Lac émeuvent au point de lui venir en aide financièrement. Léoville L?Homme n?hésite pas à publier, en feuilleton, le texte, en anglais, de l?Histoire de Maurice de William Bolton Draper.
En 1914, il se fait l?historien de la littérature mauricienne, une entreprise jamais osée avant lui, si l?on fait abstraction de l?Anthologie mauricienne, Table ovale : poètes créoles, galerie poétique de l?île de France (1897) d?Edouard Fromet de Rosnay. Son étude, Les lettres françaises à l?île Maurice, paraissent aux éditions de la Pensée française à Paris, avec une préface du prince de Bauffremont, futur biographe de Léoville L?Homme.
Le contenu de cette étude est lu au Congrès des amitiés françaises, tenu au Mans, en 1911. L?étude embrasse la production littéraire mauricienne d?expression française de plus d?un siècle (fin du XVIIIe à début du XXe siècle). Elle recense l??uvre d?une cinquantaine d?écrivains : poètes, journalistes, essayistes, romanciers.
Léoville L?Homme complète son ?uvre d?historien littéraire en donnant, par la suite, de nombreuses conférences publiques sur ce sujet. On peut citer à cet effet une étude des Poèmes à formes fixes, en 1916. Il étudie successivement les essais mauriciens des différentes formes d?expression poétique réglementée : rondeau, ballade, sonnet, triolet, pantoum. A la demande du public, l??uvre est publiée et des poètes, dont Edgar Janson et Auguste Maingard, reconnaissants de l?honneur que l?éminent critique littéraire leur fait, organisent un banquet en son honneur.
Vers la même époque, il publie deux contes, La maison déserte et La bague perdue où il brosse le décor nostalgique des Sables Noirs, à la Grande-Rivière-Nord-Ouest. Vicram Ramharai rend un précieux service aux amateurs mauriciens des Belles Lettres ainsi qu?à notre patrimoine littéraire, en groupant dans son recueil, Mocélé, des contes de Léoville L?Homme, parus dans diverses publications.
Tout cela n?est rien comparé à l??uvre journalistique de Léoville L?Homme. Le journalisme lui permet, comme plus tard à Marcel Cabon, à Hervé de Sornay, à Pierre Renaud, à Georges André Decotter, à Emmanuel Juste, à Jean Claude d?Avoine, à Jean Gérard Théodore, à Philippe Forget, d?aborder, sous pression, une gamme de sujets d?actualité encore plus vaste, sur lesquels ces hommes de lettres, maîtrisant parfaitement la langue de Molière, offrent, à leurs lecteurs de précieuses observations.
C?est dire l?urgente nécessité d?entreprendre une ?uvre d?utilité publique en publiant en un seul volume les Feuillets de Carnet et les Feuilles au vent de Léoville L?Homme. C?est surtout le moment de rappeler qu?une édition complète de ses ?uvres demeure le monument le plus durable et le plus fécond que nous pouvons lui offrir car cette intégrale permettra à de nouvelles générations de s?abreuver à une des sources les plus pures et les plus salutaires du génie littéraire mauricien.
Ses amis et admirateurs organisent un banquet en son honneur pour dire publiquement tout le bien et la gratitude qu?ils lui vouent. Il a lieu à La Flore mauricienne, le 8 novembre 1922. La République française octroie, en 1926 à Léoville L?Homme, l?insigne d?Officier de l?instruction publique.
Il meurt le 26 mai 1928. Il lègue à l?île Maurice le plus riche héritage littéraire et poétique qui soit. Sa vie et son ?uvre inspirent et stimulent des romanciers, des poètes, des conteurs, des journalistes, des biographes aussi valeureux que Savinien Mérédac, Clément Charoux, Robert Edouard Hart, Raymonde de Kervern, Marcel Cabon, Selmour Ahnee mais aussi les premiers écrivains mauriciens d?origine indienne et d?expression française comme Aunauth Beejadhur et Kissoonsingh Hazareesingh. Ce dernier a même publié une Anthologie de l??uvre de Léoville L?Homme.
A la fin de sa longue notice biographique, servant de préface et d?éditorial au numéro spécial qu?Indradhanush consacre à la vie et à l??uvre de Léoville L?Homme, , Pahlad Ramsurrun pose à bon escient la question la plus controversable au sujet de la pensée de cet éminent Mauricien.
Il s?agit d?expressions racistes, courantes à la fin du XIXe siècle et pleines de mépris et d?arrogance à l?égard de ceux ne pouvant se targuer appartenir à la civilisation européenne, sinon chrétienne. En cela, Léoville L?Homme est l?homme de son époque. Au début de son ?uvre, il commence par flatter les idées préconçues de ses compatriotes et contemporains, sans trop s?inquiéter de savoir si elles respectent ou non les préceptes évangéliques élémentaires de charité fraternelle et du devoir d?être lumière pour le reste du monde. C?est l?époque où la presse mauricienne parle des Mauriciens d?origine chinoise comme des Célestes aux longues nattes, des Mauriciens d?origine indienne comme des coolies numérotés et des descendants d?esclaves comme des vauriens capables de tous les méfaits.
Ramsurrun invite ceux, pouvant se sentir lésés par ces épithètes diffamatoires et entachant la mémoire de L?Homme, à tenir compte, non pas des propos tenus en début de carrière mais davantage de ceux tenus à la fin, à l?apothéose, de sa vie et de son ?uvre. A l?apogée, nous trouvons un éminent poète, ayant posé les premiers jalons d?un mauricianisme de bon aloi, ayant fait comprendre à l?ensemble de la population mauricienne que la civilisation, la sagesse, l?harmonie entre les races, les talents littéraires, le dépassement de soi, la sanctification ne sauraient être le monopole d?un seul peuple, pouvant se croire supérieur aux autres.
L??uvre immortelle de Léoville L?Homme est là pour nous rappeler qu?en toute institution humaine, il convient de séparer le bon grain de l?ivraie. Merci à Pahlad Ramsurrun et à Indradhanush de nous permettre de reprendre un contact aussi fructueux avec la pensée de Léoville L?Homme.
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