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En arrière, toute !
J?te le dis tout net comme j?le pense : tu m?as déçu M. Tengur. Moi qui, dans ma grande naïveté, te prenais pour un homme de principe, un franc-tireur de l?esprit, va falloir que je révise mon opinion à ton sujet. Ainsi donc, tu veux entrer en politique. Souviens-toi de ce que tu disais en 2002. « Les politiciens et moi, c?est comme chiens et chat. Je n?ai jamais voulu composer avec eux parce que je défends les droits fondamentaux de l?homme, tandis qu?eux poursuivent d?autres intérêts, souvent personnels. » Non pas que je te soupçonne de poursuivre un but personnel.
Non, en fait, ce qui est décevant, c?est que tu veux faire de la politique comme les autres. Avec les mêmes arguments éculés, les mêmes arrière-pensées sectaires. On aurait pu croire qu?un type comme toi pouvait apporter un peu d?air frais dans un débat sinon vicié, du moins dépassé, et remettre quelques pendules à l?heure. Pour l?innovation, on repassera.
Remarques, ce qui est bien, c?est que t?as dévoilé tes batteries. Si on avait quelques doutes sur la finalité de ton combat, ils sont dissipés. Prôner un retour en arrière, voilà qui va nous faire avancer, c?est sûr ! Refuser la régionalisation, c?est refuser l?idée qu?il puisse y avoir un jour d?excellents collèges partout dans l?île. T?as raison, mieux vaut avoir quatre bons collèges qu?une dizaine, deux profs tondus du ciboulot que trois pelés géniaux. Mieux vaut le statu quo qui a fait ses preuves que le rêve d?un avenir meilleur.
Je vais te dire une chose : quel que soit le système éducatif, il y aura toujours des brillants, des bons et des mauvais élèves. En revanche, permettre au plus grand nombre d?avoir accès à une éducation de qualité, c?est le plus sûr moyen d?avoir à terme une population instruite. Et c?est ce dont a besoin un pays aujourd?hui, d?une sorte d?émic, d?éducation minimale d?intérêt collectif. Mais? c?est sûr que des citoyens éduqués se laissent moins manipulés, qu?une bande d?ignares menée par une « élite »? Sauf que dans ton système, cette élite à laquelle tu t?accroches avec tant de nostalgie, n?a aucune valeur : c?est facile d?être une fleur dans un champ de navets. Mais se distinguer d?un lot de qualité, c?est plus coton, crois-moi.
Enfin, si j?ai bien compris, t?as déjà une réforme dans tes tiroirs. Ca tombe bien : à force d?avoir brûlé les rapports des autres, c?est normal que tu veuilles aujourd?hui brûler le tien. C?est vrai, ça. On ne peut pas toujours rester à l?ombre du bûcher politique. Et comme chacun sait, on n?est jamais mieux servi que par soi-même !
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