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En 1981, déjà, on chante le refrain des PME

17 mai 2006, 00:00

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Nos docteurs ès-prêchi-prêcha entonnent volontiers, en 2006, la rengaine des petites entreprises, censées pouvoir relancer notre poussif moteur économique et transformer nos là haut 10% de chômeurs en autant d’entrepreneurs. Le hic c’est qu’en 1981, déjà, leurs prédécesseurs se gargarisaient des mêmes assurances. D’où la question éminemment impertinente, en dépit de son indiscutable pertinence : quoi penser d’une promesse qui ne s’est pas suffisamment matérialisée, en un quart de siècle ?

Essayons d’imaginer la parade qu’un gouvernement efficace, composé d’une bonne vingtaine de ministères, comptant chacun autant de conseillers de directeurs de communication, d’attachés de presse, (d’amarrés de presse, comme ils disent au Canada), pourrait offrir à une attaque médiatique aussi gratuite et malveillante : 1. Les PME existent déjà et par milliers, offrant du même coup des dizaines d’emplois les plus productifs car exempts de toute influence syndicale. Dans ce cas pourquoi chanter encore et toujours la ritournelle : “Vive les PME !” et faire croire ainsi que nous attendons tous leur avènement ? Il n’y a nul besoin de chanter, par exemple : “Vive les banques ou les hypermarchés ou encore les assurances, les casinos !” car ils existent déjà en nombre suffisant et donnent entière ( ?) satisfaction, à leur clientèle comme à leurs abonnés. 2. Le GM multiplie l’aide financière et technique aux PME. Si celle-ci existe pourquoi ne se bouscule-t-on pas à ses guichets ? C’est peut-être parce que ceux-ci ne s’ouvrent pas aux vrais PME pour mieux profiter à des protégés déguisés en PME. Aide-t-on une PME quand, pour s’enregistrer auprès d’un service public, on lui exige l’original de son titre de propriété ou encore son certificat de mariage, sinon de moralité ? 3. Il y a des corps para-étatiques s’occupant exclusivement des PME. On les connaît. Ils sont composés de pléthore de ronds-de-cuir qu’aucun entrepreneur sérieux ne voudrait recruter, même pas comme cleaners tant ils sont accrochés à leur scheme of service, obéissant scrupuleusement à un horaire de 10-12 heures et de 14-15 heures. Impossible non plus de négocier avec leurs guichets en formes de fourches caudines. L’on sait que les salaires, les voitures de fonction, les cellulaires et les ordinateurs perso de ces heureux bureaucrates bouffent là –haut 70% des fonds mis à la disposition des PME. Après les dépenses courantes, les gaspillages et peut-être même quelques coulages, il faut conclure qu’il ne reste que quelques pistaches à distribuer parcimonieusement à quelques PME acceptant de se déguiser en mendiants. 4. On vient de débaptiser la SMIDO. Justement pourquoi changer le nom d’une équipe gagnante ? Il n’y a que les canassons qui changent d’appellations dans l’espoir de leurrer quelques zougadères distraits. Peut-on imaginer une entreprise en tête de classement changeant de nom tous les cinq ans rien que pour satisfaire l’ego de nouveaux locataires de son conseil d’administration ?

Ce qui manque le plus à nos petits entrepreneurs, ce sont toujours des services groupés, sinon officiels du moins agréés par les instances régulatrices, pouvant leur offrir tout l’encadrement souhaité (comptable, financier, juridique), la planification, la communication, les relations publiques, la promotion, capables de leur permettre de faire ce qu’ils savent le mieux, à savoir créer et produire sans devoir être submergés par des obligations administratives et bureaucratiques. Ils rêvent de supports et de conseils et on les harcèle à coups de ponctions financières et de servitudes bureaucratiques

On pourrait poursuivre ad nauseam cette litanie des possibles parades et de contre-parades. Il suffit de relire le dossier que l’express consacre à la mi-mai 1981 aux PME pour comprendre qu’il n’y a rien de nouveau à Maurice et que nos autorités gouvernementales continuent à nous prendre pour des imbéciles. En quoi elles n’ont pas tort car nous sommes assez moutons pour croire encore, peut-être pas au Père Noël, mais aux promesses de Panurge.

Il y a pour commencer une Small Scale Industries Unit qui prétend avoir aidé 27 entrepreneurs (lesquels ?) en dépensant en leur nom Rs 1,3 million d’une ligne de crédit indienne de Rs 2 m, arrivée à expiration le 31 mars 1981. L’Inde nous envoie l’expert Soobramien, un spécialiste en normalisation de produits industriels. Il aidera à la mise sur pied d’une SIDO (Small Industries Development Organisation) à laquelle on adjoindra plus tard le qualificatif medium pour qu’elle devienne la défunte SMIDO, pourtant proposée peu après l’Indépendance.

Il existe en 1981, une liste de 109 produits que Maurice importe alors qu’elle pourrait les produire localement. Cela nous rappelle qu’en 38 ans d’indépendance il n’y a pratiquement jamais eu de campagne de promotion soutenue en faveur des produits locaux. Bien au contraire, nos hypermarchés multiplient les prospectus et autres pamphlets pour vanter, le plus souvent, des produits étrangers. Cela n’empêche pas certains d’aller pleurnicher devant les caméras de la NBC que le déficit de notre balance des paiements devient insoutenable.

Intelligemment l’expert Soobramien recommande le Group Management pour réduire les coûts administratifs. Recommandation jamais mise en pratique ou presque et pour cause. Les entrepreneurs doivent nourrir les bardés de diplômes universitaires. Autre recommandation demeurée lettre morte : la création de locaux à loyers symboliques pour les petits entrepreneurs et leur regroupement afin qu’ils puissent être à plusieurs à utiliser rationnellement certains équipements d’usage ponctuel.

Il paraît qu’il y a une vingtaine de Field officers chargés de conseiller les petites entreprises sur le terrain. Que celui, qui les a vus à l’œuvre, lève le petit doigt !

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