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Egalité, laïcité et tolérance

6 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La tension baisse. Les récriminations sectaires sont moins bruyantes. Les déclarations blessantes des uns et des autres se font plus rares. Tant mieux. C?est bien que le pays retrouve sa sérénité. Toutefois, il ne faut pas se tromper, les turbulences de ces dernières semaines laisseront des traces. Maintenant que la tendance est nettement à l?apaisement, les éléments les plus raisonnables de la société doivent agir. C?est un devoir. Ils peuvent influencer le cours des événements pour amener plus d?entente au sein de la population.

Nombreux sont les Mauriciens qui croient qu?il est possible de vivre ensemble dans la paix. Ils sont même une majorité. Seulement, en raison d?une volonté de ne pas se montrer, ils se contentent de faire partie de la majorité silencieuse. Entre-temps, les plus vociférants ont occupé l?espace et ont commencé à polluer les esprits avec leur raisonnement simpliste. Résultat : on a frisé la catastrophe.

Dans cinq jours, ce sera le 12 mars, date combien symbolique pour Maurice. Trente-six ans d?indépendance avec statut républicain depuis 1992. C?est peu dans l?histoire d?un pays. La construction de l?identité nationale est un processus qui prend du temps. Il est souvent ralenti par des comportements sectaires, heureusement passagers. L?essentiel est de savoir tout le temps se ressaisir pour que la tendance lourde qui pousse vers l?unité de la nation se pérennise.

Préserver la paix est une tâche ardue. Encourager le vivre ensemble et maintenir la cohésion sociale est une quête exaltante mais exigeante. C?est un combat contre l?égoïsme et la bêtise. Et Dieu seul sait combien un argumentaire émotionnel peut avoir du succès. On ne peut prétendre combattre l?obscurantisme en se croisant les bras. Il faut créer des conditions pour que vienne une ère où l?anachronisme de ces pyromanes au verbe incendiaire soit étalé au grand jour.

Cette entreprise est l?affaire de tout le monde, du moins tous ceux qui veulent vivre dans une société où règnent la paix, l?harmonie et le respect de l?autre. Il n?est pas question de blâmer les politiques et laisser croire qu?ils sont les seuls responsables de la construction de l?identité nationale. Certes, les élus ont une grande responsabilité. Ils ont brigué les suffrages pour gérer les affaires de la cité, la moindre des choses serait qu?ils s?assurent que celle-ci repose sur des bases solides.

Sur ce plan, le pays n?est pas très bien servi. Maurice est une république depuis douze ans, mais les valeurs républicaines sont toujours méconnues. L?éducation civique à l?école a été un échec. On n?enseigne pas à nos jeunes les principes qui leur permettront demain de s?affirmer d?abord comme citoyen mauricien. Il est vrai que l?appartenance religieuse et ethnique est trop souvent réitérée à Maurice. Cela est inévitable. Il ne peut en être autrement dans un pays à fort ancrage religieux et où les individus sont quotidiennement sollicités comme membres de groupes ethniques. Cette situation doit changer. Il faut renverser la tendance et faire en sorte que les Mauriciens soient plus souvent interpellés comme des citoyens. Mais pour y arriver il faut se mettre d?accord sur des principes immuables. L?égalité, la laïcité et la tolérance en sont les principaux.

En république tous les citoyens sont égaux. Aucune appartenance à un quelconque groupe ou communauté, aussi puissant soit son lobby, ne devrait donner plus de droits aux uns ou aux autres. Les religieux et les socio-religieux doivent comprendre que Maurice est une république laïque. Ainsi, la religion et sa pratique doivent demeurer dans la sphère privée. Donner l?occasion à un politicien de prononcer un discours partisan lors d?une cérémonie religieuse est assimilable au viol d?un domaine privé.

À ces deux concepts, il nous faut adjoindre celui de tolérance. Maurice est une société plurielle. Toutes ses composantes doivent pouvoir coexister pacifiquement. L?une des conditions est que chaque individu se voit d?abord comme un élément national. Ensuite chacun peut revendiquer sa conviction religieuse et ses référents culturels tout en respectant ceux des autres. C?est ainsi que nous ferons reculer les velléités hégémoniques et l?éventualité d?un embrasement ethnique.

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