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Eduquer avec amour
Autisme, trisomie, infirmité motrice cérébrale (IMC), retard mental? Les enfants atteints de ces troubles de la mémoire ont besoin avant tout d?amour, d?affection et d?une éducation spécialisée de longue haleine. Un défi que relève l?Association de parents d?enfants inadaptés mentalement (Apeim) depuis 35 ans.
A Bonne-Mère, un nouveau bâtiment moderne abrite depuis septembre dernier le centre éducatif de l?Apeim. Les 44 élèves apprennent à devenir autonomes et jouissent d?une panoplie de facilités qui aident à leur épanouissement. A l?issue de leur formation, un certain nombre d?entre eux peuvent trouver un emploi dans une entreprise ou à l?Apeim. La preuve : deux anciens élèves, Didier et Sachin, aujourd?hui âgés de 19 ans, travaillent au centre de Bonne-Mère.
S?ur et frère autistes
Sur une base rotative, des adolescents de 13 à 18 ans et des enfants de 5 à 12 ans sont placés dans quatre groupes différents : Eveil et les niveaux 1 à 3. Le groupe Eveil comprend ceux qui ont plus de difficultés à comprendre. Par exemple, des enfants de 7 à 12 ans ont le comportement de ceux de deux ans. ?Nous leur apprenons à différencier les couleurs, le triage et le montage tout en jouant?, explique Clairette Bercque, éducatrice.
Clairette est aussi la mère d?une fille atteinte d?autisme moyen, admise au centre. ?Ma fille va avoir 8 ans en mars. Je suis ici depuis 2004 et j?aime bien travailler avec les enfants mentalement inadaptés?, confie-t-elle.
Souriante, Zaynah, 13 ans, semble tout à fait normale. Pourtant, elle est autiste. Comme son frère, Zaydeen, 9 ans. Elle dira qu?elle aime bien jouer, mais répète la plupart du temps tout ce qu?on lui dit.
Dans une autre salle de classe, l?éducatrice Kavita Sibelle, apprend la lecture et l?écriture à Marie-Christine, 9 ans. Mary Jane, sa collègue, elle, enseigne les maths à des enfants de 6 à 10 ans, par les couleurs. ?Leur évolution est très lente?, dit-elle.
Mary Jane a une fille de 13 ans, qui est atteinte d?IMC (Infirmité motrice cérébrale). ?Je connais l?Apeim depuis 12 ans, mais je travaille ici depuis six ans?, précise-t-elle. Une de ses élèves, Wellina, 9 ans, dit qu?elle aime bien dessiner, comme Cassendra, autiste moyenne, âgée de 7 ans.
Linda Bonnefemme apprend aux enfants de sa classe à écrire leur nom. Alors que Mario Prodigson forme sept adolescents de 18 ans à des métiers. Le jardinage, l?entretien et la fabrication de porte-papiers et d?autres objets utiles en bois et des travaux de réparation, entre autres, figurent dans leur plan de travail. ?Plus tard, ils pourront faire partie de l?atelier de production de l?Apeim?, explique l?éducateur.
Arline, 18 ans, est devenue plus autonome après dix ans passés à l?Apeim. Elle aime peindre des chaises et faire du théâtre.
Historique
?L?Apeim ?uvre dans la région de Flacq depuis les années 80. Nous avons démarré une école à Sainte Ursule, Flacq. Par la suite, la sucrerie FUEL a mis à notre disposition le terrain actuel de Bonne-Mère où il y avait déjà un ancien bâtiment?, explique Paul Virassamy, le responsable, en faisant l?historique de l?association dans la région. Il s?est joint à l?Apeim il y a 28 ans.
En 1996, le centre de Bonne-Mère démarre avec seulement sept élèves et deux éducateurs. Trois ans plus tard, le nombre passe à 24 et le vieux bâtiment ne répond plus aux besoins de l?Apeim. ?C?est grâce à la Mauritius Round Table No 1 que nous avons pu avoir un nouveau centre. Au lieu de rénover l?ancien bâtiment, elle a proposé la construction d?un nouveau complexe?, précise-t-il.
L?Apeim soumet ensuite son projet à A nou diboute ensam. Avec une aide financière de l?Union européenne, le nouveau complexe à étage a été construit au coût de Rs 3,8 millions. De son côté, la haute commission britannique a fait don d?équipements et d?outils à l?Apeim. ?Nous n?avons pas eu beaucoup d?aide de l?Etat, sauf du ministère de l?Environnement, pour les travaux d?embellissement et l?aménagement d?un espace en vue de créer un jardin d?enfants?, dit-il.
Vu le grand espace vert tout autour du complexe, Paul Virassamy envisage de lancer un projet d?élevage et de potager cette année. ?Outre l?artisanat, il faut donner une autre occupation aux élèves.?
A l?étage du bâtiment, l?espace sera réservé pour organiser des colonies de vacances pour les élèves des huit centres éducatifs de l?Apeim. Il sera prêt d?ici les vacances scolaires de Pâques. ?Nous attendons l?aide de sponsors pour meubler cette partie du complexe. Les travaux d?intérieur et les autres facilités pour les enfants mentalement inadaptés ont déjà été complétés?, indique-t-il.
L?Apeim peut-elle compter sur la générosité mauricienne ? Paul Virassamy estime qu?en matière de financement des écoles spécialisées, tout doit commencer par l?Etat. ?Nous avons eu à nous battre pour faire reconnaître le droit à l?éducation aux handicapés. Nous avons même organisé une manifestation de rue et fermé notre école?, rappelle-t-il.
Le responsable du centre propose une subvention de l?enfant par l?Etat jusqu?à l?âge de 19 ans au lieu de 14 ans, comme c?est le cas actuellement. ? Avec une pension de seulement Rs 1 900 par mois, il est difficile pour les parents de payer les frais de l?école et de transport. Nous avons une école spécialisée avec huit enfants au maximum par classe. Il nous faut payer les profs?, fait-il remarquer.
Le travail des éducateurs est suivi par Anne Meylan Choo Fon, psychopédagogue, originaire de Suisse. ?Je mets en place le plan éducatif. Je fais un suivi pour guider les éducateurs sur la manière de commencer avec les enfants. Notre but est de rendre les enfants autonomes.?
Les enfants, dit-elle, sont regroupés selon leur niveau après avoir identifié leur force et leurs faiblesses. ?Nous faisons un bilan individuel de l?enfant avant de convoquer les parents pour connaître leurs difficultés à la maison?, ajoute-t-elle.
Anne Meylan a déjà travaillé avec des enfants autistes en Suisse. Elle fait partie de l?Apeim depuis trois ans. ?J?ai toujours aimé travailler avec les enfants,? confie-t-elle. Anne estime qu?il ne faut pas toujours blâmer les parents. Des enfants, dit-elle, peuvent devenir mentalement inadaptés non seulement en raison d?un pro-blème génétique, mais aussi à la suite d?une maladie pendant la grossesse ou une maladie de la petite enfance.
La psychopédagogue dit éprouver une immense satisfaction à faire progresser un enfant mentalement inadapté. C?est comme faire passer le CPE à un élève.
CENTRE APEIM
Comment faire admettre son enfant ?
Les parents désireux de faire admettre leurs enfants au centre de Bonne-Mère, peuvent le faire en s?adressant au responsable, Paul Virassamy, de lundi à vendredi, de 9 heures à 14 h 30. Ils peuvent aussi entreprendre ces démarches auprès du centre de Saint-Paul, les lundis de 9 h 30 à midi. Pour les enfants de 15 ans, qui ne sont pas subventionnés par l?Etat, les frais scolaires s?élèvent à Rs 700, en sus des frais de transport.
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