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Eduardo ou la méthode Cué
C?est sans cesse le grand chambardement chez Eduardo Cué. Le journaliste et conférencier, qui était à Maurice durant la semaine, n?arrête jamais de voyager, d?observer, de témoigner, d?analyser, de parler aux autres. Et ce qui le fait bouger, c?est la vie. Il part à la recherche de l?info, du pays, et peut-être en fait un peu à la recherche de lui-même. C?est sans doute ses origines et son enfance dans un melting pot qui l?ont plongé au c?ur des cultures du monde.
Né au Mexique de parents espagnols, il a grandi à New York. Entre cette ville des États-Unis et Maurice où il a, à l?invitation de l?ambassade américaine, animé des conférences sur le journalisme, il y a des milliers d?interviews qu?il a réalisées et des dizaines d?entretiens et de conférences qu?il a donnés.
Diplômé de la Colombia University où il a étudié le journalisme, il a fait ses premières armes de pigiste et de correspondant pour une radio américaine en Espagne. C?est d?ailleurs là-bas qu?il a passé 17 heures en prison à la suite d?une manifestation qu?il couvrait. Eduardo a ensuite travaillé pour le Washington Star puis le Washington Post, avant d?endosser le rôle de porte-parole du Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés.
Notre homme est un arpenteur de sociétés, un explorateur de la politique internationale, un géomètre de l?écriture : la guerre civile au Nicaragua, les camps des réfugiés au Tchad, l?Argentine, le Mexique, Paris, l?Afrique où il donne des conférences sur le journalisme, il ne s?est jamais arrêté. Aux yeux du sédentaire, Eduardo Cué a un parcours d?une telle ampleur, d?une telle diversité qu?on risquerait de s?y perdre à trop vouloir tout inventorier.
Il faut dire que ce baroudeur de la presse a commencé très tôt. En effet, il tenait le journal de famille pendant les vacances d?été. C?était lui le petit fouineur qui informait la famille des faits et gestes des uns et des autres. « J?écrivais sur les activités de la famille, si ma mère était malade, j?en informais les autres dans mon journal, puis quand l?actualité familiale était limitée, je réécrivais les nouvelles de la presse », confie-t-il.
L?écriture a toujours été le violon d?Ingres d?Eduardo Cué, de même que l?actualité politique et internationale. Il aime poser des questions et se désole que les gens s?intéressent plus aux fras-ques sexuelles de Michael Jackson ou aux aventures extra-conjugales de Bill Clinton alors que le monde est en déclin. « J?écris sur ce qui est sérieux de manière sérieuse, j?aime placer les choses dans leur contexte, faire de l?analyse politique et sociale. D?un autre côté, j?essaie de voir les choses avec plus d?humour », souligne-t-il.
« Le spirituel m?intéresse de plus en plus. C?est une manière de donner un sens à sa vie. »
Pas toujours facile pour lui qui a été témoin de la pauvreté, de l?injustice, de la corruption. Mais attention, le journaliste chevronné peut vous en mettre plein la vue aussi. Son passe-temps est, tenez-vous bien, le théâtre. Derrière son air sérieux, notre homme respire la scène par tous ses pores. Il a joué dans plusieurs pièces, a endossé la robe du prêtre, la toque du restaurateur, autant de personnages qui lui permettent de sortir de lui-même « d?être autre chose, de vivre d?autres expériences », explique-t-il. Etre comédien est plus qu?un hobby pour Eduardo, et il espère pouvoir plus tard trouver du temps pour aller plus loin dans la comédie.
Et s?il devait tout recommencer, il ne changerait rien, sauf peut-être qu?il aurait troqué sa cravate de jeune homme sérieux pour des jeans. Il aurait été plus rebelle aussi, et aurait participé aux grands mouvements de contestation. Il aurait peut-être même traversé l?Austra-lie en sac à dos avec une petite amie.
« Je me suis rattrapé, je ne suis plus aussi conservateur aujourd?hui, j?ai fait les choses dans l?ordre inverse en quelque sorte », se rassure-t-il. Quant à l?avenir, il ne le voit pas du tout pépère : les voyages sont encore au programme avec un projet spécial : celui de traverser le désert du Sahara en caravane tirée par des chameaux. « Il faut que je me renseigne déjà, c?est quelque chose que je dois faire » confie-t-il. Ce qu?il recherche, c?est le risque, fouler des terres dangereuses, isolées aussi, car la société occidentale et matérialiste ne l?attire plus.
Et pour se ressourcer, il s?abreuve de livres qui parlent de voyages et lit les biographies des grands hommes. A New Earth, l?ouvrage qu?il parcourt en ce moment est un livre spirituel qui traite de l?ego. « Le spirituel m?intéresse de plus en plus. C?est un moyen de donner un sens à sa vie. Je suis attiré par les peuples indigènes, leur manière de voir les choses. Je voudrais d?une vie plus mystique, être plus près de la nature », affirme-t-il.
N?allez pas voir là un désir de faire une halte, ce mot-là n?existe pas dans son vocabulaire. Il voit de l?aventure partout. « J?ai encore du temps », rappelle-t-il plusieurs fois. Oups, il a déjà filé, aux Seychelles, il semble. Allez, rendez-vous en mai prochain en Colombie, monsieur Cué, pour les élections générales.
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