Publicité

Edouard Maunick,poète en noces d?or

23 septembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

De la mort, il fait un paillasson. Pour essuyer les crasses de la vie. Se débarrasser des expressions superflues et «débusquer des mots neufs». Pour ses 50 ans de poésie, Edouard Maunick choisit de faire un pied de nez à l?anéantissement final. Un jubilé sous forme de 50 quatrains pour narguer la mort.

Le recueil, publié sous la double dénomination Seghers et Bartholdi, a été lancé hier à l?Alliance française. Cadeau du poète à la maison d?édition Bartholdi, dont il est le parrain, ce recueil ouvre le livre du «compromis entre Eden et souventes blessures». Vertige de l?enfance et de ses jeux. De son imagination débordante, verdoyante, débridée et aux yeux écarquillés, le poète retient l?essence des sens, la fragilité des instants présents, trop vite devenus passés.

Piochant allègrement dans «le verbe-végétal», le poète laisse s?épanouir son goût pour les fleurs. Avouant tout haut être «inféodé à chaque liane du banian du lafouche mascareigne», c?est avec délectation qu?il lie, noue et délie pour nous cette langue qui est la sienne. Riche, imagée, vraie. Colorée comme un pétard qui éclate sous nos yeux et dans nos oreilles. «Le bleu jacaranda?. le rouge hibiscus sont couleurs soleil-sang.»

Fort de son demi-siècle d?expérience à explorer tous les pays, le poète ose effacer les frontières entre le réel et l?immatériel. Recréer des contrées sans flou. Des plaines qui cicatrisent nos fatigues du déjà-lu, du déjà-entendu, du déjà-vendu.

Relevé de la maladie, plus fort que les plaies et les bosses du déclin physique, c?est sans fausse pudeur que le poète parle de son âge. 74 ans dont 50 à faire «danser le vocabulaire» dans les colonnes de l?express et pour le bon plaisir de l?Académie française.

Edouard Maunick est aussi un décoré. Distinctions somptueuses qui «donne le sentiment d?avoir choisi la bonne voie». Celle tracée en cherchant Ki kote la mer, en lançant des défis inratables aux lecteurs. Fusillez-moi, disait-il déjà en 1970.

Alors que nous, après avoir volé allègrement des quatrains d?«apparence de lumière en réalités d?ombre» pour mieux «surseoir à sable et cendre», sommes animés de l?envie de recommencer. Par le début, le milieu et la fin.

Edouard Maunick narguant la mort, c?est une folle sarabande d?un désespoir joyeux. Et «si jamais la mort vient, comme un voleur dans la nuit, quelle guerre à vie dois-je alors livrer pour La convaincre que c?en n?est pas le moment ?»

Publicité