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Ecole complémentaire, l?éducation autrement

30 août 2006, 20:00

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Une école qui prend le temps d?enseigner aux jeunes. Loin des contraintes que pose l?enseignement traditionnel où la réussite obsède, ceux-ci deviennent plus réceptifs aux discours des professeurs. Les écoles complémentaires se veulent un concept qui permet de récupérer ceux qui souffrent des carences du système éducatif. A priori ces structures d?éducation parallèle n?ont pas lieu d?être. Mais le projet a fait ses preuves. Tour d?horizon.

Fonctionnant sous la tutelle de l?École pour la solidarité et la justice (ESJ), ces écoles complémentaires sont aujourd?hui au nombre de cinq avec le lancement très prochainement d?un deuxième Centre of Learning à Curepipe après celui de Cité Barkly. Le centre propose, entre autres, des cours d?alphabétisation destinés aux adultes, des préparations aux examens du Certificate of Primary Education et de General Certificate of Education, O Level et des cours en informatique. Les cinq autres écoles sont à Barkly (La Confiance), Cité Kennedy (St-Esprit), Cité la Cure (SSS North), Cité Richelieu (SSS La Tour Koenig) et à Cité Mangalkhan (SSS Floréal).

Mais comment ces écoles opèrent-t-elles ? De 2000 à ce jour, le principe est resté le même : cibler des zones géographiquement marquées par l?échec scolaire. Les enfants du primaire et du secondaire trouvent dans les écoles complémentaires un espace où ils peuvent vivre l?enseignement différemment. ?C?est de l?accompagnement scolaire. On n?applique pas les programmes de l?école. On prend l?enfant au stade de développement auquel il est parvenu?, explique Brigitte Thomas, l?une des responsables de l?École pour la solidarité et la justice.

?Il faudrait à terme que ce soit les gens des quartiers qui prennent en charge les écoles?, souhaite Brigitte Thomas. En attendant, la structure mise en place permet de quadriller des quartiers où un nombre important d?enfants souffre d?échec scolaire. Un travail soutenu est fait avec les parents alors que la région est divisée en plusieurs parties. A Cité Barkly, par exemple, il y a une soixantaine de rues et chaque rue est sous la responsabilité d?un parent-éclaireur. Toutes les deux semaines se tient une réunion de coordination.

L?obsession du diplôme

Au début, l?aventure bénéficiait d?un encadrement relativement aléatoire. Le problème des ressources, humaines et financières, reste entier. Il faut trouver des volontaires et même s?il existe un certain engouement à ce niveau, l?impératif de compétences éprouvées n?est pas toujours rempli. Les classes se font avec une dizaine d?élèves avec une moyenne de 500 élèves par école pour quelque 150 volontaires.

Les jeunes suivent les cours de l?école complémentaire après les heures de classe normale grâce au soutien des volontaires qui ont reçu une formation au préalable. L?objectif n?est pas de leur inculquer l?obsession du diplôme mais de leur proposer une autre image de l?école et de l?enseignement.

A un moment où le ministre de l?Education cite en exemple des jeunes qui ont réussi selon le mainstream des écoles cinq-étoiles, des structures comme celles des écoles complémentaires mettent en exergue les carences d?un système qui a un contenant mais pas de contenu. Soit un projet éducatif sans projet pédagogique.

Certes, l?école complémentaire a ses lacunes. Ses volontaires ne pourront pas être tous à la hauteur et cela tout le temps. Mais le principe de l?accompagnement scolaire offre un espace d?épanouissement à l?enfant dont il ne dispose pas dans un système hautement coercitif et orienté uniquement vers l?obtention d?une place dans des star schools. C?est de la maladie de l?école mauricienne que naissent des possibilités de solution, comme les écoles complémentaires. Combien de structures parallèles faudra-t-il encore pour ces écoles et collèges d?élite qu?on veut institutionnaliser ?

TÉMOIGNAGE

Au coeur de l?accompagnement scolaire

■ La scène : une salle de classe dans le collège La Confiance, à Beau-Bassin. En ce début du troisième trimestre, ils sont moins nombreux que d?habitude à suivre une classe de ?Form 1? animée par Jean-Luc. Le ?professeur? n?a que 17 ans. Il est en ?Lower VI? dans le même établissement. En face de lui, deux jeunes de 12 à 13 ans. Ils habitent Cité Barkly et fréquentent des collèges de la région. Jean-Luc débute les cours. ?Kot nou ti arive la semaine dernier ?? Une jeune fille commence la lecture d?un texte. Jean-Luc l?interrompt et lui pose quelques questions. L?élève explique ce qu?elle a compris du texte. La classe se poursuit. Jean-Luc prend son temps pour faire comprendre les notions que les élèves ne connaissent pas. ?On apprend à devenir patient, à écouter les jeunes et à ne pas les juger?, assure Jean-Luc. Autre scène, même type d?école. Danitza anime la classe. A 18 ans et en ?Upper VI? au collège Lorette de Rose-Hill, elle a déjà l?allure de l?enseignante avec des lunettes qu?elle porte comme un adulte studieux. Ici aussi l?enseignement est personnalisé. La jeune fille a été sensibilisée au plaidoyer des animateurs des écoles complémentaires en début d?année. ?On recrutait des volontaires et j?ai immédiatement proposé mes services?, raconte-t-elle. Manifestement, les élèves apprécient ce contact personnalisé avec les ?professeurs?. ?Ici, c?est plus clair. On vient ici pour apprendre plus que ce qu?on apprend à l?école et pour réussir?, explique l?un d?eux. ?Quand je pose des questions, on me répond. Si je ne comprends pas, on m?explique à nouveau. Depuis que je suis ici, je me sens bien meilleure qu?au début de l?année?, enchaîne une jeune fille inscrite en ?Form I?. La conclusion :?A l?école, le professeur n?enseigne pas comme on le fait ici?, explique un autre jeune homme.

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