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E. Juste invite à la relecture de Froberville
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E. Juste invite à la relecture de Froberville
Emmanuel Juste trop poète pour être historien ? Trop modeste pour se prendre au sérieux ? Pour tirer parti davantage de son potentiel exceptionnel de conteur et de griot ? Au lecteur et à ceux qui ont connu ce Mauricien exceptionnel de choisir la réponse qui convient à ces interrogations. Mieux encore, de nous offrir des éclaircissements plus appropriés.
Il semblait partir, en décembre 1981, pour de grandes descriptions touristico-historiques de son île natale mais laisse son lecteur sur sa faim. Il traverse Pointe-aux-Sables pour seulement décrire, en des termes prophétiques et “saintexupéryen”, la nécessité de retrouver nos yeux d’enfant émerveillé si nous voulons apprécier, à sa juste valeur, le beau monde dans lequel nous vivons. Il sait faire fi des mille et une beautés de nos anecdotes historiques.
Il confesse qu’un ami lui en fait le reproche : “Tu ne dis pas tout sur la Pointe-aux-Sables. Tu demeures superficiel. Tu te laisses prendre au piège de la facilité. Tu ne potasses pas assez l’histoire de ton pays”.
Qui est cet ami si exigeant ? Est-ce l’auteur de l’histoire du Réduit, de multiples biographies, le chantre de la Triple Espérance et de sa fille préférée : la Corporation municipale du Port Louis ? Est-ce celui de cet inégalable guide littéraire qu’est l’Histoire de la Littérature Mauricienne, un de nos docteurs sorbonnards ? Sont-ce les Benoît : Norbert, Gaëtan ou Marie, l’épouse maltaise de celui-ci ? Est-ce Gaëtan Raynal, historien infiniment précieux, trop tôt disparu et ô combien regretté ?
Emmanuel se défend avec son humilité poétique coutumière : “Je n’ai pas la bosse de l’histoire. Je ne suis pas assez docte pour me mêler d’Histoire. Je n’ai pas non plus la vocation d’Historien. Je ne suis qu’une abeille butinant au passage la première fleur venue, même si son nectar fleure bien l’Histoire de mon pays. Je suis un rêve. Un nuage qui passe. Je ne sais pas dresser le procès-verbal du temps qui passe et qui ne revient jamais sur ses pas. Je ne sais pas retenir les us et coutumes des vieux murs. Je ne sais ni lire ni écrire le temps. Je ne tiens pas mémoire des bruits d’hier. J’enregistre mal ceux d’aujourd’hui. Je ne sais pas dire le prétexte des êtres et des choses, l’éphémère d’un itinéraire au fil des temps”. Comment ne pas lui donner le Bon Dieu, sans confession ? Et pan ! pour les conne tout prétendant pouvoir enfermer toute notre histoire en une demi-douzaine d’exposés publics.
Il connaît cependant quelques bribes d’histoire et les confie volontiers à ses lecteurs. Le commandant Roussel habite Bain des Dames, assure-t-il. Le cimetière breton abrite aussi la tombe d’un chien. Il y avait un chantier de marine aux Sables Noirs. Le charpentier lui raconte un jour “son métier réconciliant le grand large et le plancher aux vaches”. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était... Il était une fois un jacquier... “Le bateau, qui m’est conté, est parti pour une destination inconnue pour des épousailles avec la mer ”.
Précieux entre tous, Emmanuel Juste nous apprend que l’un de nos plus grands poètes, Jean René Noyau, l’auteur de Tention caïma, le grand oublié du récent Festival international du Créole, a longtemps vécu à Grande-Rivière, et plus exactement sur le chemin qui monte vers Pailles. “Le petit village garde encore mémoire de la maison du poète.” Optimiste, notre Emmanuel Juste.
Il se souvient d’un verger. Pendant les années de guerre et de rationnement, “on venait y ramasser une tente de mangues carottes pour cinq sous”. Cinq sous d’avant les dévaluations et de la dépréciation chronique et galopante de notre pauvre roupie, bien sûr. Guy Rouillard et Joseph Guého semblent ne pas connaître la mangue carotte d’Emmanuel le butineur. Elle ne manquera pas d’exciter leur curiosité botanique.
Butineur mais aussi philosophe : “Rester vivant est une gageure. Le passé a trop de morts, trop de départs. Un historien du dimanche avec des velléités de poète ne peut rien contre cela”. Comme c’est justement dit !
Emmanuel, butant sur des vestiges du temps, sur le reliquat de constructions françaises (restes de maisons ? d’entrepôt ? de moulin à blé ? se demande-il), nous encourage à rouvrir l’étude de Léon Huet de Froberville, “La Grande Rivière de Port Louis, souvenirs et paysages”. Cette relecture se révèle d’une telle richesse qu’il est impossible de ne pas partager, même l’essentiel, avec le lecteur, même si cet exercice nous éloigne de l’objectif principal de nos réminiscences 1981. Le besoin de coller à l’actualité d’il y a un quart de siècle n’interdit pas de rappeler certains vérités historiques, que trop de gardiens “officiels”, car payés de nos fonds publics, veulent garder sous le boisseau dans l’espoir de les éliminer à jamais, de les rayer de nos mémoires éteintes, grâce, en grande partie, à l’épaisse indifférence générale, méprisant grossièrement les vestiges les plus remarquables de notre XVIIIe siècle, vestiges que tant de pays et non des moindres nous envient. Pauvres politiciens au pouvoir, complices malgré eux de ce vandalisme institutionnel. Cela ne les empêche pas, bien sur, de parader devant les caméras de notre MBC/TV et de débiter mensonges sur tromperies et autres faussetés. Réminiscences 1981 ou pas, nous devons butiner plus en profondeur le nectar contenu dans La Grande Rivière de Léon Huet de Froberville. Merci en tout cas Emmanuel Juste de nous avoir incités à rouvrir ce trésor.
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