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Dérive d?un mois jusqu?à Madagascar

15 mai 2007, 00:00

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Notre actualité s?endeuille parfois et malheureusement de drames de la mer et autres noyades ou disparitions. Ainsi nous n?oublierons pas de sitôt la quinzaine de disparus des deux bateaux de pêche, King Fish II et V, emportés, nous le savons, dans la tourmente du cyclone Gamède de février dernier. A ceux-là s?ajoutent les disparus des houles australes géantes, à Maurice, comme à Rodrigues mais aussi à la Réunion voisine, sans oublier ceux des côtes sud malgaches, au sujet desquelles on ignore encore tout ou presque. C?est dire que nous payons parfois un lourd tribut humain à la mer nourricière. L?heure est donc au partage véritable et solidaire avec ceux et celles, atteints dans leur chair, par nos plus récents drames de la mer. C?est donc le moment d?ouvrir, encore plus grand que d?habitude, notre c?ur à toute demande d?aide d?où qu?elle vienne et d?espérer, de toutes nos forces, que nos institutions, nos ONGs, s?organisent au plus vite pour parer au plus pressé, en matière de soulagement de misères humaines inattendues car imprévisibles. Cela nous empêche-t-il pour autant de nous souvenir de la bonne fortune survenue, en mai 1982, à une dizaine de nos pêcheurs, retrouvés sains et saufs à Madagascar, après un mois de dérive au milieu de l?océan Indien ?

C?est à la mi-mai que ces heureux rescapés retrouvent les leurs après près d?un mois et demi d?angoisses et d?appréhensions. Ils ont pris place à bord du Ville du Tamatave, venant de Toamasina et sont attendus impatiemment à Maurice. Ils font partie de l?équipage du remorqueur Albion, ayant quitté Port Louis au début d?avril 1982, sans le feu vert d?ailleurs des autorités portuaires. Une confusion prévaut aussi concernant l?objectif de cette sortie en mer et de la direction prise. Certains disent que ce remorqueur devait se rendre à Saint-Brandon. D?autres parlent de départ pour une campagne de pêche sur nos bancs de Soudan. On était sans nouvelles du Albion jusqu?à ce qu?on apprenne que son équipage avait été pris en charge au début de mai 1982 par le navire malgache Ville de Manakara. On apprend du même coup que le remorqueur dérivait, depuis plus d?un mois, suite à une panne de moteur et que le Ville de Manakara avait accepté de remorquer l?Albion jusqu?à un port malgache.

Comme pour les King Fish II et V, la confusion règne au sujet du nombre de marins pêcheurs à bord du Albion. L?express parle à ce sujet de sept à dix membres sans plus de précision. En quittant Port Louis, ils se munissent de provisions pour trois semaines. Ils sont cependant beaucoup plus démunis en matière de communications. Ce n?est qu?au moment de leur repêchage par le Ville de Manakara que nos autorités portuaires reçoivent enfin de leurs nouvelles. On croit savoir qu?un des rescapés de cette dérive venait de faire l?acquisition du remorqueur Albion. Il travaillait auparavant à bord de différents bateaux de pêche.

Il y a un quart de siècle, comme de nos jours, il n?y a pas que nos pêcheurs à être en dérive, sinon en perdition. Notre industrie de la pêche ne se porte pas mieux en 2007 qu?en 1982, ou l?inverse. Nous avons pris connaissance du cri d?alarme, lancé dans la presse d?hier par Alain Lenoir de Marlin Export Ltd : ?Exporter les produits de la mer vers l?Union européenne est très compliqué?. Notre gouvernement prétend s?enticher de Seafood hub. Cela peut être un slogan aussi creux que d?autres célèbres pour leur stérilité. Voilà ce que c?est que d?avoir un gouvernement anti-secteur privé qui n?apprécie que les investisseurs étrangers, sans doute plus accommodants. Des ministres se déclarent anti-capitalistes mais ne crachent pas sur les plus belles bagnoles au monde, Aston Martin de préférence. Pendant ce temps, des pays concourrents, ayant connu les affres de la guerre comme le Viêt-Nam, se hissent rapidement au premier rang des pays fournisseurs de l?Europe en produits de pêche et de la mer de toutes sortes, exportés dans le respect des normes européennes les plus rigides. C?est que là-bas, tout le monde travaille la main dans la main, pour ravir au plus vite les meilleures places. Ils laissent à d?autres pays le plaisir malsain de placer des bâtons administratifs dans les roues de la production industrielle. Puissent les leçons de 1982 éclairer certains de nos décisionnaires.

En mai 1982, la Mauritius Development Fishing Ltd menace de licencier 600 employés. Il se permet de lancer un ultimatum à Seewoosagur Ramgoolam, le sommant de prendre des mesures administratives pour empêcher préférentiellement le dumping de poissons et d?autres produits de la mer d?exportateurs coréens. Cette entreprise n?hésite pas à mettre en cause le ministère de la Pêche d?Iswardeo Seetaram. Jacques Li Wan Po et Micky Davidsen accusent déjà le gouvernement travailliste d?agir contre les intérêts du pays en distribuant généreusement des permis d?exploitation de nos bancs de pêche. C?est la porte ouverte au pillage et à la pollution. On se croirait en 2007.

A signaler aussi et toujours au début de mai 1982, une intéressante interview de Me Anil Gayan, spécialiste des droits de la Pêche : ?L?exploitation de nos ressources en poissons peut avoir l?effet de boule de neige?.

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