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Déficit d?imagination

23 octobre 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une interprétation linéaire de l?évolution socio-historique pourrait nous amener à penser que le pire est derrière nous. Le cliché de l?ancienne colonie qui s?est émancipée de la tare du tiers-mondisme autorise même un sentiment d?autosatisfaction. Toutefois, une autre lecture, plus diachronique, fait, elle, place à beaucoup d?appréhensions. Loin des pyromanes et alarmistes qui ne voient que des soulèvements populaires à chaque épiphénomène, il est plus approprié de penser que Maurice, depuis plus d?une dizaine d?années, est en train de tâtonner, de se calfeutrer sur elle-même.

On ne peut plus en effet faire abstraction de cette impression que le pays a cessé d?avancer et qu?il a plus tendance à reculer. Vague sensation d?un mouvement en demi-mesure et d?un immobilisme à temps plein. La faute n?en revient pas aux seuls dirigeants politiques. Ni à un contexte international qui, quoique déterminant et contraignant, n?en laisse pas moins une marge de man?uvre à celles et ceux qui ont le sens de la vision et de l?initiative.

La société mauricienne n?est, à cet effet, pas loin d?épuiser le mythe d?un sens de débrouillardise qui a fait sa réputation. Pendant des années, nous nous sommes contentés de profiter d?une dynamique qui a permis de lancer et d?exploiter ce qui constitue désormais les piliers de l?économie mauricienne.

À présent, ces piliers vacillent. Et le pays titube. La population, elle, s?angoisse. Non parce que les fondamentaux de l?économie passent par une période de remise en question mais parce que son quotidien est devenu une contrainte permanente. Dans une telle situation, décideurs et citoyens ont une certaine tendance à verser dans la gestion de l?immédiateté sans véritablement investir dans l?avenir. Certes, des initiatives sont prises. Mais il demeure que Maurice a toujours fonctionné selon la logique des modèles importés.

On n?a rien inventé avec le textile, le tourisme, le sucre? On a appliqué des recettes qui ont fait leurs preuves. Aujourd?hui, les donnes ont radicalement changé. Aucun pays au monde ne survit en exploitant simplement des modèles existants. C?est en cela que des projets comme la cybercité ou le sea-food hub prennent du temps à se développer. Parce qu?on a cru, comme pour le tourisme ou le textile, qu?il suffisait d?emprunter aux nouvelles collections de la grande mode économique pour réussir, on s?est vite retrouvé devant des apories. Il s?avère que le mécanisme de reproduction ne fonctionne plus.

D?où, malgré tout ce qui est dit, la difficulté à faire décoller les projets liés aux Tic. Aujourd?hui, on navigue dans un océan fait d?impondérables. On a enregistré une normalisation économique, politique et idéologique qui marque la fin de tout un cycle. À Maurice, on a profité de la société agricole. On a su tirer un certain capital de l?industrialisation. On est même entré dans la modernité avec une certaine avance par rapport aux pays de la région. Cependant, comme tant d?autres, on est en plein décalage face à la post-modernité. L?amateurisme, le suivisme et notre fameuse faculté d?adaptation ne suffisent plus. Depuis une bonne dizaine d?années, nous donnons l?impression d?être approximatifs.

L?antidote à ce tropisme qui porte vers l?incertitude, c?est une vision et une anticipation sur l?histoire. Or, aujourd?hui, ni la grande théorie de l?opposition sur la démocratisation de l?économie, ni le réalisme économique du pouvoir n?inscrivent le pays dans une nouvelle dynamique de développement. Bon élève pour le gouvernement ou élève rebelle pour l?opposition, cette île Maurice affiche un net déficit d?imagination et d?ambition.

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