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Décloisonner le Kathak

9 juillet 2005, 00:00

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On ne se lasse pas de regarder Anna Patten tant son beau visage est expressif et gracieux sont ses mouvements de tête et de mains. Des manières découlant directement de l?art qui l?a révélée.

L?amour pour la culture indienne est un trait de famille des Patten. Feu Da, le père d?Anna, fondateur du collège Patten, apprécie non seulement la littérature mais aussi la musique et le chant indiens. Chaque célébration familiale se termine invariablement par un tour de chant. Anna qui est la troisième des cinq enfants Patten, baigne dans cette ambiance pédagogique et artistique.

Lorsqu?elle commence à marcher, elle ne peut entendre une musique sans sentir des fourmis dans ses jambes. Elle doit alors danser. C?est plus fort qu?elle. De sorte que durant les fêtes de famille, elle prend de plus en plus souvent le relais de son père, imitant les danseuses indiennes vues dans les films télévisés. «Je faisais n?importe quel mouvement, je tournoyais. C?était pour m?amuser, pour m?exprimer. En fait, j?attendais les réunions familiales avec impatience pour pouvoir danser devant mon public.»

Anna est fascinée par l?actrice Hema Malini qui est, à la base, une danseuse de bharat natyam, une danse du Sud de l?Inde.

Elle passe des heures à la télévision à regarder son idole et à tenter de l?imiter, tant en termes de chorégraphie que de maquillage. Da Patten qui perçoit chez sa fille des germes de talent, l?encourage en lui faisant prendre, en parallèle à ses études, des cours de bharat natyam mais aussi de kathak, danse traditionnelle du Nord de l?Inde.

Le kathak puise ses origines de la tradition orale dans les temples et a été introduit dans les cours royales par les Mongols après leurs vagues d?invasions successives en Inde.

Si à l?époque, Anna est folle du bharat natyam, elle trouve le kathak «léger». à la fin de sa scolarité, il ne fait pas de doute dans sa tête qu?elle ira étudier le bharat natyam en Inde. Inscrite à cet effet au Bharatiya Kala Kendra de Delhi, Anna est conquise par le kathak après avoir vu un tarana, un des styles de cette danse, exécutée par une amie lors d?un spectacle. C?est là qu?elle découvre la valeur du kathak. «Le kathak est une danse noble au rythme très rapide. Les pieds y jouent le rôle de percussions. Bien que cette danse ait une base technique, elle n?est pas méthodique comme le bharat natyam mais libre et laisse la place à l?improvisation.»

Anna change aussitôt son fusil d?épaule et se fait inscrire au cours de kathak. Ses gourous, feu Durgalall et Birju Maharaj lui enseignent les deux branches de la danse : le Lucknow qui est plus posé, sensuel et gracieux et le Jaipur qui est plus rythmé, voire saccadé. Et comme Anna aime bouger, s?exprimer et être enjouée, ses préférences vont bien évidemment vers le Jaipur. à l?issue de ses études de cinq ans, elle regagne le pays et décide d?enseigner le kathak, tout en multipliant les représentations.

Vivre quasiment pour la danse

Anna est une puriste. En sus de respecter scrupuleusement la technique, elle fait réaliser ses costumes de danse sur mesure et ceux-ci sont toujours extrêmement colorés, soigne son maquillage et son entrée en scène, qui, dit-elle, compte pour 50 % du spectacle. Mais son atout de taille qu?elle renforce, c?est le battement de ses pieds qui résonnent comme des percussions. Son qui est accentué par le port des fameuses clochettes connues comme ghungroo. «Quand je danse le kathak, j?oublie où je suis et jusqu?à mon nom. La technique de base demeure mais l?improvisation devient un automatisme. Je suis transportée et j?essaie de communiquer la joie.» à l?époque, elle se produit beaucoup à la Réunion et en Afrique du Sud. Mais comme toute vraie artiste, au bout d?un moment, Anna réalise qu?elle doit innover pour ne pas stagner. De soliste qu?elle était, elle décide alors de danser en duo. Son partenaire tout trouvé est un de ses élèves, Sanedhip Bhimjee, qui capte tout ce qu?elle lui enseigne en deux temps, trois mouvements. Une complicité qui va au-delà des mots s?installe entre eux.

Techniquement, ils se complètent. Anna conserve son style alors que Sanedhip y introduit des éléments d?autres danses contemporaines, y compris des déhanchés de séga. Et la fusion est totalement réussie. Leur objectif commun est de rendre le kathak accessible à toutes les cultures. «C?est cela l?universalité de la danse», précise Anna. Leurs prestations à deux font mouche et ils décident de former un centre de formation qu?ils nomment Art Academy.

Cela fait maintenant sept ans que leur institut quatrebornais tourne. Ils y donnent des cours hebdomadaires. En semaine, ils répètent leurs chorégraphies. Toujours dans le souci de ne pas rester figés sur leurs acquis, ils ont constitué une troupe, le Ballet Indigocéan, qui comprend 25 de leurs meilleurs élèves.

Anna ne compte plus le nombre de spectacles montés par Sanedhip et elle. Ils se sont produits à l?étranger, notamment en Inde et ont été plébiscités. Les critiques indiens vont même jusqu?à dire qu?ils ont dépoussiéré le kathak et l?ont réinventé. Outre ces tournées enrichissantes en termes de rencontres, les meilleurs souvenirs d?Anna sont leur prestation en duo sur l?opéra «Carmina Burana» de Carl Orff avec 150 choristes sur scène à la Réunion, qui sont accompagnés par l?orchestre philharmonique de Paris. Ou encore «Nayika», ballet conçu par elle et son alter ego en 2003 et qui met en scène les multiples facettes de la femme.

Anna, qui ne vit quasiment que pour la danse, aurait bien voulu présenter deux ballets par an. Ce ne sont pas les idées de chorégraphies qui lui font défaut mais une salle de spectacles digne de ce nom qu?elle a trouvée désormais au Swami Vivekananda Centre de Pailles. D?ailleurs, c?est là qu?elle, Sanedhip et leur troupe présenteront en octobre prochain une adaptation d?un ballet en kréol de Dev Virahsawmy, intitulé «Shakti Yug», qui signifie la force de la femme. «à mes yeux, c?est un peu la deuxième partie de Nayika.» Anna préfère ne pas s?étendre sur le sujet et réserver la surprise aux amoureux de la danse.

Ajouté à cela, elle et son complice ont d?autres projets sur l?étranger, notamment au Danemark. «Je veux populariser notre kathak pour transmettre le bonheur que j?éprouve en le dansant au plus grand nombre.» Même si le bonheur est une notion éphémère, la voir se produire sur scène est toujours un moment de pur plaisir?

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