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Du multiculturalisme au transculturel
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Du multiculturalisme au transculturel
Le multiculturalisme, (Multicultural Voices), était le thème de la deuxième conférence internationale organisée par la Mauritian writers Association, d?expression anglaise, du 29 septembre au 1er Octobre 2003. Il fut, entre autres, question du rôle essentiel de la traduction d??uvres littéraires dans l?expression quintessentielle et la diffusion essentielle de toute la palette polyphonique d?un multiculturalisme pluriel et polychrome. Autant d?identités richissimes à exprimer, à transmettre, et à élargir. Une des clés qui permettraient d?aboutir à ces résultats serait la traduction; elle-même inscrite dans la notion de ?culture?, selon Danielle Tranquille qui reprenait les propos de Edward Said dans son monumental ouvrage, L?orientalisme.
Avant d?aborder la communication fort pertinente de Danielle Tranquille, chercheuse mauricienne, From multi to transculturalism. A question of translation, une piste qu?elle interroge sans relâche, ? et qui va au-delà d?une simple traduction d?une langue à une autre ? rappelons l?édition du 1er Septembre 2003, de l?express Culture. Qui rendait compte d?une conférence du professeur de Hindi à l?Institut national des langues et civilisations orientales à Paris, Annie Mantaut, sur le thème Les Difficultés et les joies de la traduction, tenue au MGI le 22 août dernier.
Elle mettait l?emphase sur l?importance de bien connaître l?auteur, son ?uvre, son environnement littéraire, les tendances dominantes de son époque, ses orientations subjectives. Bref, elle demandait que toute traduction s?adresse au-delà du texte au contexte. Ce qui impliquait en outre une recherche de toute intertextualité éventuelle. La traduction devenait alors le besoin et la nécessité de s?enquérir de l?autre afin de mieux acquérir sa langue et sa culture..
Dans sa communication, Danielle Tranquille rappelle la complexité terminologique héritée des théoriciens modernes, comprenant des termes tels le postmodernisme, le postcolonialisme, la déconstruction, le multiculturalisme. Dont l?ambiguïté même provoquerait l?urgence d?un questionnement, d?une exploration de ces mêmes terminologies. Reprenant ce qui constituait le débat central au cours de la conférence, notamment la question du multiculturalisme, elle fit ressortir que le mot culture se présente comme un des mots les plus complexes de la langue. Citant Terry Eagleton dans son ouvrage , The idea of Culture, elle rappelle dans les mots de Eagleton que la culture comporte dans son développement sémantique le parcours de l?humanité qui va du développement de l?agriculture à l?étude de l?atome en passant par Picasso.
Puisque le terme ?culture? semble poser problème, l?intervenante s?est alors demandé comment l?on pouvait envisager le multiculturalisme de par le fait que ce serait alors signe d?une multiplication, d?une multiplicité encore plus difficile à définir. Poursuivant sa réflexion, la chercheuse s?appuie sur le concept de James Clifford développé dans Routes: Travel and Translations in the Late Twentieth Century. Elle fait remarquer que les histoires récentes des guerres postcoloniales, du capitalisme mondial, des exils, des ?supranationalisms and counternationalism, global commoditization of media production?, indiquent que l?on vit une époque de ?travelling cultures?, de mouvement métaphorique, de déplacement, qui écarte toute notion de pureté, d?essentialisme, d?homogénéité. Ce qui l?amène à dire que la logique du multuculturalisme peut être ?reserved into? celle du transculturalisme. Et que, par là même, la notion de traduction est automatiquement inscrite dans celle de culture.
Comment alors définir la traduction si elle est pour dépeindre le déplacement du multiculturalisme au transculturalisme ? La définition du dictionnaire (OED), poursuit l?universitaire, rappelle son étymologie latine, translatio, qui signifie mouvement. Voilà qui la ramène à la notion de culture comme zone de contact, comme un processus dynamique où tous les éléments se rencontrent, exercent une action réciproque les uns sur les autres, jusqu?à subir des changements éventuels. Avec une précision clinique, la chercheuse fait ressortir que la traduction ?stands outside of cultural and linguistic boundaries?, alors que le texte traduit le voyage entre la culture source et celle visée. Il appartient aux deux cultures, tout en les transcendant.
Danielle Tranquille est d?opinion qu?un retour à l?histoire, et plus spécifiquement à celle de la traduction, démontrerait l?apport de celle-ci tant à l?entendement qu?à l?élargissement du transculturalisme. L?on ne peut, selon elle, que se référer à l?enrichissement de la littérature latine par l?appropriation des textes grecs. Où encore à la Renaissance en Europe, période de réinvention, de la réécriture des mythes de l?antiquité empruntées des sources grecques, latines et arabes.
L?Italie, rappelle-t-elle, qui est le berceau de l?esprit de la Renaissance, est à la jonction géographique entre l?Est et l?Ouest. Ses ports étaient ouverts aux commerces comme à la libre circulation de traditions culturelles diverses. De même, argue-t-elle, le ?classicisme? en France progressa des traductions de textes latins et grecs. Racine, Corneille, La Fontaine, parmi d?autres, n?ont pas cessé de rappeler l?apport de leurs prédécesseurs grecs et latins à leur ?uvre. Tout comme ?les fables de La Fontaine sont des traductions de traductions autant de fables d?Aesop, que des traditions indiennes ou sanscrites du ?Pancatantra? en passant par les traductions arabes.?
L?intervenante soutient, alors, que l?histoire de la traduction aide à déconstruire les notions d?hégémonie culturelle. La culture française, qui était considérée comme la ?culture par excellence? de l?Europe du XVIIIe. siècle, porte les traces de transculturalisme. ?One can even argue for that matter that notions of European cultural hegemony or more specifically Eurocentrism can be questioned. The centre, Europe, did borrow from the periphery,? conclut Danielle Tranquille.
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