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Droits piétinés

8 septembre 2008, 00:00

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«Ena couyonade la dans.» C?est ce que le président sortant de la République aurait pu dire s?il était mis au courant de la récente décision de «Mauritius Telecom» (MT) de démettre deux de ses employés qui sont également dirigeants syndicaux. La sentence à leur encontre a été exécutée de manière brutale. C?est une affaire qui dépasse tout entendement. Elle appelle des éclaircissements.

Les licenciements de Raj Rughoonath, président de la «Mauritius Telecom Employees Union» (MTEU) et d?Indiren Carpanen, président de la «Telecom Workers Union» (TWU) constituent un exercice arbitraire de l?autorité d?un employeur. Ils mettent en péril la liberté syndicale et visent à museler les syndicalistes trop bruyants au goût de l?employeur.

Les sanctions extrêmes qui ont été infligées aux deux employés suscitent, à juste raison, une forte émotion parmi tous les citoyens soucieux des libertés fondamentales. D?autant plus que l?employeur est une société dans laquelle l?Etat mauricien détient 60 % des actions. Une société française, France Télécom, possède le reste du capital.

Jusqu?ici, l?employeur n?a pas communiqué les détails de la faute qui est reprochée aux deux syndicalistes. La direction de MT s?est contentée d?alléguer qu?ils ont nui à l?entreprise et ont dénigré son image. Si on peut se fonder sur des charges aussi vagues et imprécises pour priver deux salariés de leur gagne-pain, il y a des raisons de s?inquiéter du peu de protection dont bénéficie le travailleur mauricien désormais.

Aucune faute professionnelle n?est avancée comme motif du licenciement. En fait, les employés concernés se sont seulement interrogés, dans le cadre de leur fonction de dirigeants de syndicats, sur les coûts du passage à l?Orange d?une filiale de MT. Rien dans leur conduite ne saurait justifier, une punition expéditive sous la forme d?un limogeage pur et simple.

Les licenciements abusifs pratiqués par MT feront tache d?huile s?ils ne provoquent pas une réaction adéquate de la classe syndicale dans son ensemble. Déjà, les effets de contagion se font sentir. Quiconque s?avise, au nom de ses syndiqués, de réclamer des comptes à des employeurs soupçonnés de mauvaise gestion est prévenu : il risque la peine maximale, le licenciement sec.

Ceux des dirigeants syndicaux qui ont qualifié de «coup tordu» l?évincement par MT de Raj Rughoonath, et d?Indiren Carpanen soulignent une coïncidence troublante. L?événement est survenu quelques jours seulement après la publication d?un rapport sur de nouvelles conditions de travail pour les employés de la société. La question est posée. MT a-t-elle sciemment éliminé les syndicalistes gênants peu avant de rendre public un rapport qu?elle savait contestable ? En outre, des représentants des travailleurs qui se montrent complaisants auraient reçu, eux, des récompenses.

L?acte de MT est venu cristalliser le sentiment de malaise qui existe dans le secteur de l?emploi. La société a franchi la limite de l?acceptable. Les travailleurs se mobilisent. Si MT ne se rétracte pas, elle portera atteinte à «l?image» de notre pays.

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