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Droit ou devoir ?

1 mai 2004, 20:00

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Affirmer son droit, c?est bien plus que le supposer, c?est presque déjà l?imposer, le définir et l?exposer dans l?extériorité du langage, le déclarer formellement, officiellement, l?objectiver, mais aussi l?invoquer pour l?opposer et s?opposer. Mon droit est un appel à la justice devant un juge qui est témoin et arbitre plutôt que conciliateur.

L?affirmation fraye la voie de la proclamation publique, de la réclamation agressive. Mon droit est ma force : le mouvement d?affirmation s?élève au sein d?une situation d?injustice. Si j?en viens à affirmer, c?est pour ne pas me renier, parce que mon droit est dénié. Que j?aie souffert un dommage, une spoliation ou un outrage, mon droit à l?égalité, à la propriété, à la liberté a été violé. Je pourrais me contenter de subir ou de ressentir, ou mieux déjà de réagir, mais je reprends l?initiative, je défie la violence, j?invoque la puissance de l?autorité. Contre la force brutale, je m?autorise de la puissance d?une idée. Mon droit méconnu, je l?énonce, je l?annonce pour obtenir réparation. Dire le droit n?est pas sans effet. Cette stratégie suppose que j?aie des droits irrévocables, que j?en connaisse avec certitude la nature et l?étendue, que je les dise et sois soutenu. Le droit à la régie par le droit ne suffit pas. La question qui persiste porte sur les principes, les conditions d?exercice du droit. D?où le paradoxe du sujet : un droit qui n?aurait pas le droit d?être proféré, de se faire connaître et respecté, serait-il encore un droit ? Le droit peut-il demeurer en l?état de simple possibilité ou détient-il le pouvoir d?exister ? Et comment ce droit qui ouvre un champ d?action et d?expansion à la liberté peut-il la restreindre et la contraindre ? Comment un pouvoir se mue-t-il en devoir ? Une solution facile consisterait à distinguer différentes sortes de droits : Hobbes et Rousseau opposent droit naturel et droit civil ; les droits de la nature sont abolis par le pacte social ; ils n?ont plus cours : nul n?a les droits de les faire valoir. Kant constate des divergences entre droit rationnel privé et droit public en ce qui concerne la validité des donations, la responsabilité des dommages causés par un objet d?emprunt, la propriété des biens perdus et revendus ; il conclut en faveur du droit positif objectivable. Le droit public a le droit et le monopole de la force. La jurisprudence contemporaine condamne les abus du droit dont se rendraient coupables les employeurs à l?égard des travailleurs : elle instaure un droit social en contradiction avec le droit individualiste défini par le Code. Mais le sujet se porte mal à cette interprétation : il pose le droit dans son unicité, parallèlement au devoir, il ne le divise ni ne le fait varier suivant la multiplicité de ses domaines d?application. C?est dans l?exercice du droit personnel, qu?il soit objectif ou subjectif, juridique ou moral. Procès où le droit est convoqué, invoqué ou révoqué, la justice jugée. Mais au nom de quoi juger la justice ? Ne suffit-il pas d?être juste ? La justice peut-elle être dépassée ?

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