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Drogue : Le chaos régional !
En criant sur tous les toits du monde que nous sommes un pont très accueillant entre l?Asie et l?Afrique, ce qui en soi n?est pas mauvais pour le commerce, nous nous attirons des investisseurs en tous genres. Certains sont en costume-cravate, ou en tenue militaire, d?autres en survêtement sportif. Mais parmi, bon nombre d?entre eux tran-sitent pour des affaires douteuses, et à première vue, on ne le dirait pas.
L?arrestation des boxeurs tanzaniens, qui a suivi celle d?un militaire américain, confirme que l?habit ou la fonction ne sont qu?un trompe-l??il. Dans la valise diplomatique, ou dans le corps du sportif se nichent, parfois, des substances illicites. Si en 1986 la police des narcotiques d?Amsterdam avait surpris l?île Maurice tout entière en interpellant quatre de nos élus, ce qui se passe aujourd?hui sous nos yeux a pris une dimension autre, ces dernières années, avec la mondialisation. Réunis en Tanzanie, des chefs des services nationaux spécialisés dans la lutte contre la drogue notaient, l?an dernier, que l?Afrique subsaharienne est devenue une zone de transit idéale pour le trafic de drogue au niveau mondial.
De plus en plus de stupéfiants, surtout de l?héroïne et de la cocaïne, transitent par notre région avant d?atteindre leur destination finale : les riches marchés d?Europe et d?Amérique du Nord.
Les trafiquants, qui ont les mêmes réflexes que les hommes d?affaires que nous sollicitons, profitent du commerce international et de ses routes d?accès. Dans son dernier rapport mondial sur les drogues, l?Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) met en garde et indique que l?Afrique « est de plus en plus exploitée par les narcotrafiquants et qu?il faut s?attendre à une confirmation de cette tendance ».
La production mondiale d?héroïne a été estimée à 606 tonnes en 2007.
Elle a augmenté d?environ 50 % en dix ans. Selon l?ONUDC, la demande d?héroïne ? substance de prédilection des consommateurs de drogues injectables ? a grimpé en flèche dans les pays tels que le Mozambique, le Kenya, la Tanzanie, et augmente progressivement en Afrique du Sud, à Madagas-car? et à Maurice. Ce qui, par ailleurs, provoque des conditions idéales pour que la région demeure « l?épicentre mondial » de la pandémie du VIH-sida.
Notre île, qui était au départ une région de transit, est devenue par la force des choses une région de forte consommation de drogue. Si derrière les barreaux de Beau-Bassin on peut acheter sa « dope », c?est qu?elle infiltre tous les systèmes, c?est qu?elle emprunte toutes les routes (aériennes, maritimes et terrestres). Certes, de temps à autre, il y a bien un coup de filet qui fait grand bruit dans la presse, mais qu?en est-il de ces fois où rien ne se sait ?
Les experts disent que les trafiquants de drogue sont comme l?eau, s?ils sont bloqués sur une voie, ils en trouvent toujours une autre pour se répandre.
En s?ouvrant ainsi au monde, nous sommes susceptibles de devenir une plaque tournante de mauvaises affai-res. Les statistiques relatives à l?Afri-que, auparavant fragmentaires, sont aujourd?hui têtues : environ 50 % des saisies totales d?héroïne sur le continent ont eu lieu en Afrique, dans les pays de la SADC.
Dans ce combat international, notre police, qui a remporté un joli round contre les Tanzaniens, mérite d?être mieux soutenue. Sinon on risque d?être tous mis K.-O.
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